Monfils, Humbert, Paire, Gaston… Entre espoirs et frustrations, l’année 2020 des Bleus à la loupe

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Alors que le Masters va conclure cette saison hors norme à partir de dimanche, aucun Français n’y participera pour la 4e édition consécutive. Le constat pointe les difficultés du tennis tricolore, mais il cache aussi des dynamiques très diverses. Du numéro 1 français Gaël Monfils à Ugo Gaston, nous vous proposons de faire le bilan.

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Monfils, l’ascenseur émotionnel

C’est le dernier Français à avoir foulé l’O2 Arena de Londres en 2016. Et si cette saison s’était déroulée sans encombre, n’y aurait-il pas eu sa place ? L’hypothèse n’a rien de saugrenu, tant sa mise en route avait été à la hauteur des attentes. Logiquement battu par Dominic Thiem en huitième de finale à Melbourne, Gaël Monfils avait rebondi en février et de quelle manière : deux titres coup sur coup à Montpellier et Rotterdam – il n’avait jamais été sacré plus d’une fois sur une saison –, une demi-finale homérique à Dubaï où il avait bien cru faire tomber Novak Djokovic pour la première fois de sa carrière (3 balles de match obtenues) et une 3e place provisoire à la Race (classement depuis le 1er janvier). De quoi aborder la suite avec une confiance inédite pour lui.
Oui mais voilà, le coronavirus est passé par là. Et "La Monf’" a vu son élan coupé. La Race supprimée, il a perdu l’avance qu’il avait prise sur ses concurrents pour Londres. Et si la réforme du classement ATP lui a permis de faire l’impasse sur la tournée américaine sans perdre de points à la reprise du circuit en août, il n’a jamais su relancer la machine. Vainqueur de 16 de ses 19 premiers matches en 2020, il n’a plus connu le moindre succès en quatre tentatives (Rome, Hambourg, Roland-Garros et Vienne). Passé du rêve au cauchemar en l’espace de six mois, il a préféré arrêter les frais avant Bercy, ne se cherchant aucune excuse, sinon le constat de son incapacité à apprivoiser les nouvelles conditions de jeu (bulle sanitaire, public réduit ou huis clos). Toujours 11e mondial néanmoins, il espère repartir du bon pied en 2021.
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Humbert a franchi un cap…

C’est incontestablement le meilleur bleu depuis que le tennis a repris ses droits cet été. Dans la morosité ambiante, Ugo Humbert a apporté un rayon de soleil précieux. Son dernier tournoi de l’année en a été la démonstration éclatante : dans un Rolex Paris Masters bien triste car privé de spectateurs, il a enthousiasmé par ses choix offensifs et une facette qu’on lui connaissait peu, celle du guerrier au sang froid remarquable dans des duels au couteau, frôlant une première demi-finale en Masters 1000. Forte tête, il a accroché bien des noms à son tableau de chasse, Daniil Medvedev à Hambourg et Stéfanos Tsitsipas à Bercy peuvent notamment en témoigner.
2020 est d’autant plus à marquer d’une pierre blanche pour lui que cette saison, bien qu’amputée de moitié, aura été celle de son premier titre sur le circuit ATP à Auckland pour son premier tournoi (après le Challenger de Bendigo). Le Messin a même doublé la mise en fin d’année à Anvers. Entre ce départ en fanfare et cette conclusion sur les chapeaux de roue, il a fait preuve d’une régularité inédite côté français. Demi-finaliste aussi à Delray Beach, il s’est surtout fait remarquer par ses étonnants progrès sur terre battue à Rome et Hambourg. Des résultats homogènes qui lui auraient valu une place dans le Top 20 à la Race si celle-ci avait été maintenue. C’est en Grand Chelem qu’il a néanmoins péché (sorti au 1er tour à Melbourne et à Roland, au 2e à Flushing), mais s’il progresse physiquement à l’intersaison comme il l’a prévu, les perspectives seront intéressantes en 2021.
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… Mannarino et Moutet maintiennent le leur

