Rafael Nadal banalise l’extraordinaire. Le voir soulever la Coupe des Mousquetaires est devenu un des rendez-vous habituels de la saison tennistique, tant et si bien qu’on peut avoir du mal à comprendre que ce soit toujours aussi important pour lui. Quel plaisir fondamental trouve-t-il dans la conquête d’une 13e réplique du trophée parisien, dans cette conquête perpétuelle dont il ne semble jamais se rassasier ? Peut-être celui de marquer d’une empreinte indélébile l’Histoire de son sport, mais pas seulement.

Comme tous les grands champions, le Majorquin a un certain ego. Détenir désormais 20 titres en Grand Chelem, comme son ami et néanmoins rival Roger Federer, signifie beaucoup pour le Majorquin. Mis au courant des félicitations du Suisse sur les réseaux sociaux, Nadal a tenu à saluer son aîné de 5 ans. "Je remercie Roger pour ce message. Comme tout le monde le sait, nous avons une relation excellente. Nous nous respectons énormément l'un et l'autre. Et en même temps, d'une certaine manière, je pense qu'il est heureux quand je gagne et je suis heureux quand il réussit bien. Pour moi, cela veut dire beaucoup d'avoir cette relation positive avec Roger, parce que nous sommes des rivaux depuis si longtemps."

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Les doutes, c'est bien, ça veut dire que vous ne vous considérez pas trop bon

Mais si seuls les records comptaient à ses yeux, le Taureau de Manacor aurait certainement posé sa raquette il y a belle lurette. Dans sa manière de se battre sur un court, il y a parfois l’incarnation d’un combat plus large, celui contre les difficultés du quotidien, de la vie en général. Dans une année assombrie par le coronavirus, un Roland-Garros même automnal et privé de la majeure partie de son public représentait une sorte de lumière au bout du tunnel. Un espoir de jours meilleurs dont Nadal a su se saisir pour trouver peut-être même un supplément d’âme qui ne l’a jamais quitté.

Contrairement à Novak Djokovic, dont la suprême confiance en soi a quelque chose de fascinant, l’Espagnol a besoin de tournois et d’accumuler les matches pour se sentir au mieux. Mais s’il n’avait pas les mêmes certitudes qu’à l’accoutumée, il les a compensées par une plus grande fraîcheur. "Honnêtement, il y a un mois et demi, si vous m'aviez dit : ‘Tu remporteras le trophée à nouveau’, j'aurais dit : ‘Cette année, ce sera probablement trop difficile.’ Mais voilà, dans le sport, les choses changent très rapidement. Les doutes, c'est bien, cela veut dire que vous ne vous considérez pas comme trop bon. Bien sûr, l'année a été difficile pour tout le monde. Bien sûr ma préparation pour ce tournoi n'a pas été parfaite. Mais je me suis entraîné sur terre battue depuis longtemps parce que je n'ai pas joué en Amérique. Donc, oui, j'avais des doutes mais c'est vrai que mon niveau de confiance s'est amélioré au fil des jours pendant ce tournoi."

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Contre vents et marées, peut-être la victoire qui lui ressemble le plus

En plus du manque de rythme et de compétition dus à la suspension de la saison, Nadal a dû faire face à d’autres obstacles non négligeables : de nouvelles balles moins vives que d’habitude et une terre battue lourde et humide à cause d’une météo capricieuse qui ne lui ont pas permis d’avoir des sensations optimales. S’il s’en est plaint, le Majorquin a cependant su faire avec, et se battre comme toujours. Peut-être même comme jamais.

"Les conditions ne sont pas celles que j'aurais choisies pour jouer lors d'un événement comme celui-ci. Mais j'ai pu m'adapter. J’ai su rester positif en acceptant tous les défis par rapport aux balles pas formidables à cause du froid, etc. J'essaie de travailler tous les jours avec la bonne détermination. J'essaie d'atteindre mes objectifs. Je pense que c'est un des Roland-Garros qui a une valeur personnelle plus importante pour moi."

Aussi particulier et triste par certains aspects soit-il, ce 13e titre aura donc capturé ce qui fait l’essence de ce champion hors norme : la faculté à se remettre constamment en question et à trouver dans les défis du jour une raison de tout faire pour être meilleur le lendemain. Si Nadal avait déjà gagné Roland-Garros par trois fois sans perdre le moindre set (2008, 2010 et 2017), les circonstances font peut-être de ce quatrième parcours sans-faute le plus grand de tous.

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Vers une impasse sur la fin de saison ?

Tenistiquement, le Majorquin est sans doute plus fier de lui que jamais donc, mais ce succès ne le comblera pas comme les autres. Et le record en Grand Chelem n’y change rien. "Bien sûr c'est un jour important pour moi. Mais je ne suis pas stupide, c'est toujours une situation très difficile et risquée à l'échelle mondiale. Si vous me demandez quels sont mes sentiments, bien sûr, je suis très heureux, mais d'un autre côté, je ne suis pas si heureux à cause de la situation qui est difficile pour la plupart des gens à travers le monde", a-t-il également confié.

Ce brillant succès à Roland va d’ailleurs peut-être inciter Nadal à tourner la page d’une bien triste année 2020. "Je ne sais pas si je veux continuer à aller de l'avant avec le calendrier normal ou si je m'arrête jusqu'à l'année prochaine. C'est quelque chose que je dois évaluer. Je ne vais pas en parler aujourd'hui parce que je ne sais pas si je vais aller aux World Tour Finals (Masters de Londres, NDLR). A l'Open d'Australie, il faudra observer une quarantaine avant d’aller sur le court. Il faut être intelligent et prendre les bonnes décisions à chaque instant." Car s’il est heureux de partager le record avec son ami Roger, Rafa ne serait pas contre surpasser son vieux rival à Melbourne. Et c’est de bonne guerre.

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