Les frissons qui s’installent. Le palpitant qui s’emballe. Les jambes qui tremblent. Et le destin, 862 mètres plus bas. Si vous interrogez tous les descendeurs du monde, ils vous le diront : rien ne vaut le portillon de départ de Kitzbühel. Un mythe, ça se respecte. Un mythe, ça brise ou ça se dompte. Sur la Streif, la demi-mesure n’existe pas.
"Tu t'attends au pire, mais c'est pire que le pire", nous résumait parfaitement Pierre-Emmanuel Dalcin. Mais pour d’autres, c’est un carburant extraordinaire. Dominik Paris fait partie de cette caste-là. Là où tout le monde s’écroule, l’Italien se sublime. Ici, le golgoth transalpin a déjà gagné quatre fois. Dont trois sur la mythique descente.
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Ski Alpin

Kitzbühel | Descente Messieurs I

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Kitzbühel
"Je suis jalouse des hommes" : Kitzbühel, un mythe au masculin
21/01/2021 À 10:06
La dernière fois, c’était en 2019, au sommet de sa forme et de sa carrière. "Ce n'est pas normal de gagner trois fois la descente de Kitzbühel", affirmait-il alors. Il avait raison. Mais Paris n’est pas normal. L’Italien est "un fou" comme il se définissait auprès de CNN, un volcan en perpétuelle quête d’éruption, un épicurien toujours sur la crête. C’est cet état d’esprit qui fait de lui l’un des spécialistes d’une descente qui effraie les autres.
Dans le genre, Didier Cuche n’avait rien à lui envier. Recordman de victoires sur la Streif (5), le Suisse en est convaincu : son héritier ici, c’est Paris. "C'est celui qui peut battre mon record, pronostiquait-il à la Gazzetta il y a encore quelques jours. A Kitzbühel, il se sent plus fort. Tout le monde n'est pas à l'aise ici. Lui, il est comme moi, il sait où est la limite. Et ça, ça compte plus que la forme".

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La blessure, c’est comme un nouvel adversaire
Pour la belle histoire, on a envie de le croire. Mais la réalité est sans doute autre. Jeudi, lors du premier entraînement, l’Italien s’est classé 37e, à plus de deux secondes de Ryan Cochran-Siegle. Parce que le descendeur n’est plus exactement le même depuis 2020. La faute à cette foutue rupture des ligaments croisés subie en janvier dernier à Kirchberg, quatre jours avant "sa" course préférée.
Le rockeur hyperactif a dû se faire une raison. Et puiser dans des ressources encore inexplorées jusqu’alors. "La blessure, c'était quelque chose de nouveau pour moi, expliquait-il au Corriere della Sera début décembre. C'était comme un nouvel adversaire. Mais ce n'est pas quelque chose qui me fait peur, comme peut le faire une vilaine chute". Alors, comme toujours, Paris a fait les choses à sa façon : entière et sans limite. Quitte à perdre certaines réalités de vue.
"J'ai commencé à réfléchir à ce que je vais faire après ma carrière, mais pour l'instant je me sens encore athlète, avouait-il. Il fut un temps où je m'étais un peu perdu, j'avais commencé à boire et mes amis disaient que j'avais un peu grossi en rigolant. Mais ils avaient raison. Je me suis remis sur le droit chemin après". Ce n’est pas la première fois pour celui qui a si souvent rendu hommage à son frère, "meilleur skieur" que lui, disparu en 2013. "La mort de mon frère m'a appris que la vie est aussi une question de chance et qu'il faut savoir l'aimer", philosophe ainsi un skieur au début de carrière chaotique.

Objectif JO 2022

Paris a donc fait une chose qu’il n’avait jamais connu avant : prendre son temps. "On m'avait dit que je pourrai retourner sur les skis au bout de six mois de rééducation, mais j'ai pris le temps qu'il fallait, expliquait-il en décembre dernier, juste après son retour sur les skis. Je n'étais pas pressé". Vie familiale, cuisine et séances de rééducation ont ainsi rythmé son quotidien. Sans oublier les morceaux de heavy-métal composés pour éviter de devenir définitivement trop plan-plan.

Dominik Paris à Kitzbühel

Crédit: Getty Images

Revenu à Val d’Isère, l’Italien a retrouvé ses marques petit à petit. A Bormio, fin décembre, il est allé décrocher la quatrième place mais a surtout retrouvé le plus important : des sensations. "J'attendais le jour où il serait à nouveau fun de se jeter sur la pente, détaillait-il tout sourire. Je me suis senti de mieux en mieux au fur et à mesure et j'ai finalement pu me débarrasser de mes doutes". Preuve que quand on est piqué de vitesse, on le reste à vie.
Et maintenant ? La belle histoire ne doit pas s’arrêter là. Ce week-end, Paris continue simplement sa progression, sans se presser. Car 2021 n’est finalement qu’une étape. "Le grand objectif, ce sont les Jeux d'hiver de 2022, expliquait-il. Et avant, les Mondiaux de Cortina, naturellement. Gagner à la maison quelque chose d'important est toujours particulier". Même si, au fond, sa vraie maison est celle où sa folie géniale s’exprime le mieux : Kitzbühel.
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