D’autres gauchers ont fait du bien au tennis français. S’il n’a pas connu la progression d’un Humbert, Corentin Moutet a démarré 2020 sur la lancée de sa belle percée de 2019. A Doha, il s’est ainsi offert sa première finale sur le circuit en sortant des qualifications : Milos Raonic, Fernando Verdasco ou encore Stan Wawrinka étaient alors tombés sous ses coups. La coupure n’a pas semblé le perturber plus que cela puisqu’il peut aussi se targuer d’avoir atteint le 3e tour à l’US Open, meilleur résultat en Grand Chelem égalé. Mais il ne s’est pas vraiment remis de son marathon perdu contre le modeste Lorenzo Giustino au 1er tour de Roland-Garros (2e match le plus long de l’histoire du tournoi en 6h05 de jeu) et a vu son Rolex Paris Masters gâché par un test positif au coronavirus.
Avec Moutet, Adrian Mannarino avait sauvé l’honneur du clan tricolore à Flushing Meadows, seulement battu par le futur finaliste de cet US Open à huis clos, Alexander Zverev. L’Allemand lui aura barré la route à deux autres reprises en cette fin de saison : en quart de finale à Cologne et en huitième à Bercy. A chaque fois, il a néanmoins mis le numéro 7 mondial en difficulté, à tel point que l’intéressé lui a rendu un hommage inattendu après sa finale perdue à l’Accor Arena. S’il avait raté son début de saison, Manna a bien mieux géré le nouveau contexte que nombre de ses compatriotes, sa 10e finale en carrière au Kazakhstan l’a prouvé. En lice à Sofia, il se bat encore pour une place de tête de série à Melbourne en janver.

La révélation Gaston

C'est le héros tricolore improbable de l'année. "Héros", le terme est emphatique, mais à dessein. Ugo Gaston n'a brillé, pour le grand public, que l'espace d'un tournoi, mais ce fut le bon : à Roland-Garros où bien des yeux, même parfois étrangers au monde du tennis, sont braqués sur la Porte d'Auteuil. Il a été le grand animateur d'une édition 2020 reportée à l'automne qui avait pourtant bien failli virer au fiasco pour les Français. Dans l'ère Open, il y avait toujours eu au moins un Bleu au 3e tour du simple messieurs, et c'est bien lui, alors 239e mondial et invité par l'organisation, qui a prolongé d'au moins une année supplémentaire cette vérité statistique.
Dans des conditions humides, lourdes et lentes sur la terre battue parisienne, il a émerveillé par la variété de son tennis et l'étendue de ses options tactiques. Son tennis, tout en changements de rythme, sa maîtrise de l'amortie et son toucher de balle ont rendu fous Stan Wawrinka puis Dominic Thiem. Vainqueur du premier en cinq sets et battu par le second sur la même distance en huitième de finale, le parcours parisien de Gaston avait quelque chose en lui du mythe biblique de David contre Goliath. A 20 ans, il a soudain pris la lumière et a fait souffler un vent de fraîcheur. Désormais, le plus dur arrive pour lui : retourner sur les Challengers et confirmer pour atteindre le Top 100, son prochain objectif. Et ainsi entrer directement dans les tableaux de Grand Chelem.

Paire, lost in translation

En 2019, Benoît Paire était revenu à son meilleur niveau, s’offrant les 2e et 3e titres de sa carrière à Marrakech et Lyon sur terre battue. Finaliste à Auckland début janvier, il semblait aborder 2020 dans les mêmes dispositions. Une défaite frustrante au bout des cinq sets au 2e tour de l’Open d’Australie contre Marin Cilic a suivi. Et puis… plus rien. Ou presque. A l’instar d’un Monfils, l’Avignonnais s’est perdu après le confinement. A sa décharge, les circonstances atténuantes ne manquent pas. Positif au coronavirus à Flushing Meadows, la gestion de son cas et de ses contacts a été pour le moins incohérente. Cloîtré dans sa chambre d’hôtel, privé d’entraînement, il y a compromis un éventuel retour en forme.
Et ses ennuis se sont poursuivis en Allemagne à Hambourg où un deuxième test positif (sûrement dû aux résidus du virus dans son organisme) l’a contraint à une nouvelle quarantaine. Usé psychologiquement, affecté par la quasi-absence de public quand il a pu être sur le court, Paire n’a fait illusion que lors du 1er tour de Roland-Garros qu’il a remporté. Reste le souvenir de ses fameux apéritifs organisés par visio-conférence sur Instagram avec son ami Stan Wawrinka lors du confinement (les "Stanpairo"). Des moments de convivialité lors desquels les deux compères ont bien ri mais aussi parlé tennis sans langue de bois. Des sessions réconfortantes que les amateurs de petite balle jaune, privés de leur passion, n’oublieront pas. Un coin de ciel bleu dans une bien morne saison. On ne changera pas Benoît Paire, pour le pire, mais aussi pour le meilleur.

