La Russie a donc remporté l'édition 2021 de la Coupe Davis. Bravo à elle. Avec deux joueurs classés parmi les cinq premiers mondiaux (Daniil Medvedev 2e, Andrey Rublev 5e), elle disposait, sur le papier, de l'équipe la plus dense et la plus forte. Le sacre de la bande à Tarpishev, qui a fêté samedi contre l'Allemagne son 100e match (!) en tant que capitaine, n'a donc rien de surprenant. Mais dire qu'il a provoqué un enthousiasme délirant serait un tout petit peu exagéré. De Turin à Madrid en passant par Innsbruck, cette phase finale a, pendant dix jours, suscité un intérêt modéré. Poli, au mieux.
C'est peut-être le plus triste dans toute cette histoire. Que la Coupe Davis, compétition fiévreuse par excellence, si longtemps affaire de passion, soit devenue à ce point insipide. Elle pouvait ne pas convenir à tous les palais, mais au moins avait-elle du goût. La Coupe Davis version Kosmos, c'est un régime sans sel. De l'eau tiède. Aussi imparfaite que puisse avoir été la précédente formule dans ces dernières années, on a tout de même beaucoup de mal à saisir en quoi cette nouvelle mouture donne satisfaction, par exemple avec ses phases de poule à trois équipes qui ont obligé à multiplier les comptes d'apothicaire.

Daniil Medvedev

Crédit: Getty Images

Coupe Davis
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21/12/2021 À 16:44
Il y a deux ans, pour la grande première de l'ère Piqué, Rafael Nadal avait sauvé les meubles et les apparences. En guidant l'Espagne jusqu'au titre à domicile devant le public madrilène, le Majorquin avait assuré à la fois le prestige du palmarès et l'engouement populaire. Cette fois encore, les plus forts ont gagné et Daniil Medvedev a rejoint la caste des grands champions vainqueurs de la Coupe Davis. Il en était heureux, et c'est bien légitime. Mais a-t-il connu le grand frisson d'un sacre à domicile ou conquis de haute lutte devant un public hostile ? Pas vraiment.
Durant ces dix journées de quête du Saladier d'argent, les deux grandes questions qui ont habité le monde du tennis étaient :
. Où est Peng Shuai ?
. Novak Djokovic ira-t-il à l'Open d'Australie ?
"Qui remportera la Coupe Davis ?" arrivait assez largement après ces deux interrogations.
En trois ans, Kosmos a réussi à creuser un puits financier et cherche toujours la bonne formule, ce qui ressemble à un premier aveu d'échec. Après le "Tout Madrid" en 2019, l'Italie et l'Autriche avaient donc été conviées à la fête cette année. En 2022, nous aurons droit à une nouvelle nouvelle mouture avec une phase finale à huit équipes à Abu Dhabi. Pourquoi pas, après tout, au point où nous en sommes. Chacun jugera sur pièces mais on a un peu de mal à croire que la délocalisation aux Emirats puisse rapprocher le grand public de cette épreuve.
Mais rappelez-vous, l'argument massue pour enterrer la vénérable Vieille Dame du tennis, c'était le désintérêt manifesté par les stars du tennis. C'était oublier, quand même, que tous les joueurs ayant remporté au moins un titre du Grand Chelem depuis plus de dix ans avaient également tous soulevé au moins une fois le Saladier : Federer, Nadal, Djokovic, Murray, Wawrinka, Del Potro ou Cilic. "Oui, mais le Big Four" ne la joue plus. C'était loin d'être faux et loin d'être un problème anodin. Il est vrai, aussi, que pas grand-monde n'a bougé le petit doigt pour proposer le moindre aménagement. Une sorte de politique du pire, qui a mené à... ça.
Mais l'avenir de la Coupe Davis passait-elle par le Big Four ? A-t-on demandé son avis à la jeune génération ? Et tout le monde se précipite-t-il aujourd'hui pour jouer la Coupe Davis ? Pas vraiment. Un joueur comme Alexander Zverev, très assidu sous l'ancien format, n'a toujours pas pris part au Canada Dry de la Coupe Davis. En 2019, il était parti en tournée en Amérique du Sud en compagnie de Roger Federer.

Alexander Zverev a tourné le dos à la Coupe Davis.

Crédit: Imago

Cette année, le récent vainqueur du Masters a encore décidé de tourner le dos à l'épreuve. Et en annonçant son forfait dès le 25 octobre, il s'était montré très clair sur ses motivations, ou sa non-motivation, comme vous préférez : "On ne ruine pas l'histoire du tennis pour de l'argent. C'est quelque chose qui m'attriste. Je ne l'ai pas disputée il y a deux ans et cette année, je vais faire pareil. Je suis un homme de parole. Ce n'est pas la vraie Coupe Davis. Le format doit changer."
D'autres sont restés impliqués, mais sans ménager leurs critiques pour autant, à l'image de Lleyton Hewitt, capitaine d'une Australie très attachée à l'histoire d'une compétition qu'elle a tant marquée de son empreinte. Globalement, on n'a pas entendu grand-monde (personne ?) pour monter au créneau afin de défendre ce nouveau format.
Quand on prétend faire la révolution et mettre un système à terre, c'est en général avec en tête une idée, voire une utopie bien définie. Or Kosmos n'a pas les idées claires. Tout ceci donne le sentiment d'une constante improvisation. La Coupe Davis, aujourd'hui, n'est rien de plus qu'une ATP Cup de fin de saison, pendant de celle organisée en Australie au mois de janvier. Plus grand-chose ne distingue les deux compétitions et c'est tout le problème. La force de la "Davis" était de proposer quelque chose de différent, d'unique même. En perdant sa spécificité, elle a été dépouillée de son sens en même temps que vidée de son ADN par la suppression du principe domicile-extérieur et du format en trois sets gagnants.
Alors, comment lui redonner son lustre ? L'idéal serait d'en faire un grand évènement, incontournable même, dans la saison. On a beaucoup glosé sur les problèmes que posaient l'ancienne version dans la construction du calendrier. Mais est-ce possible entre fin novembre et début décembre, quand tout le monde est sur les rotules ?
Sans une refonte du calendrier dans laquelle la volonté de la placer au cœur des débats serait manifeste, la Coupe Davis est appelée à prolonger sa marginalisation. En enterrant une épreuve imparfaite mais au charme incomparable, on nous avait promis grands jours et beaux soirs. Trois ans plus tard, c'est un échec sur presque toute la ligne. Cette formule à la sauce Kosmos est au moins aussi mal fagotée que sa devancière. Le charme en moins. Alors, que reste-t-il de la Coupe Davis ? Rien.

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