Depuis une semaine, Andy Murray est le nouvel homme fort du classement ATP. Celui qui a toujours été la quatrième roue du carrosse Big Four, qui a constamment chassé derrière les trois géants du XXIe siècle, à tour de rôle, peut enfin clamer, tel le petit cheval blanc de Paul Fort : "tous derrière et moi devant". Cette prise de pouvoir, que pas grand monde, sans doute pas même lui, n'avait anticipé jusqu'à il y a quelques semaines, a été rendu possible à la fois par l'admirable seconde moitié de saison de l'Ecossais et le coup de moins bien de Novak Djokovic.
Voilà donc Murray numéro un mondial, sans garantie d'ailleurs de le rester à très court terme, même si le premier semestre 2017 lui permettra selon toute vraisemblance, soit de prolonger son début de règne, soit de renouer avec le pouvoir si celui-ci venait à lui échapper fin 2016. Car en dépit de la dynamique actuelle du "Brit boy" de Dunblane, le trône en fin d'année peut encore lui filer entre les doigts. Et vous savez quoi ? Ce ne serait pas forcément un scandale. Car s'il est bel et bien numéro un mondial, Murray n'a pas forcément été l'homme de l'année. Un statut que Novak Djokovic, a minima, peut partager avec lui.
ATP World Tour Finals
Entre Murray et Djokovic, la course au trône est loin d'être pliée
12/11/2016 À 14:33

Numéro un mondial, ce n'est pas une question de mérite

Ce n'est certes pas le timing rêvé pour se faire l'avocat du Serbe, chacun en conviendra, mais il faut mettre en perspective l'ensemble de la saison et non la dynamique du moment. Il ne s'agit pas de savoir si Murray mérite ou non d'être numéro un mondial. Le classement ATP, ce n'est pas une question de mérite. C'est une logique purement mathématique. S'il est au sommet aujourd'hui, c'est qu'il a cumulé plus de points que n'importe qui d'autre, Djokovic compris. Point barre. Il n'y a pas à le discuter.
Mais le joueur qui boucle la saison avec le plus gros total de points au classement est-il de facto, et de façon systématique, le joueur ayant le plus marqué ladite saison ? C'est davantage discutable. Là, nous ne sommes pas dans une logique comptable, mais dans une analyse plus subjective. Pour ma part, il ne me parait pas absurde de considérer que Djokovic possède une toute petite longueur d'avance sur Murray.
Si on compare le bilan 2016 des deux hommes à ce jour, l'Ecossais a remporté huit titres, le Serbe "seulement" sept. Mais Djokovic a tout de même gagné deux des quatre tournois du Grand Chelem. Murray, un seul. Nole termine aussi 2016 avec davantage de Masters 1000 que son rival britannique (4 contre 3). Bien sûr, Murray peut aussi mettre sur le tapis son titre olympique à Rio. Les Jeux, cette année, étaient sans doute le cinquième plus gros titre en jeu, plus encore que le Masters.

Wimbledon 2016 ? Du jamais vu depuis Roland-Garros 2004…

Mais ce qui pèse lourd, à mes yeux, c'est que les deux titres majeurs obtenus par Djokovic cette saison (Open d'Australie, Roland-Garros), l'ont été en battant en finale Andy Murray. A l'heure de répartir l'argent entre les musiciens à la fin du bal, ce détail-là peut difficilement être tenu pour anodin. A l'inverse, la prise de pouvoir de Murray s'est faite sans la moindre victoire sur Djokovic, les deux champions n'ayant plus croisé le fer depuis leur finale sur la terre battue parisienne. Le Britannique n'y est évidemment pour rien, mais le fait est tout de même assez rare.

Un set pour se mettre en jambes et, ensuite, Djokovic était partout : le résumé de la finale

Ce que nous dit l'Histoire, notamment récente, c'est que les passations de pouvoir s'accompagnent le plus souvent d'un acte fort sur le court. Nadal avait battu Federer en finale à Paris et plus encore à Wimbledon en 2008 lorsqu'il a mis fin à l'hégémonie du Suisse. En 2011, quand il a pris le relais, Djokovic a délogé Nadal… en le dominant en finale sur le gazon londonien. Murray, lui, n'a pas eu besoin de ce passage de témoin sur le court. Mieux (ou pire, c'est selon), pour remporter son deuxième Wimbledon au mois de juillet, il n'a eu besoin de battre ni Federer, ni Nadal, ni Djokovic. Et ça, ce n'est pas commun.
Depuis Gaston Gaudio à Roland-Garros en 2004, tous ceux qui, en dehors du trio majeur serbo-hispano-suisse, ont remporté un titre du Grand Chelem, avaient trouvé au moins un des trois géants sur leur route. Qu'il s'agisse de Marat Safin à Melbourne en 2005, Juan Martin Del Potro à l'US Open en 2009, Marin Cilic toujours à New York en 2014, Stan Wawrinka lors de ses trois succès en Australie à Paris et Flushing, ou Andy Murray lui-même. L'Ecossais a profité depuis cet été des circonstances. C'est tout à son honneur. L'opportunisme n'est pas un défaut.

Le Masters en juge de paix ?

Puis, en dépit de ses difficultés post-Roland-Garros, Djokovic a écrit cette année une page d'histoire importante en accomplissant le Grand Chelem en carrière via son titre à Roland-Garros. Sacre qui, en prime, a fait de lui le premier homme depuis 47 ans à détenir simultanément les quatre couronnes majeures. Même si ce dernier fait s'est accompli à cheval sur deux campagnes, cela n'en restera pas moins un des évènements de cette année 2016.
Alors, Djokovic ou Murray ? A chacun de se faire son idée. Le Masters pourrait d'ailleurs y contribuer. Imaginez que le Djoker décroche un 6e titre dans l'épreuve, dimanche, en battant Murray en finale. Andy pourrait rester numéro un malgré tout, si le Serbe perdait un de ses macthes de poule (hypothèse peu probable depuis sa victoire sur Raonic, il est vrai), mais en ayant perdu les trois duels les plus importants de l'année contre Nole. A l'inverse, s'il parvient à poursuivre à Londres sa folle série automnale en dominant enfin de façon directe Djokovic... Au-delà de la place de numéro un, c'est aussi ce rapport de force-là qui se joue à l'O² Arena.

Andy Murray vs Novak Djokovic

Crédit: Eurosport

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