Open d'Australie - Madison Keys titrée : "Sans thérapie, je n'y serais pas arrivée"

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Victorieuse en finale de l'Open d'Australie d'Aryna Sabalenka (6-3, 2-6, 7-5), Madison Keys a enfin conquis samedi son premier titre en Grand Chelem. Extatique, l'Américaine était d'autant plus émue qu'elle a traversé bien des épreuves pour arriver à cette consécration, elle qui était considérée comme un prodige dans sa jeunesse. C'est la victoire d'un travail en profondeur sur le plan mental.

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Ses larmes et son émotion étaient communicatives. En triomphant d'Aryna Sabalenka en finale de l'Open d'Australie, samedi, pour remporter son premier titre du Grand Chelem, Madison Keys a accompli le rêve d'une vie à près de 30 ans. Finaliste de l'US Open en 2017, elle n'avait plus été aussi loin dans un Majeur depuis. Et pourtant, ce samedi, rien ne l'a fait dévier de son objectif et ne l'a empêchée d'aller chercher son destin. C'était son heure, malgré tous les doutes et toutes les épreuves qui ont jalonné sa carrière.
"Je suis juste vraiment fière de moi. Je n'ai pas toujours cru que je pourrais me retrouver dans cette position. Mais être capable de le faire et gagner, ça veut tout dire pour moi", a considéré Madison Keys pour ouvrir sa conférence de presse. Frustrée en demi-finale à Flushing Meadows en 2023 par la même Sabalenka, l'Américaine avait ensuite vécu une saison 2024 difficile à cause de plusieurs blessures, notamment aux adducteurs à Wimbledon. Alors que la trentaine approchait, il lui devenait difficile de croire à son étoile. Mais le vrai problème n'était pas physique, comme elle l'a confié face aux journalistes.
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Le complexe de l'enfant-prodige : "C'est un fardeau assez lourd à porter"

"Je pense que tout arrive pour une raison. J'ai eu à traverser des choses difficiles. Et ça m'a juste forcée à me regarder moi-même dans le miroir un petit peu, et à essayer de travailler sur la pression interne que je me mettais. Depuis un très jeune âge, j'avais l'impression que si je ne gagnais jamais un Grand Chelem, je ne serais pas à la hauteur de ce que les gens pensaient que je devrais être. C'est un fardeau assez lourd à porter. Et je suis finalement arrivée à être fière de moi et de ma carrière, avec ou sans Grand Chelem", a-t-elle expliqué.
Et Keys de rentrer davantage dans les détails : "J'avais 11 ou 12 ans, ou quelque chose comme ça. C'était censé me permettre de construire ma confiance. J'ai vieilli et je m'en étais rapprochée sans que ça arrive. Et puis le temps passe et vous arrivez dans la dernière partie de votre carrière et vous vous dites : 'Est-ce que ça arrivera vraiment un jour en fait ?' Et ce truc censé être positif s'est transformé en quelque chose qui ressemblait un petit peu à de la panique. On se dit : 'Pourquoi ça n'est pas encore arrivé ? Pourquoi je n'en ai pas été capable ?' Et ça a commencé à me peser à tel point que je me demandais : 'Et si je ne le faisais jamais ? Si je ne le fais pas, est-ce qu'on peut me considérer comme un échec ?'"
Enfant-prodige, Madison Keys était censée incarner la relève du tennis féminin américain dans les années 2010, avec notamment Sloane Stephens qui l'avait d'ailleurs battue lors de cette fameuse finale de l'US Open 2017. Pour le dire clairement, elle devait prendre la succession d'une légende, Serena Williams, une sacrée responsabilité et une mission quasi-impossible. Et pendant des années, elle s'est heurtée à un mur. Pas tellement tennistique, tant elle a toujours représenté une menace pour les meilleures au sommet de ses capacités, mais mental.
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Un travail psychologique en profondeur salvateur

"Pendant longtemps, dans ma tête, j'avais cette idée que les gens qui gagnaient étaient capables de juste ignorer leurs doutes et leur nervosité et de jouer au tennis comme dans un tunnel. Dans le passé, quand j'étais prise par la tension, je ne jouais plus aussi bien. À tel point que quand je la sentais arriver, je pensais : 'Oh non, je vais me mettre à mal jouer.' Ça enclenchait presque une sorte de panique interne. Quand les choses commençaient à aller de travers pendant les matches, c'était comme si je n'étais pas dans mon corps et que je me rabaissais. J'avais l'impression de ne pas pouvoir connecter mon cerveau à mon corps", a-t-elle décrit.
Alors, elle a finalement fait un travail en profondeur sur elle-même. Pas tellement parce qu'elle pensait que c'était le moyen de devenir une championne, mais parce que son bien-être en dépendait. "J'ai fait beaucoup de thérapie. Je m'y suis vraiment engagée. Dans le passé, j'avais toujours essayé quelque chose dans le genre de la thérapie sportive où il s'agissait plus de mettre en place des routines pour contrôler les choses qu'on peut contrôler. J'étais assez bonne pour ça, mais creuser sur la manière dont je me sentais et être honnête avec moi-même là-dessus, c'était vraiment dur. Je ne voulais pas être la personne qui avait des problèmes. Donc être vraiment honnête, demander de l'aide et, en fait, parler à quelqu'un, et pas juste du tennis, ça me rendait mal à l'aise. Mais si je ne l'avais pas fait, je ne serais pas assise ici (avec le trophée, NDLR)."
Par cette introspection, Keys a fini par se trouver, à accepter ses émotions et à vivre davantage le moment présent. Le reste du travail, dans sa dimension tennistique, tactique et physique, elle l'a accompli avec son mari et coach depuis 18 mois, Bjorn Fratangelo, lui-même ancien joueur, qui lui a conseillé de changer de raquette avec bonheur. Ce nouvel équilibre personnel a achevé de la reconstruire. Plus qu'une réussite sportive, cet Open d'Australie couronne un parcours de vie.
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