En ne s'intéressant plus qu'aux Grands Chelems, Novak Djokovic commet-il une erreur ?

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Il le dit depuis longtemps et cela devient de plus en plus prégnant, parfois à la limite du gênant comme à Madrid où il n'a pas semblé outre mesure impacté par son échec d'entrée face à Matteo Arnaldi : en dehors des Grands Chelems et quelques rares grandes occasions, Novak Djokovic ne parvient plus à retrouver la flamme. Cela ne se commande peut-être pas. Mais à son âge, est-ce bien raisonnable ?

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Pourquoi Novak Djokovic avait-il choisi de jouer cette année à Madrid, un tournoi qu'il avait pris l'habitude de "zapper" depuis plusieurs années ? Si vous avez la réponse, on est preneurs parce que nous, on cherche encore. Battu en deux petits sets (6-3, 6-4) dès son entrée en lice par Matteo Arnaldi comme il l'avait été à Monte Carlo, sur un score identique, par Alejandro Tabilo, le Serbe a affiché sur le court un visage tout aussi résigné qu'un peu plus tard en conférence de presse, où on ne l'a pas trouvé plus que cela impacté par sa défaite. Beaucoup moins en tout cas qu'en Principauté, où il avait expédié l'exercice en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire.
Dans son discours, Djokovic a habilement surfé sur le thème inévitable du déclin, comme s'il acceptait la chose avec fatalité – à d'autres… –, tout en répétant à plusieurs reprises que tout ce qui l'intéresse aujourd'hui, c'est d'être performant en Grand Chelem, à commencer par Roland-Garros qui se profile dans moins d'un mois. A ce stade, pas grand-chose ne semble indiquer qu'il sera en mesure d'y décrocher le 25e Majeur de sa légendaire carrière. Mais une chose est sûre, à peu près à 100% : à Paris, on ne verra pas le même Djokovic que la pâle copie entrevue à Monte Carlo et à Madrid, en attendant de voir à quelle version on aura droit à Rome.
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Ce qui nous fait dire ça ? Le "cycle de la vie", pour reprendre un élément de langage utilisé par le principal intéressé. Parce que l'année dernière, c'était déjà comme ça. Une saison sur terre battue "cata" suivie d'une renaissance soudaine à Paris, où seule une blessure au genou avait pu l'arrêter. Parce qu'avec Djokovic, c'est toujours comme ça, et de plus en plus. Entre deux Grands Chelems ou d'autres rares grandes occasions qu'il coche dans son agenda, comme les Jeux Olympiques l'an dernier ou Miami cette année, il n'arrive plus à trouver la flamme et semble même de moins en moins concerné par son sort, comme étranger à lui-même par moments. Mais dès qu'il décide de presser le bouton "On", comme par magie, ce n'est plus le même homme.
Evidemment, la théorie du déclin a du sens. Elle est même pléonastique quand on parle d'un joueur de bientôt 38 ans, forcément très loin de ses plus belles années. Mais même si Djokovic l'a fait lui-même comme pour noyer le poisson, il est bien compliqué d'analyser son échec madrilène sous le simple prisme de l'inexorable décroissance. Parce que ce n'était pas vraiment lui sur le court. Tout juste un cousin éloigné. Le "vrai" Djokovic ne se résigne pas ainsi à encaisser les coups puis accepter sa défaite. S'il livre le même genre de match et de discours à Roland-Garros puis à Wimbledon, on en reparlera. En attendant, il n'y a aucun sujet Novak Djokovic.
C'est l'une des raisons pour lesquelles je joue toujours. Parce que j'ai le sentiment que cela aide le tennis.
Enfin si, il y en a un. Plusieurs, même. Le premier concerne, comme on le disait au début, les raisons de sa présence à Madrid. Pour se faire plaisir ou faire plaisir à son coach Andy Murray ? Non. Pour engranger des succès et rebâtir un pont de confiance ? Visiblement, non plus, ou alors c'est raté. Pour faire la chasse aux points et remonter au classement ? Cela ne transpire pas davantage. Entretenir un certain rythme de matches et d'une simple présence en tournoi, et ainsi avoir moins la sensation d'être en phase permanente de reprise ? C'est déjà un peu plus probable. Mais, l'un dans l'autre, tout n'est pas très clair. S'il n'y a pas de sujet Djokovic, il y a, à minima, un mystère Djokovic.
De manière peut-être un peu plus surprenante, le joueur a, pour sa part, parlé d'une certaine responsabilité qu'il endosse désormais sur le circuit. "Cela prend un peu de temps pour les gens d'accepter le fait que Federer, Nadal et Murray ne jouent plus, comme ce sera le cas pour moi-même un jour. Mais j'essaie justement de représenter cette vieille génération en espérant que cela ait un impact positif sur le circuit, disait-il dans la capitale espagnole avant son entrée en lice. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles je joue toujours. Parce que j'ai le sentiment que cela aide le tennis à capter l'attention des gens et à faire venir la foule."
Ce n'est pas la première fois, du reste, que Djokovic évoque ce rôle de super ambassadeur du tennis, qu'il considère en danger face à l'essor de nombreux autres sports de raquette. Si c'est cela, c'est très louable de sa part, et c'est certainement très vrai aussi : un tournoi de tennis génèrera toujours beaucoup plus d'attention avec lui que sans lui. Mais s'il doit venir pour venir et enchaîner des défaites indignes de sa légende, au bout du compte, à quoi bon ? Est-ce vraiment le bon calcul de ne faire quasiment plus qu'acte de présence en dehors des grandes échéances qui le préoccupent ?
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Plus le physique des Grands Chelems

