Ce qu’il y a de bien avec les tournois du Grand Chelem, c’est qu’ils regorgent de belles histoires. Prenez le cas d’Alexandre Müller dont le début d’année 2021 ressemble à une belle montagne russes niveau émotions. Vainqueur de son tout premier match en Grand Chelem à 24 ans, après sa victoire contre Juan Ignacio Londero (4-6, 6-3, 6-0, 6-3), le 209e mondial a vécu en ce lundi 8 février 2021 une drôle de journée dont il se souviendra toute sa vie. Ce n’était pas seulement sa première victoire dans un tournoi majeur, c'était sa première victoire tout court sur le grand circuit. Et elle a été l'aboutissement d'une journée qui ne s'est pas passée comme prévue.

La victoire de Müller, sa première en Grand Chelem, a été un beau concours de circonstances. Eliminé au 3e tour des qualifications jouées à Doha, il y a un mois, le natif de Poissy avait fait le pari d’aller en Australie malgré cette sortie aux portes du tableau principal. D'un retour en Europe sur le circuit secondaire ou une possible belle aventure aux antipodes, Müller avait rapidement fait son choix, sans trop se poser de questions. Direction l'autre bout du monde et croisons les doigts pour les forfaits. Bien lui en a pris. Contraignant de par les mesures sanitaires mises en place, ce voyage était un quitte ou double, avec au meilleur des cas la possibilité pour lui de jouer les qualifications d'un tournoi ATP 250. Valait mieux ça que de retourner sur le circuit Challenger dans une Europe plongée dans la grisaille et frappée par la pandémie de la Covid-19 et ses contraintes.

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Le confinement du bonheur

C'est la seconde option qui l'a emporté sur la première. Largement même. Même s'il a fallu passer par la case confinement. Müller était dans l'avion en provenance de Doha qui avait mis 25 joueurs supplémentaires sur le flanc après ceux de Los Angeles et Abu Dhabi. La quarantaine prévue à la base - quatorze jours de chambre avec 5h de sortie autorisée par jour - s’était elle transformée en quarantaine stricte, la faute à un cas positif dans son charter qui a fait de lui un cas contact sous haute surveillance. Le joueur de 24 ans ignorait d'ailleurs tout de ce règlement pas clair et qui a encore conduit au courroux de son compatriote Benoît Paire. Pas d'autre choix que de s’y contraindre, et l'adaptation à ce quotidien n'a pas été contraignant, et surtout attendre que la liste des "LL" s'amenuise devant lui au gré des forfaits. Il a fallu attendre mais aussi prendre soin d'un corps préparé à la haute compétition dans des conditions spartiates. La belle affaire. Mais cet habitué du circuit secondaire, et des galères, en a vu d'autres. Il a tenté sa chance et c'est passé.

Venu en Australie avec cinq autres Lucky Loser, Müller, cinquième sur la liste derrière Damir Dzumhur, Cedric-Marcel Stebe, Mikael Torpegaard et Robin Haase a finalement vu sa patience être récompensée. Après le forfait de Richard Gasquet qui avait libéré Haase, c’est lui qui a profité du mauvais sort, celui de l’Argentin Federico Delbonis touché au dos, pour aller chercher son premier grand tableau à l’Open d’Australie. Il était d'ailleurs au restaurant quand il a appris la nouvelle. Par prudence, et expérience, il avait quand même bossé le foncier en matinée. La suite a été comme dans un rêve : un message de l'ATP et direction le tableau principal sur le court n°6. Passé un premier set perdu au couteau, le Pisciacais a déroulé son tennis face à un Londero sans jus, et peu à l'aise sur dur, et devant un court aussi vide qu'en Challenger. "Sur le court n° 6, j'ai dû jouer devant mon coach, celui de mon adversaire, et trois personnes" a-t-il détaillé.

Il faut dire qu’il avait laissé entrevoir de belles choses lors du tournoi de préparation à Melbourne 2, où il avait perdu un beau duel en trois manches face au fantasque Nick kyrgios (6-3, 4-6, 6-7). Après cette entame ratée, il a retrouvé ce niveau aperçu face au natif de Canberra. "Mes sensations n'étaient pas spécialement là. Au fur et à mesure du match, j'ai su me mettre dedans", a-t-il analysé en conférence de presse. Trois sets plus tard, le billet pour le 2e tour était dans la poche et avec la manière. Quel bilan tirer de tout ça ? Qu'il faut avoir confiance en soi. "C'est un scénario assez spécial. J'ai appris la nouvelle deux heures avant mon match. J'étais très content ! Quand j'ai vu qui je jouais, je savais qu'il y avait une belle opportunité de passer le tour. Je suis heureux de l'avoir saisie.".

Pour sa grande reprise, Kyrgios a tremblé jusqu'au bout contre Müller

Un Argentin en cache un autre

Il y a aussi la petite histoire dans l'histoire. S'il a montré un bon niveau de jeu à Melbourne, Müller s'est finalement peu entraîné depuis sa sortie officielle de quarantaine. La faute à une peau qui vit mal les conditions météo locales. En effet, une belle et grosse ampoule à la main a empêché le Tricolore de s'exercer correctement depuis deux semaines, ce qui a rendu sa victoire encore un peu plus improbable. "On a essayé de me la percer, mais ma peau a mal réagi. J'avais un gros bleu sous l'ampoule", a détaillé le héros du jour. Tout était contre lui et pourtant, il n'a jamais été impacté par le côté imprévisible du statut de lucky loser. "A 14h, j’étais dans la chambre d’hôtel et je ne devais pas jouer cet Open d'Australie. A 16h30 j’étais sur le court. Et à 19h, ma première victoire en Grand Chelem ! Ça va vite parfois !", a d'ailleurs tweeté le Français, qui est sur son petit nuage.

Un Argentin forfait, un Argentin battu. Quel est donc le programme qui attend Müller ? Et bien de croiser la route d'un autre argentin au 2e tour. Il defiera le demi-finaliste sortant de Roland-Garros et 9e mondial, Diego Schwartzman pour une place au 3e tour mercredi. A priori, la marche semble un peu haute, mais vu la spirale de positivité dans laquelle il vit depuis quelques heures, pas interdit de penser qu'il va pouvoir bien bousculer le joueur de Buenos Aires, qui a laissé un set en cours de route lundi. Bonne nouvelle, Müller aime les échanges en cadence en fond de court, c'est son style. "Je préfère ça à un gros serveur", a-t-il fait remarquer. Avec Schwartzman, il va être servi. Un duel d'échecs se prépare à Melbourne. Müller va pouvoir cette fois préparer ça de manière optimale.

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