Roland-Garros 2024 | Bernard Bandini, juge de ligne : "J'ai plus de finales que Nadal ici"

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Juge de ligne depuis plus de trois décennies sur le tournoi de Roland-Garros, Bernard Bandini a accepté de nous livrer avec son accent de Toulousain exilé à Perpignan quelques secrets sur cette fonction primordiale mais souvent décriée. Règlements, technique, anecdotes au menu pour mieux découvrir ce rôle spécifique de l’homme aux yeux rivés sur une ligne blanche.

Un juge de ligne à Roland-Garros

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Qu’est-ce qui vous a amené à vouloir devenir juge de ligne ?
Bernard Bandini : Tout simplement parce que j’étais joueur avant, classé 4/6. J’ai passé le concours dont je ne me rappelle plus du nom, une autre appellation que nos grades actuels, puis j’ai continué, passé un autre grade, et voilà…
Vous jouez toujours ?
B.B : Non, ça fait sept ou huit ans que je n’ai plus touché une raquette. Quand j’étais joueur, je n’étais pas mauvais joueur. C’est peut-être pour ça que j’ai voulu devenir arbitre. Je n’étais pas le genre à contester.
On arbitre d’abord en clubs ?
B.B : Oui, en clubs, puis sur notre département et enfin notre région. Pour ensuite arbitrer en Grand Chelem, il faut travailler pour sa Ligue puis ensuite arbitrer sur plusieurs petits tournois, des ITF, des Challengers…
Mais comment se fait la sélection ?
B.B : Comme dans les tournois, on fait une demande et on attend la réponse. Nous ne sommes pas décisionnaires. Il y a des chefs des arbitres qui notent et font leur sélection à partir de cette base.
Quand avez-vous arbitré pour la première fois à Roland-Garros ?
B.B : En 1993. Mais j’avais d’abord arbitré à Monte-Carlo, qui a été mon premier tournoi professionnel en tant que juge de ligne, l’année précédente. Puis j’ai continué petit à petit, mais comme je travaillais encore, je ne pouvais pas trop m’absenter. Parce qu’il faut soit poser des congés, soit des RTT mais comme je n’avais pas droit aux RTT, c’était des congés. On se débrouille, quoi…
On est rémunéré quand on est arbitre sur un tournoi du Grand Chelem ?
B.B : On n’est pas vraiment rémunéré, on a les frais de transport et l’hôtel pris en charge ainsi que les repas et une indemnité journalière. C’est un petit plus mais ça ne rembourse pas le salaire. À mon niveau, ce n’est pas pour en vivre, c’est une passion plutôt qu’autre chose.
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"Ce n'est pas la programmation qui a posé problème pour Djokovic et les autres, c'est la météo"

Video credit: Eurosport

Pour parler de la fonction en elle-même, on se demande parfois, parce que les balles vont de plus en plus vite, comment on fait pour juger une marque, que ce soit au service ou à l’échange ?
B.B : En ce qui me concerne, je regarde le départ de la balle et ensuite on fixe la ligne sur une certaine zone. J’ai toujours fait comme ça. Je fais ça aussi parce que j’arbitre "les longues", pas le service, où je suis moins habitué…
Il y a des spécificités ?
B.B : Oui. Il y a le fond, le service ou les longues. Les longues, c’est la zone qui part du filet jusqu’au fond du terrain, côté couloir. On se situe derrière le joueur et moi j’ai le terrain en face. On ne fait pas de geste sur chaque balle, uniquement si elle est entre vingt centimètres et la ligne. On peut aussi être amené à devoir aller montrer la trace à la demande de l’arbitre de chaise. Ça arrive rarement maintenant, mais encore de temps en temps.
Est-ce que ça vous est arrivé, sincèrement…
B.B : (il coupe) Oui oui, ça m’est arrivé plusieurs fois de montrer la trace…
Non, je voulais vous demander s’il vous était arrivé de ne pas savoir et soit de dire "je ne sais pas" …
B.B : (il coupe) Oui, ça m’est arrivé aussi !
… ou de montrer une trace au hasard…
B.B. : (il coupe) Ah non, ça non ! M’arriver de ne plus savoir où est la trace oui, mais aller montrer une mauvaise trace, non, parce que je pense qu’il faut quand même être honnête envers les joueurs. Si on veut être respecté un peu à notre petit niveau par les joueurs, il ne faut pas les prendre pour des imbéciles.
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Andrey Rublev discute une marque avec l'arbitre lors de son 3e tour à Roland-Garros

