Courchevel-Méribel - "C’est humain, il a touché le Graal" : Alexis Pinturault, le revers du gros globe de cristal
Eurosport sur GoogleCOUPE DU MONDE - Le revers de la médaille frappe, parfois, de plein fouet. Alexis Pinturault, lui, a pris un gros globe de cristal sur le coin de la tête. Lauréat du classement général en 2020-2021, le chef de file du ski français a vécu un exercice suivant très décevant, JO ratés en point d’orgue. Sa saison est vierge de succès… ce à quoi il peut remédier lors des "finales" de Courchevel-Méribel.
Pinturault : "Cette saison, j'ai fait avec les moyens du bord"
Video credit: Eurosport
C’est un sas de décompression dont il ne trouve pas l’issue. Alexis Pinturault a signé la saison passée un exploit majuscule en remportant le gros globe de cristal, vingt-quatre ans après Luc Alphand, dernier régent français du cirque blanc. L’épilogue d’une quête éreintante, physiquement et mentalement, le sceptre ayant failli lui échapper dans le money time. La période de doute qu’il traverse depuis est proportionnelle à cet accomplissement.
Notre consultant Gauthier de Tessières insiste sur la portée émotionnelle de la performance : "Le gros globe ? C’est quelque chose qui devient très rapidement le but ultime." Par le prisme du microcosme de l’alpin, Pinturault est devenu un autre homme il y a un an : "Si tu n’es pas champion olympique ou champion du monde, tu n’as pas la reconnaissance du public… mais dans le milieu du ski, c'est différent. Gagner des Coupes du monde, gagner le globe : c’est la gloire, la reconnaissance des siens."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2021/03/20/3014863-61852988-2560-1440.jpg)
Joyeux anniversaire "Pintu" : Revivez la manche qui lui offre le gros globe le jour de ses 30 ans
Video credit: Eurosport
"Je n’ai pas suffisamment coupé..."
"C’est la première fois qu’on voit une défaillance chez lui, poursuit le vice-champion du monde de super-G 2013, au sujet de celui qu’il a côtoyé en équipe de France. C’est humain, il a touché le Graal. Parce que c’était son Graal !" Pinturault a intégré une caste et doit le digérer : "Cela voulait dire pour lui : j’ai réussi, j’ai atteint mon objectif le plus haut (…) Je suis arrivé au niveau de Marcel Hirscher, Hermann Maier, Jean-Claude Killy… Il y a eu un relâchement, de la fatigue."
Un écueil que le principal intéressé pointe aussi du doigt. "Je n’ai pas suffisamment coupé à l’issue de cette grosse saison et de ce gros globe, qui était un objectif extrêmement important pour moi", a ainsi concédé Pinturault il y a quelques semaines, dans des propos rapportés par nos confrères de France Télévisions, à l’heure de dresser le bilan de ses ternes Jeux Olympiques de Pékin 2022. Des Jeux qui pouvaient "sauver" son opus 2021-2022 et qu’il a bouclés sans la moindre médaille.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2022/02/10/3311746-67715188-2560-1440.png)
"C'est une journée catastrophe" : retour sur le combiné désastreux de Pinturault
Video credit: Eurosport
"Plus au niveau en matière d’implication mentale"
Dès octobre et la reprise de la Coupe du monde, le skieur de Courchevel avait senti que quelque chose clochait. "Je me suis pris une claque dans la tête en me disant que je n’étais plus au niveau en matière d’implication mentale", a-t-il raconté à propos de sa 5e place lors du géant d’ouverture, à Sölden, loin d’un Marco Odermatt (24 ans) dont la prise de pouvoir - officialisée ce mercredi - a vite semblé inéluctable.
Le plus dur est la fatalité qui a découlé du constat initial de Pinturault : "Derrière, ça a toujours été difficile, parce que cette énergie met des semaines, voire des mois, à revenir." Celui qui fêtera ses 31 ans à la fin de la semaine semble encore attendre que "cette énergie" le regagne, que la flamme se ravive en lui. Il n’est pas passé de n°1 mondial à médiocre en un battement de cils, tout n’est pas à jeter dans ses courses, mais son retour dans le rang est brutal (10e du général).
