Ascenseur émotionnel pour le ski français à Kitzbühel. Le double podium enivrant de vendredi, en vitesse, a laissé place à la soupe à la grimace, samedi, entre les piquets serrés. Clément Noël et Alexis Pinturault ont ainsi déchanté en slalom, au lendemain des superbes partitions récitées par Johan Clarey et Blaise Giezendanner. Pour le duo tricolore à l’œuvre en technique, tout n’avait pas si mal commencé, Noël lançant les hostilités avec un certain brio.
"Je me suis vraiment dit : c’est une mauvaise manche. Mais finalement c’est dur pour tout le monde et c’est ‘pas mal’", a débriefé le porteur du dossard 1 à notre micro, fort du deuxième temps après le premier passage de tous les skieurs. Mais le tableau n’était déjà pas idyllique, à en croire sa vision des conditions de courses : "Le feeling n’est pas très bon, parce que ce n’est pas lisse, c’est assez vaguelé (sic : ondulé). On a du mal à prendre les appuis comme on veut."
Cette difficulté à "prendre les appuis" a sauté aux yeux dès son entame de deuxième run. Noël nous a d’abord fait frissonner en frôlant la sortie de piste. Puis il a commis une erreur qui, à défaut d’être rédhibitoire dans l'optique de terminer l'épreuve, lui a coûté toute chance de bien figurer au classement final. En bas, ce n’est qu’une quinzième place qu’il a pu décrocher, à 1"73 d’un Dave Ryding dont c’était le jour de gloire.
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"J'ai le sentiment que cette saison est un enfer"

"Quinzième, c'est mieux que zéro", a tenté de positiver Clément Noël, dans des propos rapportés par l’AFP et alors qu’il a déjà échoué à achever deux slaloms cette saison (pour seulement une victoire). Zéro, c’est justement le résultat d’Alexis Pinturault. Le tenant du gros globe de cristal a été correct dans la matinée (7e temps de la première manche) avant de ne pas faire illusion longtemps en début d’après-midi. Cinq secondes, précisément. Le temps d’enfourcher.
"Je ne sais pas quoi dire. J'ai le sentiment que cette saison est un enfer, s’est lamenté Pinturault. Il y a du bon ski à l'entraînement, il y a des bonnes choses que je n'arrive pas à reproduire en course." Entre ses deux passages sur la piste, il nous avait parlé d’un "jeu d’équilibriste (…) entre augmenter le curseur et garder suffisamment de marge", dû à une piste exigeante et une visibilité obstruée par la neige abondante qui nous ensevelissait, il est vrai, depuis la nuit passée.
Pour jouer à ce jeu dangereux, il faut de la confiance. Une denrée dont "Pintu", 30 ans, découvre tardivement la rareté. "Je doute, donc c'est compliqué pour me lâcher, prendre des risques. Je manque de confiance, je suis un athlète qui n'a pas forcément beaucoup douté dans sa carrière, ou alors je chassais vite les doutes, explique-t-il. Pourtant je n'ai pas l'impression que les choses soient catastrophiques, mais il n'y a rien qui s'aligne dans le bon sens."

Pinturault s'est encore raté : son abandon en seconde manche

"Le tracé était pourri pour tout le monde"

Pinturault sort du "Top 7" de la World Cup Start List en slalom. Un classement établi sur douze mois qui est la clef pour disposer d’un bon dossard. "Je fais trop les montagnes russes, des abandons qui m'empêchent d'aligner des bons résultats", maugrée-t-il. Ce camouflet n’est pas le premier. Il fait d’autant plus mal. "Je prends une claque derrière la tête", admet le skieur de Courchevel, sans se chercher d’excuse : "Le tracé était piégeux, mais on en a déjà eu en Coupe du monde."
Au sujet du parcours dessiné par Jacques Theolier, coach de l’équipe italienne, Noël est plus saignant. "Sur cette deuxième manche, le tracé était abominable, très difficile, estime-t-il. Il y avait des figures décalées sur les mouvements de terrain, faisant prendre de la vitesse avant ces mouvements. Ce n'était pas du tout naturel." Il rejoint cependant son compatriote sur un point : "Ce n'est pas du tout une excuse, le tracé était pourri pour tout le monde."
Autre point de convergence avec Alexis Pinturault, Clément Noël évoque le poids de sa mauvaise dynamique dans son loupé du jour : "Je n'ai pas d'explications à chaud. Il fallait s'envoyer. Quand on est un peu en manque de confiance (…) On est moins juste techniquement, on fait des erreurs." Mardi à Schladming, lors d’un nouveau slalom, ces deux cadors du ski français auront une précieuse occasion de redresser la barre, alors que les Jeux olympiques de Pékin (4-20 février) se profilent - et vite - à l’horizon.

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Crédit: Getty Images

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