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Y a-t-il des joueurs ou des joueuses plus difficiles à arbitrer que d’autres ?
B.B : Pour moi non, parce que je suis en ligne. C’est plus difficile pour les arbitres de chaise que pour moi. Ce sont eux qui gèrent ça, moi je ne gère rien à part dire 'bonne' ou 'faute' … Sur le terrain, les joueurs peuvent parfois nous demander si on est sûrs que la balle est bonne mais c’est tout.
Et y a-t-il des "trucs" pour faire le moins d’erreurs possible ?
B.B : Si on est en "longue", on peut se décaler plus ou moins du terrain pour mieux voir la trajectoire de la balle en fonction du service, s’il est slicé ou lifté. Il faut lire le service mais la plupart du temps on connaît les joueurs, on y est habitué, on sait comment ils servent à force de les suivre et de les avoir sur les terrains. Et ça dépend aussi s’ils sont gauchers ou droitiers.
Vous avez arbitré jusqu’à quel niveau à Roland-Garros ?
B.B : Finale. J’ai fait deux ou trois fois Nadal, j’ai fait Bruguera, Federer, Djokovic. J’ai fait des finales dames aussi. En finale, je bats Nadal. J’ai plus de finales que Nadal (rires). Ça je peux lui dire quand je le verrai. J’ai une vingtaine de finales, 20 ou 21 en comptant les masculines et féminines.
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Rafael Nadal

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Vous arbitrez également des doubles ?
B.B : Oui. Il ne faut pas oublier qu’il y a le couloir là, que le terrain est un peu plus grand (rires). En double, c’est parfois un peu plus difficile en fonction des façons de jouer des équipes. Il se peut qu’il y en ait un qui cache l’autre ou ça bouge un peu de partout. Parfois, on bouge nous aussi derrière le terrain.
A ce propos, vous n’avez jamais eu d’accident sur le terrain ?
B.B : Une fois à Monaco. C’était Becker qui jouait et il est pris de vitesse sur un lob, je m’écarte du terrain en diagonale pour le laisser passer mais trop tard. Il me tape dans les bras et on se retrouve tous les deux à gratter le grillage. Se retrouver avec ce monstre qui vous tombe dessus… Le plus secoué c’était moi. Il m’a remis en place un peu, il m’a amené à boire, il m’a demandé si ça allait. J’ai dit "ouais ça va" puis on a repris le jeu.
Et ça allait vraiment ?
B.B : Oui oui ça allait, il m’a embarqué mais il m’a quand même protégé. Il m’a ceinturé et je suis arrivé amorti mais bon, c’est quand même impressionnant. Je ne sais pas combien il faisait le gars, 1,85 mètre et un certain poids. Arrivé lancé, ça fait bizarre ! Surtout quand vous vous dégagez et que c’est lui qui vous vient dessus (rires).
Bon, il a été sympa…
B.B : Ah oui, super cool, oui.
Il y a d’autres matchs où vous avez eu à faire directement à un joueur comme ça ?
B.B : Une fois avec Fabrice Santoro. Je fais une erreur sur une balle, enfin à tort ou à raison puisque c’était sur dur. Il se tourne vers moi et il me dit : "non, pas toi ! Que ce soit un autre qui me la fasse mais pas toi… t’es toujours avec moi sur les tournois, pas toi, pas toi…" Il me l’a redit trois ou quatre fois.
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Fabrice Santoro comme joueur