Simon, Gasquet et Herbert ont manqué de rythme

La génération des "nouveaux Mousquetaires" (comme ils n’aiment pas être appelés) se rapproche, de manière inéluctable de la fin. Si Gaël Monfils fait de la résistance, flirtant toujours avec le Top 10, pour Gilles Simon et Richard Gasquet, les sensations sont moins bonnes. Avec 10 victoires pour 11 défaites, le natif de Nice a ainsi vécu un exercice 2020 sans grand relief, à l’exception d’une demi-finale à Montpellier. A presque 36 ans, ses qualités de marathonien lui font de plus en plus défaut, même si cet automne, il a fait de belles choses en indoor, notamment à Cologne où il a battu Denis Shapovalov avant de tomber avec les honneurs contre Jannik Sinner.
Pour le Biterrois, la saison a été encore plus compliquée. Déjà parce qu’il n’a pas pu la commencer avant le mois de février à Montpellier et qu’il a été vite arrêté par la suspension du circuit due au coronavirus. Ensuite, parce que les pépins physiques à répétition l’ont empêché d’enchaîner les matches à la reprise. Il n’a pas joué par exemple entre l’US Open (2e tour) et Roland-Garros (1er tour). Gasquet n’a pas perdu son tennis, ses entames de matches sont d’ailleurs souvent percutantes, mais il a de plus en plus de mal à tenir sur la distance comme il l’a lui-même avoué récemment avec un certain sens de l’auto-dérision lors d’une réunion avec ses comparses sur la chaîne Twitch de Monfils ("En une heure, je suis imbattable").
Simon et Gasquet ont d’ailleurs poussé leur saison jusqu’à cette semaine à Sofia pour aller chercher confiance et matches supplémentaires. Herbert, de son côté, a arrêté les frais. L’Alsacien avait plutôt honorablement commencé sa saison avec deux quarts de finale à Doha et Montpellier où il avait notamment dominé Félix Auger-Aliassime. La suite a été plus difficile sur le plan sportif, car riche humainement. Devenu père en septembre, il avait fait l’impasse sur la tournée américaine dans l’attente de l’événement. Il n’est pas passé loin de l’exploit contre Alexander Zverev au 2e tour de Roland, avant de se heurter à Jannik Sinner à Cologne et Milos Raonic à Bercy. Rien de franchement décevant, mais pas non plus de performance à ressortir.

Sur le flanc, Tsonga et Pouille ont vite tourné la page 2020

Enfin, Jo-Wilfried Tsonga et Lucas Pouille ne garderont pas un grand souvenir de cette saison fortement perturbée. Le Manceau n’a pu s’aligner que sur deux tournois en tout début d’année à Doha et à l’Open d’Australie pour… deux défaites respectivement face à Miomir Kecmanovic et Alexei Popyrin. A Melbourne, il a même dû jeter l’éponge après trois sets (alors qu’il avait remporté le premier), une nouvelle fois trahi par son corps. Des œdèmes osseux au niveau du bassin l’ont finalement convaincu de mettre un terme à sa saison en septembre. Si à 35 ans Tsonga refuse encore de parler de retraite, les signaux ne sont pas très positifs pour la suite. Mais il assure ne pas avoir perdu l’envie et l’espoir de redevenir performant en 2021.
Pouille est, lui, plus jeune (26 ans). Il n’a cependant pas été épargné non plus en 2020. C’est simple, le Nordiste n’a pas disputé le moindre match sur le circuit ATP, constamment gêné par son coude droit. Il espérait pouvoir se relancer en mars dernier lorsqu’il a repris la raquette sur le Challenger d’Indian Wells, mais le coronavirus l’a empêché d’enchaîner. Avant la reprise des compétitions, il s’est testé en exhibition lors de l’UTS de Patrick Mouratoglou et a vite dû renoncer.
Résultat : l’opération, longtemps écartée, est devenue nécessaire et l’a obligé à tirer un trait sur la suite de la saison. Bientôt père lui aussi, il devrait être à Melbourne en janvier prochain, mais ce sera sans Amélie Mauresmo comme coach. Malgré cette année gâchée, Tsonga et Pouille n’ont pas trop reculé au classement (respectivement 61e et 69e), protégés par la réforme de celui-ci. C’est déjà ça de pris.
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