Mondiaux de natation de Singapour 2025 - Soprano, tempête, défaite et bouclettes : Marchand, récit d'une année à digérer

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A quel Léon Marchand faut-il s’attendre à Singapour ? Un an après son triomphe aux JO, le nouveau chouchou de la France débarque aux Mondiaux après douze mois à explorer de nouveaux horizons. Guidé par la nécessité de s’extraire du tourbillon, il a fait quelques pas de côté. S’est-il mis en danger dans sa quête de titres ? Peut-être, mais il a préféré ralentir plutôt que d’exploser.

Léon Marchand

Crédit: Getty Images

Il a hésité. Après tout, qui lui en aurait voulu ? Léon Marchand est le héros des premiers Jeux Olympiques français du siècle. Il aurait très bien pu rentrer au garage un an, jouir de la vie dans tout ce qu’elle avait à lui proposer. L’idée d’une année sabbatique lui a traversé l’esprit mais non, le quadruple champion olympique a choisi d’y retourner avec un seul objectif : les Mondiaux qui débuteront, pour lui, mercredi à Singapour.
A-t-il tout bien fait pour être au top de sa forme cette semaine et étendre sa suprématie ? Sans doute pas. Mais Léon Marchand a vécu une année très particulière coincée entre la nécessité de souffler, le besoin d’ouvrir ses horizons et les injonctions de l’un des sports les plus exigeants au monde. Plongée dans douze mois où il est avant tout resté fidèle au jeune homme qu’il était avant la gloire et les titres.
Personne ne sortirait indemne de ce que le Toulousain a vécu l’an dernier. Lui qui assumait mal sa timidité au sortir de l’adolescence a toujours fui la foule et les honneurs. Mais en une semaine et quatre titres olympiques, il est devenu le héros d’une nation et d’une génération. Modeste, réservé, il n’a jamais cherché, durant l’année écoulée, à cultiver une forme de célébrité ou à capitaliser sur ses succès olympiques. L’année Marchand fut surtout celle de la discrétion et de la fuite. Partir le plus loin possible pour se préserver. Quand Antoine Dupont a fait la Une de tous les journaux people, quand Teddy Riner a fait le tour des plateaux télé, Marchand a disparu des radars.
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Le 21 décembre dernier à la Réunion, Léon Marchand en pleine séance d'autographes

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Squeezie et l’Australie

Un micro-chaussette chez Squeezie, un tête-à-tête chez Mouloud Achour et il a fallu attendre le 11 avril dernier pour qu’il parle à L’Equipe. "J’ai pris la tempête", avouait alors le jeune homme. Une telle diète médiatique est inédite pour un champion de sa stature. Mais s’il y a bien une chose qui le définit, plus que les titres et les exploits, c’est sa faculté à rester fidèle à qui il est. Marchand n’a jamais cherché à jouer un rôle. Il est parti passer l’hiver en Australie "pour disparaître". Sauf qu’il souffre désormais du syndrome Mylène Farmer : moins on le voit, plus on le désire.
Sa disparition totale de l’espace médiatique ne l’empêche pas de nourrir une popularité démentielle. Invisible mais incontournable. Aujourd’hui, il est le sportif préféré des Français. Et si on élargit le champ, il est leur 5e personnalité préférée coincée entre Florent Pagny et Soprano. Il est même celui que les 7-13 ans plébiscitent devant le rappeur marseillais. Marchand est devenu un symbole français et une figure mondiale, il a sa place désormais comme Simone Biles ou Serena Williams parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde selon le classement annuel du Times, dans la catégorie, excusez du peu, "icône". "Léon est inestimable aujourd’hui", estime Sophie Kamoun, ancienne nageuse devenue l’agent la plus influente de la natation française.
Et la natation, justement, a-t-elle une place dans ce tourbillon ? Durant l’année écoulée, Marchand a autant senti le besoin de s’extraire d’une forme de popularité qui l’étouffait que d’un quotidien qui l’usait. Les douze derniers mois l’ont aidé à chercher du sens plutôt que des secondes. Or, après avoir tout raflé aux JO, trouver un objectif peut prendre du temps. Après ses six semaines de vacances post Paris 2024, il a enchainé sur le circuit de Coupe du monde en petit bassin en Asie.