Crédit: Eurosport

Donc les joueurs vous connaissent à force…
B.B : Oui, ils nous connaissent mais il n’y a pas d’interaction avec les joueurs en dehors du court. Des anciens joueurs, tiens j’en ai croisé ce matin, ils me font la bise. Genre Leconte… tous les vieux, quoi ! Normalement, le Code des Officiels fait qu’on n’a pas d’interaction donc c’est très neutre. Ceux avec qui on peut avoir ce genre de scène, ce sont ceux qui ne jouent plus, pas les joueurs actuels. Avec ces derniers, on se dit juste bonjour. C’est la moindre des politesses, s’ils disent bonjour, de répondre.
Ici nous sommes sur terre battue mais vous arbitrez également des tournois sur dur. Y a-t-il une différence entre l’arbitrage sur terre battue et l’arbitrage sur dur ?
B.B : Ah oui, ce n’est pas pareil. Sur terre battue, on a le temps de lire la trace alors que sur dur ce n’est pas possible, on n’a pas de lecture de trace sur le terrain. On a un peu plus de temps sur terre battue, un peu plus de réaction à prendre parce qu’on peut lire la trace puis on annonce tandis que sur dur, on n’a pas autant de temps, c’est à l’impact. Il est plus facile de faire une faute sur dur que sur terre battue.
Avez-vous un tournoi préféré dans ceux où vous avez arbitré ?
B.B : Roland parce que c’est un temple, c’est LE truc du tennis. Après Bercy, Monte-Carlo pour le cadre. C’est mon trio de tête.
Un Grand Chelem dure quinze jours. Est-ce que physiquement et nerveusement ça se ressent par rapport à un autre tournoi ?
B.B : C’est un peu plus dur, c’est plus long c’est sûr. Après moi je suis habitué, donc je ne fais pas attention. Je ne suis pas plus fatigué par ce que je fais là, d’autant que c’est ma 6ème semaine et que j’ai encore 6 semaines derrière. J’ai fait des tournois avant de venir ici et les qualifications ici. Et après-demain je pars sur d’autres tournois, en Suisse sur un tournoi exhibition et après en France.
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Tous les juges de ligne pour la finale de Roland-Garros 1999 entre Andre Agassi et Andrei Medvedev

