Lorsque Rafael Nadal a remporté son premier Roland-Garros, en 2005, quelques jours après son 19e anniversaire, il y avait comme une forme d'évidence. Ce ne serait pas un "one shot". On en prenait pour quelques années de domination terrienne, et donc parisienne. Mais de là à imaginer que, quinze ans plus tard, nous serions encore là, à contempler son règne... Celui-ci s'apparente de plus en plus à une monarchie absolue, quand bien même Wawrinka, Federer et Djokovic ont réussi, dans cette décennie et demie, à ramasser une miette chacun, qui pèse d'ailleurs tant dans leurs carrières respectives.

Nadal a donc soulevé dimanche sa 13e Coupe des Mousquetaires, assorti de son 100e match remporté. Cette double marque est pourtant presque éclipsée ce jour par celle des 20 titres en Grand Chelem. A juste titre. En égalant le record de Roger Federer, le champion espagnol franchit un cap supplémentaire dans l'histoire de son sport, même si l'intéressé ne galope pas après ce genre d'accomplissements. "On ne peut pas être frustré parce que le voisin a une plus grande maison", disait-il l'année dernière à propos de ce fameux record. Aujourd'hui, sa maison est aussi belle et aussi grande que celle de Federer.

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Mais c'est l'aile parisienne de son imposante demeure qui attire le plus l'œil. 13 titres. Le nombre (même plus le chiffre...) claque de façon surréaliste. Jamais un joueur ou une joueuse n'avait remporté un tournoi, aussi mineur fût-il, autant de fois. Et lui accomplit ce prodige dans un des quatre tournois du Grand Chelem. 13 titres en 16 éditions. C'est délirant, surréaliste, tout ce que vous voudrez. Mais c'est bien pour cela qu'il ne fallait surtout pas douter de lui. Ni avant ce tournoi ni avant cette finale.

Il y avait quelques raisons objectives de s'interroger. Pas un tournoi en sept mois et seulement trois matches sous le coude en arrivant à Paris. C'était peu. Puis ces conditions, lourdes, humides, qui ne servent pas son lift monstrueux et le rebond indécent qui en découle. Nadal avait même pesté après les nouvelles balles utilisées à Paris. Il préférait les précédentes. Mais peu importe la saison, les balles, le toit ou pas le toit, le vent, le soleil, l'ombre ou la pluie, l'élément primordial, le seul qui compte, reste encore et toujours le même : sous ses pieds, de la terre battue. Ici plus qu'ailleurs, il ne faut jamais l'enterrer.

Rafael Nadal

Crédit: Getty Images

Nadal a eu une part de réussite dans cette quinzaine : un tableau très clément jusqu'aux quarts de finale (au moins), qui lui a permis d'acquérir ce temps de jeu dont il manquait. Sa marge est telle à Paris sur le commun des mortels qu'il a pu utiliser ses premiers tours comme une préparation grandeur nature pour les joutes finales.

Une fois dans son rythme, le nombre de joueurs susceptibles de le battre en trois sets gagnants sur sa surface favorite se comptent, non sur les doigts d'une main, mais sur un doigt. Un super Thiem, potentiellement, mais il ne l'a encore jamais réalisé. Non, le seul de taille à le briser, c'était Novak Djokovic. Le joueur qui l'avait le plus souvent battu sur terre. Un des deux joueurs à l'avoir battu à Paris. Un joueur en pleine confiance, vainqueur à Rome et battu par personne en 2020, à part lui-même.

Une bulle et trois sets pour un 13e triomphe : Nadal a détruit Djokovic

Pour toutes ces raisons, la 13e finale victorieuse de Rafael Nadal est peut-être, sinon la plus belle, la plus impressionnante. Avec le dessert en entrée, ce 6-0 cinglant, comme un écho à celui de la finale 2008 contre Federer. Djokovic n'aura marqué que sept jeux. Et cela, franchement, c'était impossible à envisager. Une victoire de Nadal, oui, une boucherie, non. C'est le plus épatant avec lui. Au bout de quinze ans, il arrive encore à surprendre.

"Rafa a prouvé que tout le monde avait tort", a soufflé Djokovic après le match. Tout le monde, et il s'inclut dedans, car il se pensait vraiment de taille à déboulonner le roi, ou encore que les conditions de jeu le favoriseraient. Il a eu tort et nous tous avec lui.

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Malgré sa phénoménale carrière, le Majorquin a dû faire face au scepticisme plus d'une fois. Tout jeune, déjà. Avec un jeu nécessitant un tel engagement, il ne durerait pas. C'était certain. Résultat, 15 ans et 4 mois séparent son premier de son plus récent titre du Grand Chelem. Du jamais vu dans l'ère Open. Bim, les sceptiques. Je me rangeais plutôt parmi ces sceptiques-ci il y a une quinzaine d'années, donc je prends ma modeste part.

Je ne comptais en revanche pas parmi les croque-morts prêts à mettre ses ambitions en bière en 2015, quand rien n'allait, quand il prenait trois petits sets sur le Chatrier, quand il trouvait le moyen de perdre en cinq sets à l'US Open après avoir mené deux manches à rien. Deux anomalies dans sa carrière.

Mais on n'enterre pas un champion de cette envergure. Douter de Nadal, c'est dangereux. Douter de lui à Roland-Garros, c'est une folie. Dans ce monde si incertain, personne ne peut dire où nous en serons tous dans sept mois, quand Roland-Garros, espérons-le, reviendra. Mais retenez bien la leçon : vous prendrez le risque de douter de Nadal à vos propres dépens.

Rafa Nadal, Roland Garros

Crédit: Eurosport

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