Coupe du monde | A Chamonix, Clément Noël est prêt à surfer sur la vague bleue : "Ça me pousse à aller encore plus vite"

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Dans une forme resplendissante, les skieurs français du groupe vitesse enchaînent les exploits. Forcément inspiré par l’exemple des Cyprien Sarrazin, Nils Allègre & co, Clément Nöel arrive à Chamonix avec les ambitions plein les skis, et une confiance retrouvée après sa troisième place sur le slalom de Schladming. En Haute-Savoie, le skieur de Val-d’Isère pourrait enfin débloquer son compteur.

Clément Noël (ici sur le podium à Schladming, 3e) veut profiter de la bonne dynamique du groupe bleu, avec en point de mire le slalom de Chamonix.

Crédit: Getty Images

Un ouf de soulagement. Voici le sentiment de Clément Noël une fois sa troisième place entérinée sur la piste piégeuse de Schladming (Autriche), mercredi. Un 22e podium décroché au forceps, à l’issue d’une deuxième manche décousue mais suffisante pour évacuer la déception de Kitzbühel (Autriche), où le Vosgien s’est sorti après sept portes en seconde manche.
Frustré de ne pas profiter de la belle dynamique présente chez les descendeurs, le champion olympique de slalom assure être dans la forme de sa vie, désormais entouré d’une jeune garde aux dents longues, à l’image d’une Steven Amiez déjà capable de tutoyer le top 5. A quelques jours du slalom de Chamonix (dimanche 4 février, à suivre sur Eurosport), où il compte deux victoires en Coupe du monde, Noël s’est confié samedi à Eurosport dans l’émission Chalet Club. Entretien.
Question : Quelle a été votre réaction à la victoire de Nils Allègre (vainqueur samedi 27 janvier pour la première fois en Coupe du monde sur le super-G de Garmisch) ?
Clément Noël (CN) : Super content pour Nils, c’est un mec qui le mérite. C’est un gros travailleur, avec un gros talent, qui mérite sa place sur le podium. Ces derniers temps, on parlait beaucoup de Cyp’ (Cyprien Sarrazin, vainqueur notamment des deux descentes de Kitzbühel, ndlr), mais l’équipe de vitesse était très forte, elle l’a montré à KItzbühel. Ce n’était pas le plus beau super-G aujourd’hui (samedi, ndlr) mais le fait qu’un Français le gagne l’a rendu beaucoup plus beau.
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Sur un nuage : le super-G supersonique d'Allègre en images

Video credit: Eurosport

Es-tu d’accord avec Johan (Clarey, consultant Eurosport et vice-champion olympique de descente) sur le fait qu’en France, on met un peu plus l’accent sur la technique au départ pour les jeunes ?
CN : Je pense oui. Moi, je n’ai jamais basculé vers la vitesse donc je ne sais pas exactement comment se passe ce basculement. Il y en a certains pour qui c’est un choix, parce qu’ils aiment ça, ils aiment la vitesse. Ils ont envie de ressentir ces sensations. C’est un choix qui vient généralement assez tardivement. Au début, à la FIS (Fédération internationale de ski), on nous demande de faire pas mal de technique.
Il y en a qui se découvrent petit à petit des qualités de vitesse. Ils ont des difficultés en slalom et ils voient qu’en géant, sur les plats ils vont vite. Ils se trouvent des qualités au fur et à mesure et ils se disent ‘pourquoi pas essayer la vitesse’. C’est vrai qu’on n’a pas vraiment cette culture de mettre les jeunes à la vitesse. Mais, dans l’autre sens, je trouve que c’est très bien de faire pendant longtemps du géant parce que les meilleurs skieurs du monde aujourd’hui en vitesse sont aussi de très bons géantistes. Je pense que c’est important d’avoir cette base, ce bagage technique, avant de diverger vers la vitesse. Les deux peuvent se faire en même temps. Ce n’est pas incompatible.
Donc on t’y retrouvera dans quelques années ?
CN : Non, moi je n’ai pas le bagage technique en géant je suis désolé (sourire). Je l’ai juste en slalom, et encore ça dépend des moments (sourire). On ne m’y retrouvera pas.
Revenons à toi, et à ton podium à Schladming (3e). Est-ce un soulagement après la déception de Kitzbühel (sorti en seconde manche) ?
CN : Oui, ça m’a soulagé. Après je n’ai pas forcément de doutes en ce moment sur mon niveau de ski ou sur mon niveau de performance, de vitesse pure. Là où j’avais des doutes, c’était de ne pas refaire la même bêtise qu’à Kitzbühel. Je n’étais pas tendu, mais j’avais quand même peur de refaire cette erreur-là. Évidemment en plus à Schladming, avec des rails, un trou, de la neige qui fuit sous le pied. C’est vraiment typiquement le genre de neige où on peut se faire prendre la chaussure très rapidement.
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Un final de feu qui n'a pas suffi : revivez la seconde manche de Noël