De la marge, petit coup de mou et épuisement

Sans entraînement, pas rasé, il a dominé les débats et battu des records du monde. Un intermède qui a rappelé deux choses : qu’il ne fait jamais les choses à moitié et que sa marge reste immense sur la concurrence. Quand il choisit un challenge, il s’y investit corps et âme, c’est précisément la raison pour laquelle il a zappé les Mondiaux petit bassin de Budapest. "J'ai eu un petit coup de mou au niveau énergie et au niveau mental, a-t-il commenté par la suite. Je n'avais pas vraiment envie de me lever le matin pour aller à l'entraînement. J'étais un peu plus fatigué que la normale." Entre août et décembre, il traverse une période de questionnements profonds : à quoi bon se lever à 6h tous les matins quand on est déjà le roi de son sport ?
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Léon Marchand regarde vers l'horizon

Crédit: Getty Images

Quand Summer McIntosh, l’autre grande star des bassins olympiques de Paris, a tout raflé cette année, battu des records du monde à la pelle et amplifié son emprise sur ses adversaires, Marchand a choisi une autre voie. Il n’a pas de nouveaux titres mais des bouclettes plus longues. Le Français de 22 ans a traversé une phase de transition où il a privilégié sa santé mentale à ses chronomètres.
"Il y avait sûrement une forme d’épuisement qui se fait sentir, pas que la tête mais le corps a été malmené pendant des mois puis mis sous tension pendant les JO, nous confie Alain Bernard, champion olympique du 100m en 2008. Lui, il va gérer au mieux pour durer dans le temps et ne pas arriver sur les rotules en 2028 à Los Angeles." Ce n’était pas acquis au cœur de l’automne mais, en Australie, il a fini par reprendre goût à l’entraînement et à l’envie d’en découdre.

Il ne suffit pas de s’appeler Léon Marchand pour gagner

Sa rentrée en grand bassin en mai a rappelé qu’il ne suffisait pas de s’appeler Léon Marchand pour finir devant. Lors des Tyr Pro Swims Series, il ne gagne pas une course et finit très loin de ses chronos références. Il boucle son 400m 4 nages à 11 secondes de son record du monde et… à la deuxième place. Battu sur sa distance fétiche, dernier de la finale du 200m nage libre, il paie sa longue coupure, ses expériences en Australie et son besoin de souffler. Mais il explore de nouveaux territoires avec un 400m plutôt encourageant et ouvre des pistes de réflexion pour la suite.
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Bowman sur le finish légendaire de Marchand : "J'ai su qu'il allait gagner, que Milak allait lâcher"

Video credit: Eurosport

"Il restait loin d’un véritable entraînement et il va lui falloir un moment pour revenir", prophétisait son coach, Bob Bowman en mai dernier dans les colonnes du Parisien. Même s’il a repris sa domination sur le 400m 4 nages à Austin le 17 mai, jour de ses 23 ans, Marchand continue de payer sa longue pause et sa blessure à la côte qui a retardé ses plans. Parce qu’il n’existe pas un sport plus ingrat que la natation, il a dû raboter ses objectifs initiaux aux Mondiaux après avoir zappé les championnats de France pour se concentrer sur son entraînement. Cet été, il n’a pas la caisse pour s’infliger le même marathon d’épreuve qu’à Paris. À Singapour, il joue la sécurité avec le 200m et le 400m 4 nages. Dans quel état ?
"Quand vous êtes à son niveau, le seul vrai objectif ce sont les Jeux de Los Angeles, rappelait Bob Bowman. Après, il y a les Mondiaux 2027. 2025, c’est juste une transition vers cette nouvelle phase. Il a une vision saine de là où il en est." Léon Marchand n’est plus le jeune gamin qui avait tout à prouver. Il est désormais le seigneur qui doit s’écouter, s’économiser pour étendre son règne le plus longtemps possible. Les douze derniers mois l’ont prouvé avec force, Marchand a exploré la confusion des sentiments. L’important n’est pas qu’il en soit sorti plus fort dans les bassins, mais déjà intact dans la caboche. L’essentiel n’était pas de nager, mais de respirer, ralentir pour ne pas exploser.
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