Marc Marquez est comme la plupart des très grands sportifs : il n'est pas très expressif. Le sujet tend à ne plus être tabou mais hélas, lever le voile sur ses émotions et ses sentiments est encore associé, en particulier dans le sport, à un aveu de faiblesse. La carapace de l'Espagnol avait tout de même fini par se fendre en juin dernier, après sa victoire en Allemagne - sa première depuis sa triple opération du bras. Submergé par les larmes, le sextuple champion du monde ne s'exprimait qu'en quelques mots : "Ce fut dur".
Neuf mois plus tard, le Catalan a laissé sa fracture de l'humérus derrière lui mais ne s'est toujours pas débarrassé des galères. À Mandalika, le 20 mars dernier, il a subi l'une des "pires chutes de sa carrière". Et ses problèmes de diplopie ont refait surface. Un nouveau coup d'arrêt qui a, cette fois, poussé le pilote a décrire son état d'esprit : "Aujourd'hui, je n'ai pas envie de sourire, publiait Marquez sur Twitter, accompagnant le message d'une photo de son visage, l'air grave. Mais je parviendrai à le retrouver."
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Pour l'Espagnol, les épreuves se suivent et sont chaque fois plus difficiles à surmonter. Après une préparation tronquée par ce même problème de vision double, déjà diagnostiqué à l'automne dernier à la suite d'une chute à l'entraînement, le multiple champion du monde avait pris soin de ne pas brûler les étapes pour soigner son retour. Alors, forcément, le cauchemar indonésien a pesé lourd. "Je ne l'avais jamais vu aussi abattu, a admis son frère Alex en conférence de presse. Mais maintenant, il voit du progrès et c'est important pour son moral."
Soit vous voyez, soit vous ne voyez pas et vous ne pouvez pas piloter
Alors qu'il devrait être au sommet de son art - à son âge, Rossi n'avait pas encore décroché ses deux derniers titres - l'Espagnol a fini par installer, bien malgré lui, une forme de lassitude aux alentours et au sein même du paddock. Parce que les légendes de ce sport, dont il fait partie, ne devraient jamais voir leur statut s'écorner. Ni rouler en permanence avec une épée de Damoclès au-dessus du casque. Marquez, lui, est pourtant condamné à vivre avec : "La diplopie est pire qu'une fracture osseuse et toutes les douleurs qui vont avec, soufflait-il à As, en février dernier. Pour une fracture, tu as une planification et tu peux voir une progression. Tu sais qu'avec le temps, ça se soignera."
"Avec ce problème aux yeux, c'est très simple : soit vous voyez, soit vous ne voyez pas, a lui expliqué le patron de l'écurie Honda, Alberto Puig. Si vous ne voyez pas à 100%, vous ne pouvez pas piloter." Sans une opération qui risquerait de mettre un terme à sa carrière, comment imaginer que la star de Cervera puisse écarter cette menace constante, après avoir vécu deux épisodes de diplopie en six mois ? "Le fait qu'il soit tombé ne veut pas dire qu'il rencontrera toujours ce problème, a tenté de rassurer Puig. Il a subi beaucoup d'autres chutes avant celle-ci, qui était vraiment moche. Je veux positiver et espérer que ça va aller."

La suite, épique ou douloureuse

La première fois qu'il a été touché par des troubles oculaires, Marc Marquez n'était pas encore pilote MotoGP. C'était en 2011, après une chute - déjà - à Sepang. Sa carrière aurait pu s'arrêter là. Globalement épargné durant près d'une décennie, l'Espagnol est maintenant rattrapé par son passé. Tiraillé entre ce qui a fait sa gloire, avant d'amorcer son déclin, et ce que lui ont appris ces deux années de purgatoire. "On n'a qu'un corps, et si tu ne prends pas soin de ton corps, tu ne peux pas faire de sport, disait-il à la Cadena Cope il y a quelques semaines. Mais l'ADN ne se perd pas. Je garderai mon ADN jusqu'à la fin. Le jour où je le perdrai, ma carrière sera terminée."
Ramener Marc Marquez à une forme de raison serait donc un exercice vain. Pour lui, pour nous et pour tous ceux qui la verront, la suite sera hors norme ou extrêmement douloureuse. Comme l'expressivité, la demi-mesure ne fait pas partie du caractère du Catalan. La preuve ? Selon le journaliste espagnol Manuel Pecino, toujours très bien informé, le pilote Honda souhaiterait faire son retour dès le Grand Prix des Amériques. Dans six jours.
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