Video credit: Eurosport

Et moi, ça peut m’arriver assez rapidement. Je n’étais pas confiant. Je ne fais pas une belle deuxième manche, mais je m’en sors avec un podium. C’est très bien. C’est ce qu’il me fallait pour me redonner le sourire après Kitzbühel, où j’étais très déçu. Au point où je pense que ça m’est rarement arrivé dans ma carrière d’être aussi mal après une course. Schladming m’a redonné du baume au cœur. Il y a encore beaucoup de courses à faire cette saison et je sais qu’à l’entraînement en ce moment je fais peut-être mon meilleur ski depuis des années. Les voyants sont au vert. Maintenant, la course c’est la course. Il va falloir que je sois encore meilleur à l’avenir, et notamment à Chamonix qui arrive dans une dizaine de jours (dimanche 4 février, ndlr).
Arrives-tu à expliquer une telle déception après Kitzbühel ?
CN : Parce que c’est Kitzbühel, parce qu’on voit Cyp’ faire un doublé et ça donne envie. J’étais à la cérémonie de remise des médailles la veille et j’en ai beaucoup profité. Je me disais qu’il faudrait emmener tous les jeunes qui font du ski voir ça parce que ça te donne tellement d’envie. Tu te dis que notre sport est si beau. Quand le lendemain je suis dans le match pour la gagne et que je fais sept portes à la deuxième manche, j’ai vraiment du dégoût. Je me dis ‘c’est pas possible de faire ça, tu fais la même chose qu’à Adelboden, cette année dès que tu essayes d’aller un peu vite, tu sors’. Franchement, j’en avais marre parce qu’à l’entraînement, tout se passait bien.
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Une faute intérieure fatale : la chute de Noël en seconde manche

Video credit: Eurosport

Puis finalement, après cinq courses, je me retrouve dans les standards d'une saison moyenne avec des résultats placés certes, mais pas de coups d’éclat. Kitz’, c’est un endroit où on a envie de le faire ce coup d’éclat. Grosse déception donc. On a de la chance puisque Schladming est aussi un lieu de rêve pour nous et ça vient trois jours après. Il a fallu se remobiliser un petit peu, je n’ai pas skié entre Kitz’ et Schladming. Je me suis dit que j’avais plus intérêt à avoir de la fraîcheur mentale que de certitudes sur les skis. Ça n’a plutôt pas trop mal marché même si, encore une fois, ce n’est pas une course parfaite. Vu les conditions, je suis très content d’avoir fait troisième.
Place maintenant à Chamonix, hâte d’y être ?
CN : Oui même si on verra l’état de la neige et la météo (les deux descentes prévues à Chamonix ont été annulées en raison de températures trop élevées ainsi que de mauvaises conditions de neige, le slalom est pour l’heure toujours maintenu, ndlr). Il fait très chaud, il n’y a pas beaucoup de neige. Dans tous les cas, ce sera une course compliquée. Si ça a lieu, ce sera de la neige molle. Mais j’ai hâte, oui, de continuer les courses. Il m’en reste encore et Chamonix est un endroit qui me réussit bien (deux victoires en Coupe du monde, en 2020 et 2021, ndlr). Je vais essayer de faire mon meilleur ski sur cette course.
On sait que tu es le leader du groupe tricolore en slalom. Mais on voit émerger des plus jeunes (Léo Anguenot, Steven Amiez, Paco Rassat, Hugo Desgrippes). Quelle est la relation que tu entretiens avec ces jeunes skieurs qui commencent à marquer des gros points en Coupe du monde ?
CN : La relation est super bonne. Le groupe a une dynamique bien meilleure que celle de l’an dernier. On n’avait pas eu de chance avec beaucoup de blessures, dès le début de saison. Donc ça avait un peu plombé l’ambiance, plus les résultats qui n’ont pas tourné dans le bon sens, les coaches qui sont un peu plus fermés, un peu moins heureux d’être là, etc…
Cette année, la dynamique est bonne, le groupe est bon, jeune. Des mecs comme Steven (Amiez) ont le niveau de faire ces résultats depuis quelques temps (quatre top 20 cet hiver, dont une 6e place à Kitzbühel, ndlr) mais là, il a eu un déclic et il peut faire partie dans un bon jour des 5-10 meilleurs du monde. Il peut vraiment s’en approcher parce qu’il a un très bon ski. Pareil pour Paco (Rassat). Hugo (Desgrippes) est une bête de course.
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19e avec son dossard 46, Amiez continue de briller

Video credit: Eurosport

Il y a juste Victor (Muffat-Jeandet, revenu d’une lourde blessure à la jambe droite, ndlr) qui a un peu de mal parce qu’il a des dossards très élevés. Je lui envoie du courage parce que ce n’est pas facile en slalom de partir super loin. Mais le fait de voir les jeunes qui marquent des points, ça doit lui montrer qu’il en est capable. Il le voit à l’entraînement. J’espère que ça va tourner dans le bon sens.
Y-a-t-il une vraie émulation dans le groupe technique, par rapport aux résultats exceptionnels du groupe vitesse ?
CN : Bien sûr. Je pense que c’est très positif. Par exemple, Steven était en Coupe d’Europe, il en a gagné une en début de saison. On arrive à Madonna, et là c’est Hugo qui marque des points. Forcément, l’émulation est positive et ça pousse le groupe à se tirer la bourre, mais de manière très saine. C’est ce qui a permis à Steven de faire de gros résultats. Malgré des problèmes de dos, Paco est revenu fort et commence à se lâcher en Coupe du monde.
Moi je suis un peu à l’écart de tout ça parce que j’ai d’autres dossards, d’autres objectifs. Par contre, ce qui est cool, c’est qu’à l’entraînement je sais que si je ne fais pas mon meilleur ski, je peux me faire battre à n’importe quel moment. Il n’y a pas de honte à se faire battre à l’entraînement par Steven, parce qu’il a fait sixième à Kitzbühel une semaine avant. Ils me mettent un peu de pression, et ça me plaît. Ça me pousse à aller encore plus vite.
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