C'était une saison que l'on a eu la bêtise d'imaginer trop longue mais qui est finalement passée comme toutes les autres : trop vite. Espérons, une fois n'est pas coutume, que l'hiver s'éternise ; le monde et certains de ses champions auront au moins besoin de cela pour redevenir ce qu'ils étaient avant. Il y a tout juste quatre mois, Marc Marquez avait nargué le temps en enfourchant son prototype MotoGP quelques jours seulement après avoir été opéré d'une fracture de l'humérus. L'Espagnol en a finalement fait son allié, contraint, forcé et rattrapé par la raison.

Désormais, il court pour retrouver tout ce que cette précipitation lui a fait perdre, alors que chaque jour qui passe soulève de nouvelles questions à son sujet. Quand reviendra-t-il ? Dans quel état ? À quel niveau ? Pour l'heure, personne n'est capable de répondre à toutes ces interrogations. Pas même lui.

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Le 3 août dernier, Marquez est passé une seconde fois sur le billard à la suite d'un accident domestique - l'ouverture d'une fenêtre - ayant endommagé la plaque en titane chargée de consolider l'os. Rien à voir, donc, avec le stress provoqué par les dizaines de pompes et autres efforts fournis par Marquez pour pouvoir reprendre la compétition quelques jours après l'accident. Vous êtes libres de le croire, vous avez le droit d'en douter.

Marquez redeviendra-t-il Marquez ?

Depuis cette seconde opération, Marquez a rêvé d'un retour en Aragon pour disputer l'un de ses Grands Prix fétiches. Il a espéré être de la partie à Valence avant de se rétracter, définitivement, et faire une croix sur la saison la plus difficile de sa carrière. De quoi laisser le champ libre à une multitude de commentaires et de spéculations.

En Espagne, on a lu que le Catalan souffrait de pseudarthrose - une mauvaise consolidation de l'os - et que cela pourrait nécessiter une nouvelle opération. Ce qui n'a été démenti qu'à demi-mot par son employeur. Ici, on a entendu des membres du paddock assurer que le Catalan manquerait aussi plusieurs Grands Prix en 2021. Là, on a écouté Andrea Dovizioso affirmer qu'il mettrait son année sabbatique entre parenthèses si Honda avait besoin d'un remplaçant de luxe.

L'un des plus fameux adages de Socrate a toute sa place ici. On sait qu'on ne sait rien... Même si on ne doute pas de certaines choses : Marquez ne redeviendra pas lui-même en un claquement de doigts. La part de la dimension physique dans sa préparation et dans son pilotage est plus grande que pour n'importe quel autre pilote, même si la nouvelle génération tend justement à l'imiter.

Le bras, ce n'est pas la jambe

L'Espagnol a repris la course, le vélo et une partie de son programme de gymnastique en septembre. Mais son bras droit a perdu énormément de volume musculaire et, tant que sa fracture ne sera pas totalement guérie, il lui sera bien difficile de retrouver l'un des pans essentiels de son pilotage. Le problème aurait été encore plus grave s'il avait touché son bras gauche, côté avec lequel Marquez est capable d'exercer des forces monumentales - souvenez-vous de sa domination sur les circuits antihoraires. Mais il n'est certainement pas négligeable.

"C'est une blessure grave car l'humérus est très important pour le pilotage, a souligné Valentino Rossi, qui en connaît un rayon sur le sujet, dans des propos relayés par nos confrères de crash.net. Il a essayé de revenir quelques jours après et cela a dû créer des problèmes. Maintenant, il a besoin de beaucoup plus de temps. Il faut toujours respecter son corps. Après une blessure aussi grave, il faut penser à un futur lointain avant de penser à un avenir proche. Car ça ne concerne pas seulement une carrière. Mais aussi la vie."

Problème, l'approche n'est pas vraiment partagée par le multiple champion du monde. De manière très instinctive, Marquez ne pense qu'à une chose : tout gagner. Tout de suite. Et avec lui, Honda s'est laissé porter. On n'a jamais douté que le plus grand constructeur de la discipline finirait par se perdre s'il arrivait malheur à son chouchou. Il s'est perdu. Depuis près de 40 ans, jamais la firme japonaise n'avait bouclé une saison sans empocher la moindre victoire et il faudrait un miracle pour qu'elle échappe à cet affront lors de l'ultime manche de l'année, ce dimanche, à Portimão.

De la "dream team" Honda à la vraie armada Suzuki

Après avoir raflé les titres "Pilote", "Équipe" et "Constructeur" en 2019, Honda ne montera même pas sur le podium de l'un de ces trois classements au terme de cet exercice. Cela dit presque tout de la dépendance qui lie le constructeur nippon au champion espagnol. Son avenir à court-terme dépendra d'ailleurs de sa faculté à s'en extraire.

Ces dernières années, la firme a orienté tous ses efforts en faveur du Catalan, assumant de fournir des machines extrêmement difficiles à appréhender à ses autres pilotes. Cet hiver, elle n'aura pas son mannequin pour lui mettre au point un prototype 2021 sur-mesure. Et même si le gel d'une grande partie du développement pourrait l'aider à limiter la casse, l'absence de son leader ne lui permettra certainement pas de combler son retard.

Mir, champion normal au bout d'une saison atypique

Car en quelques mois, Suzuki a réalisé des progrès considérables, propulsant Joan Mir au sommet de la hiérarchie et Alex Rins pas très loin derrière. L'autre constructeur japonais ressemble maintenant à une armada bien plus stable, consistante et inquiétante que la "dream team" formée par Honda il y a moins de deux ans, avec Marc Marquez et Jorge Lorenzo.

"Nous sommes ici pour gagner, répétait récemment Joan Mir à la Gazzetta dello Sport. Celui qui le fait le plus est Marquez mais nous devons nous battre. Cette année s'est très bien passée pour nous, mais là prochaine va nous offrir de nouveaux défis. Et honnêtement, avant même d'avoir obtenu ce titre de champion du monde, je pensais déjà à la saison prochaine, contre Marc". Une preuve supplémentaire, s'il en faut, que la peur s'est dissipée. Ou alors, elle a simplement changé de camp.

Joan Mir, champion du monde MotoGP 2020

Crédit: Getty Images

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