Masters 1000 Monte-Carlo - Jannik Sinner : "Ce serait bizarre de vous dire que je ne suis pas surpris…"
Par Laurent Vergne
Mis à jour 12/04/2026 à 21:45 GMT+2
Jannik Sinner avait affiché une grande prudence en arrivant à Monte-Carlo. Il en repart en triomphateur et en numéro un mondial. Dans sa carrière, ce titre comptera. Peut-être même marquera-t-il un tournant. Désormais, il peut aussi être le boss sur terre battue. C'est d'autant plus fort que sa préparation avait été minime. D'où sa surprise. Bien agréable, convient-il.
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Il ne faut pas toujours prendre au pied de la lettre ce que disent les joueurs et/ou leur entourage. À écouter Jannik Sinner et Simone Vagnozzi, cette semaine, à Monte-Carlo, il n'y avait ni attentes ni ambition. Aucune autre en tout cas que de jouer quelques matches, afin que l'Italien prenne ses repères sur terre battue et puisse en retirer des informations pour la suite du printemps. Résultat, il, boucle cette semaine sur le Rocher avec un Masters 1000 de plus, une victoire sur Carlos Alcaraz et un retour au sommet du classement ATP. Pour quelqu'un qui venait juste pour voir, la barque est bien chargée.
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Pour être honnête, il n'est pas question de dire que le clan transalpin avait bluffé ou encore moins menti. Il était légitime et même logique de débarquer ici, sinon sur la pointe des pieds, en tout cas avec un air prudent, en chuchotant plutôt qu'en criant son ambition sous tous les toits. Jannik Sinner avait eu peu de temps pour tourner la page de son mois de mars ultra-rempli aux États-Unis et passer du dur à la brique pilée. Puis son passé sur terre battue, sans être un passif, n'était pas tout à fait à la hauteur de ce qu'il avait pu faire ailleurs.
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Alors, promis, il ne s'attendait vraiment pas à marcher de la sorte sur Monte-Carlo. Il se sait capable de tout au fond de lui, mais de certitude, il n'avait point et oui, il s'est étonné lui-même. "Ce serait bizarre de vous dire que je ne suis pas surpris...", a-t-il plaidé dimanche soir après sa victoire en finale contre Carlos Alcaraz. "Mais c'est une excellente surprise, et bien évidemment, ça compte beaucoup pour moi. Je crois qu'il va me falloir un peu de temps pour réaliser ce qu'il vient de se passer", a-t-il ajouté à propos de ce premier titre d'envergure sur terre battue.
Un plaisir et un luxe
Sa victime du jour, elle, n'éprouve aucun sentiment de surprise. Carlos Alcaraz l'avait évoqué la veille, le fait que la terre battue ne soit pas la surface favorite de son rival ne signifiait en rien qu'il n'y était pas compétitif et qu'il ne soit pas capable d'y battre tout le monde, à commencer par lui. "Je ne suis pas surprise du tout, a-t-il assuré. On avait déjà vu quel pouvait être le niveau de Jannik sur terre et je pense qu'il a énormément progressé année après année. Il a atteint un niveau sur cette surface qui lui permet d'être dangereux contre n'importe qui."
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Ce qui transpire quand l'un parle et de l'autre et réciproquement et quand ils se retrouvent sur le court, c'est que non seulement ces deux-là se respectent, mais ils se craignent. Ils ont conscience d'avoir, de l'autre côté du filet, un spécimen d'une envergure comparable à la leur. Et comme ils savent l'un et l'autre parfaitement s'auto-évaluer et ce qu'ils valent, ils mesurent pleinement le danger en face. Alcaraz a beau avoir remporté les deux derniers titres à Roland-Garros et avait gagné leurs trois derniers duels sur terre, il n'est pas entré sur le court Rainier III avec des certitudes excessives. Au contraire. Il savait quel danger il encourait.
"Il suffisait de se souvenir de la finale de Roland-Garros l'an dernier et du niveau de jeu qui avait été le sien…, vient rappeler le Murcien. Je ne veux pas reparler de ça mais, il a le niveau pour gagner n'importe quel tournoi sur terre battue comme sur n'importe quelle autre surface. Mais il comprend plutôt très bien le jeu sur terre." Effectivement, peut-être avions-nous un peu trop insisté sur le fait que Jannik Sinner n'avait remporté qu'un seul de ses 26 tournois sur terre battue. Qu'il n'y avait encore jamais décroché un titre de premier plan. Ou qu'il restait sur trois échecs contre Carlos Alcaraz dans ce contexte.
Peut-être, à l'inverse, n'avions-nous pas suffisamment regardé cette évidence : un joueur qui passe à un point de remporter Roland-Garros doit avoir quelques compétences dans ce domaine. On plaisante, tout le monde savait tout ceci. Mais d'une certaine manière, dimanche, Jannik Sinner est passé de la théorie à la pratique. Le savoir, c'est bien. Le faire, c'est mieux. Que cela arrive ici, "chez lui", à Monte-Carlo, où il réside, ajoute au plaisir. Que cela survienne dès la mi-avril lui offre en prime un luxe et une quiétude. Quoi qu'il arrive ces prochaines semaines, l'accomplissement monégasque, qu'il s'agisse du titre ou de sa victoire contre Alcaraz, sera là pour qu'il s'appuie dessus.
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