| Saison : | Nombre de victoires : | Nombre de podiums : |
| 2021-2022 (en cours) | 0 | 3 |
| 2020-2021 | 5 | 9 |
| 2019-2020 | 6 | 8 |
| 2018-2019 | 2 | 8 |
| 2017-2018 | 2 | 4 |
| 2016-2017 | 4 | 6 |
| 2015-2016 | 6 | 8 |
| 2014-2015 | 2 | 6 |
| 2013-2014 | 3 | 8 |
| 2012-2013 | 3 | 7 |
| 2011-2012 | 1 | 6 |
| 2010-2011 | 0 | 1 |
| Total : | 34 | 74 |
Renoncement susurré, magie envolée
"Il a dit des choses que je n’avais jamais entendues dans sa bouche, analyse De Tessières. Il a accepté que ce serait une saison difficile où il n’aurait pas les solutions. Il a vite dit qu’il allait finir comme il pouvait, pour attaquer la saison prochaine dans des dispositions correctes." Un renoncement plus ou moins avoué - le phare des JO entretenant une lueur d’espoir -, qui a pris corps au fil des camouflets. "On ne sent plus l’explosivité, il n’y a plus de magie", déplore notre spécialiste.
"Il a peut-être oublié certains fondamentaux à l’entraînement, sur la préparation, sur le matériel, l’évolution du sport. Je pense que chaque année, il avait réussi à évoluer, à progresser en même temps que le niveau du ski. Là, il a stagné, considère notre consultant. Physiquement, il est un petit peu moins bien, il accuse le coup." Pour Gauthier de Tessières, les déboires de Pinturault sont un tout - "il ne faut pas résumer le problème au matériel" -, un engrenage que son profil tout terrain n’a pas aidé à stopper.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2021/11/14/3253899-66595248-2560-1440.jpg)
Une porte traversée et Pinturault manque le tableau final
Video credit: Eurosport
Pas de temps pour les ajustements
"Alexis [Pinturault] ou [Marco] Odermatt, ce sont des polyvalents. Les gars font des courses tous les week-ends. En semaine, ils n’ont pas de séance dédiée à l’évolution du matériel, expose-t-il. Mathieu Faivre, par exemple, a le temps de tester, de faire de grosses sessions d’entraînement, de recherche. Alexis Pinturault n’a pas ce temps. Une fois que la saison est lancée… c’est quasiment fini." Alors quand elle est lancée sur de mauvaises bases…
Résultat : "Pintu" n’a toujours pas gagné cette saison, à l'orée des "finales". S’il n’y remédie pas à domicile, lors de l’étape de Courchevel-Méribel qu'il a débutée par une 8e place en super-G jeudi, ce sera une première depuis onze ans pour lui. Ce n’est pas faute d’avoir refermé le portillon, en géant, à Kranjska Gora le week-end dernier. Mais dans un cadre qui lui réussit tant (il y a signé huit podiums en Coupe du monde), le leader du ski français a flanché, dans un faux-rythme : 28e temps du second run, 11e place à la clef.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2022/03/12/3336225-68204768-2560-1440.jpg)
En tête après la première manche, Alexis Pinturault craque complètement sur la seconde
Video credit: Eurosport
Courchevel-Méribel 2023, la perspective idéale
Ce n’est pas de démons dont Alexis Pinturault doit s’exorciser, mais du plus grand accomplissement de sa carrière. Il peut le faire sur ses terres, dès cette semaine… mais surtout dans un an. Les Mondiaux 2023 se dérouleront en effet chez lui, à Courchevel et Méribel. Le levier de motivation est immense. Après celle du Graal, voici une nouvelle quête tout trouvée, aux yeux de Gauthier de Tessières : "C’est ce qui va le faire se relever".
"Sans cela, [Pinturault] pourrait se dire : ‘C’est bon, ça fait douze ans que je traverse le monde, que je ne vis que pour ça…'. Mais là, il va vouloir enfin aller chercher le titre en géant, devant son public", se projette-t-il, concernant le double médaillé de bronze mondial de la discipline (2015 et 2019). "Je suis certain que cette saison est un mal pour un bien, estime De Tessières. Cela va être génial (…) Je suis convaincu qu’avec la claque qu’il prend, là, sa saison prochaine va être magnifique."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2022/02/20/3324506-67970388-2560-1440.jpg)
"Trois médailles sans Pinturault ni Worley, c'est un bon résultat" : le bilan du ski alpin à Pékin
Video credit: Eurosport
Sur le même sujet
Publicité
Publicité
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/12/02/image-5ea1824c-6c93-4e0b-ba6d-63f66434b2c1-68-310-310.jpeg)