Crédit: Getty Images

Il n’y a pas de lassitude ?
B.B : (catégorique) Non ! Si on en a marre on ne vient pas, vous voyez ce que je veux dire. Moi c’est par passion, c’est par plaisir. Si je vais sur un tournoi, c’est parce que j’ai envie d’y aller, ce n’est pas pour aller "m’emmerder" sur ce tournoi, c’est pour me faire plaisir, pour m’amuser, pour voir les copains. Donc si on y va à contrecœur, ce n’est pas la peine d’y aller, c’est comme ça que je vois les choses.
Vous parlez de copains, il y en a que vous côtoyez depuis longtemps ?
B.B : Oh ben oui, il y en a avec qui on se revoit sur d’autres tournois, à longueur d’année et aussi certains que je vois en dehors des tournois. Je suis installé à Perpignan maintenant. D’ailleurs, je vois Kader (Nouni, ndlr) souvent (rire, il imite une voix très grave).
Parlons de la relation entre les juges de ligne et l’arbitre de chaise. Est-ce qu’avant un match, une fois que vous avez votre programme, il y a un briefing entre vous et lui ?
B.B : Pas tout le temps. On l’a plutôt avec le capitaine et les C.T., les conseillers techniques mais l’arbitre non. Déjà il ne rentre pas au même endroit que nous. C’est très rare. Ou alors il faut vraiment qu’on soit dans la pièce pour attendre, qu’il arrive et nous dise un petit mot avant de rentrer sur le terrain mais c’est vraiment très rare.
Quel est le rôle du capitaine ?
B.B : C’est le responsable de l’équipe. Une équipe de 5, 7 ou 9, tout dépend des tournois ou ici, sur quel terrain on se trouve. Le conseiller technique, lui, comme son nom l’indique, sert à nous conseiller sur la technique, sur ce qui va, ne va pas, sur la journée.
Donc il y a un débrief…
B.B : Oui, il y a un débrief après chaque rotation normalement. Une rotation dure une heure. Donc si un match dure cinq heures, on peut revenir plusieurs fois faire des rotations sur ce même match.
Une journée-type, c’est quoi pour un juge de ligne ?
B.B : Nous sommes au stade de 11 heures du matin jusqu’à la fin des matchs sur notre court. Nous savons combien de matchs nous allons faire mais pas le nombre de rotations forcément.
Combien de matchs ?
B.B : Tout dépend des terrains où on est, c’est quatre ou cinq le maximum. En fait, nous sommes affectés sur un court pour la journée et nous savons que nous allons faire tous les matchs du court en question sur la journée et ensuite on a une heure "on", une heure "off", une heure "on", une heure "off", etc… Il y a deux équipes par court.
Est-ce que le capitaine d’équipe est également sur le terrain ?
B.B : Oui il est sur le terrain avec nous, il fait partie de l’équipe. Il est désigné le matin. Les capitaines sont des juges de ligne expérimentés, qui connaissent le tournoi, le fonctionnement, qui vont être capables de manager un peu l’équipe, de faire respecter les horaires de rendez-vous au bord du court pour rentrer sur le terrain etc…
Expliquez-nous la différence entre le capitaine d’équipe et le C.T….
B.B : Le conseiller technique, lui, est affecté sur un ou deux courts pour toute la journée également. Mais il ne rentre pas sur le terrain, il est au bord du court pour nous noter, sur la tenue sur le terrain, sur le fait qu’on prenne des 'overrule' ou pas, il note tout. Et après il nous retranscrit ce qui s’est passé la veille, s’il y a des messages à faire passer par rapport aux chefs des arbitres au-dessus de lui.
De l’extérieur, on a l’impression que le débrief va se faire avec l’arbitre de chaise puisqu’il y a souvent des petits gestes de sa part vers les juges de lignes mais en fait non, c’est avec le conseiller technique ?
B.B : C’est un travail en équipe quand même. Juges de ligne et arbitre de chaise, sur le court, c’est une seule et même équipe d’arbitres. Il y a souvent un petit check ou un petit regard avec l’arbitre pour dire "c’est bien" ou "remets-toi dedans" par exemple suite à un overrule qu’on a pris et sa "gravité" : si c’est à ça (il mime une distance de plusieurs centimètres) c’est sûr qu’il y avait un problème, sur les yeux ou qu’on n’était pas réveillé ou qu’on pensait à autre chose, ça peut arriver.
C’est important pour vous ça, les signes de l’arbitre ?
B.B : Ah oui, parce qu’il faut qu’on l’ait avec nous. Lui a besoin de nous et nous on a besoin de lui. C’est plus facile de faire une équipe et d’être cohérents tous ensemble en cas de problème s’il nous fait des gestes que s’il ne nous regarde jamais. Parce que dans ce cas, on ne sait pas si ça va ou non. Il faut qu’il y ait un contact tout le temps avec l’arbitre de chaise. Pas à chaque fois qu’il y a un truc à 20-30 centimètres, mais si c’est proche, il faut toujours qu’il y ait un regard et une approche avec l’arbitre de chaise, même au changement de côté.
Puisque vous évoquiez "l’overrule", admettons qu’au début d’un match, vous preniez très vite un overrule qui donne raison à l’arbitre de chaise. Est-ce que ça peut vous perturber ?
B.B : Non, il faut l’oublier de suite, il ne faut plus y penser. Parce que si on y pense, c’est là qu’il va y avoir encore plus d’erreurs. Là l’erreur s’est produite, elle est passée, ça arrive à tout le monde de faire des erreurs, même l’arbitre de chaise, tout le monde peut se tromper. Donc vous en faites une, il faut passer de suite à autre chose. C’est fait, c’est fait, on n’en parle plus. Enfin moi je le vois comme ça.
Y a-t-il une limite d’âge ?
B.B : Ici, je crois que c’est 65 ans.
Et y a-t-il des contrôles, de vue par exemple ?
B.B : Il faut avoir 10 sur 10. C’est dans le Code des Officiels. Être en bonne condition physique, avoir une bonne vue avec 10 sur 10, même corrigée.
Il y a aussi ce geste que vous faites quand vous êtes masqués (je mime les mains sur les yeux) …
B.B : (il mime en corrigeant) Non c’est là, les mains paumes vers soi mais en-dessous du visage parce qu’il faut regarder l’arbitre, il faut voir si l’arbitre nous a vus, mais ce geste signifie qu’on n’a pas vu la balle. C’est le plus difficile à faire parce qu’on n’a pas tous la technique de suite pour plonger comme ça mais c’est le geste qu’il faut faire le plus rapidement possible pour que l’arbitre de chaise, lui, puisse faire quelque chose. Et aussi pour expliquer au joueur qui conteste que le juge de ligne n’a pas pu voir l’impact. Parfois le juge de ligne est masqué mais l’arbitre voit très bien.
Comme on a pu le voir récemment lors de la disqualification de Rublev à Dubai, l’un des rôles des juges de ligne peut aussi être de répéter à l’arbitre de chaise des choses qui ont pu être entendues de la part des joueurs. C’est bien ça ?
B.B : Oui, ça arrive. Si le joueur dit une grossièreté ou des trucs qu’il n’a pas à dire, que l’arbitre ne l’a pas entendu, on est obligé d’aller répéter à l’arbitre. Ça ne m’est jamais arrivé mais j’ai vu à côté de moi quelqu’un à qui c’est arrivé qui est allé répéter. Ce qui est normal.
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Séquence folle : Rublev insulte l'arbitre en russe et se fait disqualifier