On pourrait d'ailleurs tourner la question autrement : est-ce vraiment le bon calcul de se focaliser uniquement sur ces grandes échéances ? Le débat est ouvert. D'un côté, à l'Open d'Australie cette année comme à Roland-Garros et Wimbledon l'an dernier – et en mettant de côté l'US Open, où il était arrivé "cramé" mentalement après son titre olympique -, Novak a largement prouvé qu'il demeurait l'un des tout meilleurs joueurs du monde quand il sortait ses plus beaux apparats, peut-être même le meilleur après Jannik Sinner. D'un autre côté, il a à chaque fois fini par être rattrapé par son physique (abandon en demies à Melbourne, forfait en quarts à Roland), ce qui n'est ni un hasard, ni anodin.
A un stade de sa carrière où les mois qui passent comptent double, où la rivalité se fait de plus en plus pressante et sa marge tennistique de plus en plus réduite, tout cela ne va évidemment pas aller en s'arrangeant. Sauf concours de circonstances favorables, les chances de Djokovic de conquérir ce fameux 25ème Grand Chelem qui ferait de lui le recordman absolu, seul devant Margaret Court, s'amenuisent de plus en plus, jusqu'à sembler réduites aujourd'hui à peau de chagrin. Ça n'est (toujours) pas une question de niveau, nonobstant ses récents résultats. C'est juste "le cycle de la vie".
D'où la question : pour Djokovic, cette quête épuisante et incertaine de l'ultime Graal en vaut-elle vraiment la chandelle ? Que lui apporterait objectivement un titre du Grand Chelem supplémentaire ? En retour, posons-nous nous-mêmes la question : préfère-t-on voir le Serbe gagner un énième Wimbledon, puisque c'est là où il semble avoir les meilleures chances de "claquer" un nouveau Majeur, ou juste le voir sous son meilleur jour à chaque tournoi, quel qu'en soit le prestige ?
On n'a évidemment aucun conseil à lui donner, et lui-même ne doit rien à personne. Mais à trop se concentrer sur les tournois du Grand Chelem, Novak Djokovic ne doit pas perdre de vue tout le reste, comme par exemple la barre des 100 titres sur laquelle il est toujours bloqué, ou comme le simple plaisir de "matcher" si l'on veut sortir un peu de cette étouffante chasse aux chiffres. À bientôt 38 ans, il doit surtout veiller à ne pas se perdre lui-même.
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War es Novak Djokovic letztes Turnier in Madrid?

Crédit: Getty Images


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