ATP Dubai 2026 - La nouvelle vie de Gilles Cervara sans Daniil Medvedev : "Il y a de la nostalgie, mais c'est une histoire terminée"

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Séparé il y a quelques mois de Daniil Medvedev dont il fut le mentor pendant de longues années, Gilles Cervara est reparti d'une feuille blanche aux côtés du jeune Américain Nishesh Basavareddy, 20 ans et 192e mondial. Présent avec son nouvel élève au Challenger de Lille, il nous a raconté ce nouveau départ forcément empreint d'une certaine émotion, mais aussi d'excitation.

"Si Ivanisevic a rejoint Fils, c’est qu’il voit une possibilité de l’emmener très haut "

Video credit: Eurosport

Cela fait drôle, c'est vrai, d'apercevoir Gilles Cervara au milieu d'une box un peu vide, observant un match aussi paisible qu'un lac de montagne dans le relatif anonymat des qualifications d'un tournoi Challenger - en l'occurrence le Play In de Lille. Habitué aux night-sessions électriques et aux tempêtes émotionnelles de Daniil Medvedev, qu'il a coaché pendant huit ans jusqu'à la place de numéro 1 mondial avant de s'en séparer il y a quelques mois après l'US Open, l'entraîneur français a donc fait le choix de repartir de zéro.
Il aurait pu capitaliser sur son nom et les sollicitations n'ont d'ailleurs pas manqué. Sans citer de nom, Cervara reconnaît avoir reçu une pile de CV, dont certains prestigieux. Mais plutôt que d'embrayer sur un projet clé en main, il a choisi de revenir à la case départ, ou pas loin, auprès d'un joueur encore en construction : l'Américain d'origine indienne Nishesh Basavareddy, 20 ans, retombé au-delà de la 200e place mondiale en début d'année, un an après avoir brièvement intégré le top 100, notamment grâce à une demi-finale atteinte à Auckland. 
Un choix surprenant ? À première vue, oui. À 45 ans, fort d'un Grand Chelem et de sept Masters 1000 à son palmarès de coach, le Cannois pouvait viser plus clinquant. Mais lui ne le voit pas ainsi. "J'ai voulu remettre les mains dans le cambouis auprès d'un jeune joueur qui a certes déjà un vécu, mais sur lequel il y a encore beaucoup de choses à construire que ce soit dans la dimension technique, physique, mentale ou dans son évolution en tant qu'homme, nous a-t-il expliqué à Lille. À cet âge-là, le travail est très intéressant. Cette idée de partir de la base pour arriver au sommet, c'est ce que j'ai vécu avec Daniil et j'ai vraiment envie de le revivre."
L'écho est évident. Mais la comparaison a ses limites. Basavareddy, sorti des qualifications à Lille puis sèchement battu en quarts de finale par le phénomène Moïse Kouame, semble d'un calme aussi olympien que Medvedev était bouillant. Son tennis, loué par Novak Djokovic auquel il avait pris un set au 1er tour de l'Open d'Australie 2025, apparaît beaucoup plus académique, plus classique. Après huit mois sans structure passés essentiellement à voyager avec son frère, il nécessite d'être patiemment reconstruit.
Mais son potentiel est brillant selon Cervara, et l'on ne demande qu'à le croire. À l'époque, il avait été l'un des seuls à déceler chez Medvedev un trésor à côté duquel beaucoup seraient passés. "Moi, je dirais qu'il y a des similitudes avec Daniil, non pas dans le style, mais dans le fait que Nishesh a quelque chose dans sa personnalité qui peut permettre à son jeu de prendre une autre dimension, explique-t-il. Même sans bien jouer, il est capable de produire du jeu et de gagner. Et ce truc-là, un peu invisible, ça ne s'apprend pas. On l'a en soi ou pas. Les plus grands champions l'ont. Le travail consiste à le découvrir, à savoir comment l'allumer pour le rendre encore plus puissant."
cela me fait sortir de ma zone de confort
Cette flamme, Cervara avait su l'attiser chez Medvedev, ce qui lui a valu d'être sacré coach de l'année par ses pairs lors des ATP Awards en 2019. Mais dans ce métier, la réussite ne se décline pas en une formule reproductible. La carrière d'un coach, aussi bon soit-il, est intimement liée à la trajectoire de son joueur, et à une alchimie commune. En se relançant à l'épreuve d'un défi similaire, le technicien français a conscience de s'exposer, sinon de se mettre en danger.
"Clairement, cela me fait sortir de ma zone de confort, confirme-t-il. Chaque jour, je me demande si je serai assez bon pour faire progresser à nouveau un joueur de cet âge-là, et je n'ai aucune certitude là-dessus. Mais me sentir en danger, c'est ce qui me plaît aussi. Quand Nadal estimait qu'il pouvait perdre même quand il affrontait le 300e mondial, cela me parle. C'est cette façon de se sentir en danger qui lui permettait de jouer à son meilleur niveau. C'est un peu ça que je ressens aussi. Cela fait partie de ma personnalité et de mon énergie."
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Nishesh Basavareddy lors du Masters Next Gen 2025.

