Fabio Quartararo a renoncé aux tests prévus lundi à Jerez de la Frontera pour passer une IRM qui déterminera la nature exacte du mal dont il a souffert lors du Grand Prix d'Espagne, dimanche en Andalousie, et l'a vraisemblablement empêché de gagner.
Poleman, "facile" avant la dégringolade : Qu'est-il exactement arrivé à Quartararo ?
Parti de la pole position, le Niçois menait l'épreuve depuis le troisième passage lorsqu'il a été obligé de céder les commandes de la quatrième manche du Mondial au 20e tour. Pour entamer une lente descente dans l'enfer de la douleur. Un supplice de dix tours jusqu'à la treizième place finale à cause d'un avant-bras droit tétanisé, privé de sensation et de force pour freiner et accélérer. Un mal qui a un nom bien connu dans l'univers de la vitesse moto : le syndrome des loges.
Saison 2021
Quartararo rentre en France pour passer des examens sur son avant-bras droit
03/05/2021 À 09:14
En résumé, chaque muscle du corps est entouré d'une membrane non extensible, et lorsque ce muscle est sollicité de façon prolongée, il gonfle, entrave l'apport de sang dans les artères qui lui procurent de l'oxygène. C'est un cercle vicieux pour un motard, dont l'avant-bras droit (cubitus) est mis à contribution de façon répétée. Résultat : un muscle qui s'asphyxie progressivement, jusqu'à la crampe.

"Il était gêné uniquement à l'avant-bras droit, dans les virages à droite"

Heureusement, ce phénomène peut se soigner efficacement et rapidement. Très vite après la course, Fabio Quartararo a d'ailleurs pris contact avec Olivier Dufour, un spécialiste de ce type de pépins physiques. Le pionnier, même, du traitement de ce problème. En poste à l'hôpital Foch à Paris dans les années 1990, Olivier Dufour s'était occupé de Frédéric Bolley, un pilote de motocross qui faisait partie du top 5 mondial. Le Français était bloqué dans sa progression par un mal récurrent aux avant-bras après quelques tours. Son opération l'avait libéré. Il était ensuite devenu champion du monde.
"J'ai eu Fabio dimanche soir, et je vais le voir a priori mardi, nous a expliqué le Dr Olivier Dufour, chirurgien orthopédiste à Aix-en-Provence. Il était gêné uniquement à l'avant-bras droit, dans les virages à droite, avec le coude bien plié. Par rapport à cette description, je pense que ça bloquait l'artère cubitale. Je lui ai demandé de faire aujourd'hui une échographie Doppler dynamique, et on va déterminer s'il y a un piège au niveau de l'artère cubitale, c’est-à-dire si le muscle antérieur bloque cette artère quand il reproduit ses efforts. Il faudra libérer cette petite artère, modifier son trajet de quelques millimètres. Ce n'est pas grand-chose à faire et c'est semble-t-il cela qui l'embête, en plus du syndrome de loges."

"Nadal n'a pas ça"

Pourquoi les motards sont-ils sujets à cette double gêne, syndrome des loges et piège de l'artère cubitale ? "Chez les motards, c'est un peu plus compliqué que le syndrome des loges parce que le guidon n'est pas tout droit, comme un manche à balai, il est incurvé à son extrémité, détaille Olivier Dufour, ancien chef de clinique des hôpitaux de Paris. Vous êtes donc toujours en inclinaison cubitale, donc le muscle cubital antérieur est trop volumineux, trop puissant, et il bloque l'artère cubitale. Dans le syndrome des loges classique, vous avez des muscles trop volumineux dans une gaine inextensible."
Mais tous les sportifs ne sont pas logés à la même enseigne. Certains n'auront jamais ce problème bien que leurs gestes puissent faire penser aux sollicitations subies par les motards. "Il survient dans tous les sports où vous avez une obligation de tenir pendant de longues minutes", poursuit le Dr Dufour. Sans les mêmes conséquences. "Rafael Nadal n'a par exemple pas ça alors qu'il a un avant-bras terrible, les grimpeurs (escalade) ont ce syndrome mais leur effort est très bref, il ne dure jamais plus d'une minute et demi ou deux minutes. Personnellement, je fais de la planche à voile mais je ne rencontre pas ce problème parce que j'ai la possibilité de me relaxer avec le harnais, de me soulager avec une main, puis l'autre. En moto, en quad, en jet ski, ce n'est pas possible."
Vainqueur des deuxième et troisième courses de MotoGP 2021, Fabio Quartararo a déjà été opéré du syndrome des loges en juin 2019 en Espagne, par le Dr Xavier Mir, mais cela ne signifie pas que cela deviendra chronique. Certains pilotes n'y seront jamais confrontés, tandis que d'autres devront repasser sur le billard plusieurs fois. Et là-dessus, la raison est peut-être dû à des suites opératoires mal gérées.
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Un impératif après l'opération : reprendre la moto rapidement

"Pour ces opérations du syndrome des loges ou de piège de l'artère cubitale, il n'y a vraiment pas de souci, confirme le Dr Olivier Dufour. Il faut juste reprendre le sport comme avant au bout d'une semaine. Si vous restez trop longtemps sans rien faire, les aponévroses (membranes fibreuses qui entourent les muscles) vont se refermer au même endroit et l'opération n'aura servi à rien. C'est pour ça que Dani Pedrosa s'est fait opérer trois fois de suite. Il n'a pas repris assez tôt."
Ce lundi, Fabio Quartararo devrait savoir à quoi s'en tenir. Et si une courte intervention est nécessaire, elle ne l'empêchera pas de revenir à son meilleur niveau pour le Grand Prix de France, disputé les 14, 15 et 16 mai au Mans. Jack Miller (Ducati) en est d'ailleurs le meilleur exemple : l'Australien avait souffert du syndrome des loges lors des deux premières manches de la saison, au Qatar, et c'est lui qui a remporté le Grand Prix d'Espagne, dimanche.
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