Crédit: Getty Images

"Energie", le mot revient souvent dans les propos de Gilles Cervara. C'est parce qu'elle ne circulait plus assez à son goût qu'il avait jugé préférable d'en rester là avec Medvedev. Avec qui il formait un couple qui s'engueulait souvent mais que l'on pensait inséparable, tant leur complicité et leur complémentarité paraissait criante. Sans rancœur ni aigreur, l'un et l'autre n'ont pas tardé à refaire leur vie, le Russe étant (re)parti de son côté avec le duo d'entraîneurs Thomas Johansson/Rohan Goetzke.
Au moins Cervara a-t-il, lui, trouvé dans sa nouvelle aventure une forme d'apaisement. Habitué aux frasques de son ancien élève, parfois contraint de quitter le court en plein match lorsque celui-ci dépassait les bornes, il a, volontairement ou non, opté pour un nouveau poulain au comportement beaucoup plus policé. De l'extérieur, les échanges entre les deux hommes – qui se font de plus en plus en français – sont moins drôles, moins théâtraux. Mais sûrement plus reposants.
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Embrouille avec Cervara, tête dans la glacière : Medvedev a encore perdu ses nerfs

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"Plutôt une nostalgie du temps qui passe"

"Dans un sens, oui, Nishesh est plus reposant. Avec lui, je n'ai pas à trouver des subterfuges ou des contre-arguments pour contenir un joueur qui cherche à me contredire ou à me mettre en échec, s'amuse-t-il. Après, aucun joueur n'est reposant. Ce métier ne l'est pas. De toute façon, la question n'est pas de dire si c'est mieux ou moins bien qu'avant. C'est juste différent. Et quand je repense aux excès de Daniil, aujourd'hui, c'est avec le sourire."
Le sourire, oui. Et peut-être aussi une forme de nostalgie ? Fermer un si long chapitre n'a rien d'anodin. Passer des plus grands courts du monde aux tournois Challengers non plus. Mais là encore, Gilles Cervara balaie toute tentation de passéisme.
"Moi, j'adore être ici ! Que ce soit en finale d'un Grand Chelem ou aux qualifications d'un Challenger, le travail d'entraîneur reste le même, insiste-t-il. Avec Daniil, c'est une histoire terminée. On est en bonne relation, on se dit bonjour quand on se croise mais ça s'arrête là. Comment on se remet d'une telle séparation ? Je dirais assez bien. Il y a des émotions qui reviennent, une forme de nostalgie. Mais ce n'est pas une nostalgie de l'histoire en elle-même. Plutôt une nostalgie du temps qui passe. Car tout cela aura représenté tout de même dix ans de ma vie."

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