Video credit: Eurosport

Quelque chose qui avait été dit à son encontre ?
B.B : C’était une insulte. Comme le joueur avait eu un problème avant avec l’arbitre, c’était peut-être dirigé vers l’arbitre mais on ne sait pas. Mais il faut retranscrire à l’arbitre si on a bien compris, pas autre chose que ce qui s’est dit. Si le gars a parlé en allemand, on ne va pas dire : "il a dit ça" parce qu’on a compris un mot d’allemand et qu’on n’est pas fichu après de parler allemand envers lui. Il faut répéter ce qui s’est dit très exactement et d’ailleurs personne ne fait autre chose que de retranscrire avec exactitude ce qui a été dit.
Plus le tournoi avance, moins il y a de matchs. Comment sait-on qui va continuer, aller jusqu’aux jours de finale ?
B.B : C’est en fonction de la notation. On est notés et en fonction, on sait si on reste ou non.
Le volume de juges de ligne diminue tour par tour ?
B.B : Il y a des moments-clés dans le tournoi où on réduit drastiquement parce qu’il y a moins de matchs. C’est là que les chefs décident d’en enlever une partie, puis une autre partie, jusqu’à la fin. Il reste une quarantaine d’arbitres les jours des finales. Un peu plus le samedi parce qu’il y a beaucoup de finales juniors, fauteuils, etc… Le dimanche, il y a un match de Légendes sur le Lenglen qu’il faut couvrir et une finale de double et une de simple sur le Chatrier, ce qui fait 40 à 50 arbitres ce jour-là.
Les matchs de Légendes, il y a moins de pression, non ?
B.B : (rires) Oui, c’est plus cool, il faut quand même rester un peu sérieux mais disons que c’est plus cool. Il ne faut pas rentrer dans leur jeu parce qu’après c’est foutu. Ce sont les mêmes joueurs que j’ai arbitrés lorsqu’ils étaient encore joueurs sur le circuit principal.
Pour terminer, avez-vous vécu des moments insolites ou particuliers lors de matchs au cours desquels vous étiez juge de ligne ?
B.B : Oui. Sur la finale de Federer en 2009 contre Soderling, on a pris l’orage sur la tête pile au moment où on lui remettait la coupe. Une averse pas possible. C’est la seule finale, sur toutes celles que j’ai faites, où c’est arrivé. Et pour la seule fois où il a gagné Roland-Garros. Du coup, on avait un peu abrégé le truc pour ne pas être complètement trempés. Mais surtout, au cours de cette finale, un gars était rentré sur le court pour essayer de coiffer Federer d’un chapeau espagnol, je crois… J’étais sur le terrain. Federer s’est reculé un peu donc le gars est reparti et Jean Gachassin, le président de la Fédération Française de Tennis de l’époque, a essayé de lui mettre un coup de poing mais vu qu’il était petit… ni moi ni le gars on ne risquait quelque chose. J’étais juste dessous, je sais que Gachassin a essayé de lui mettre une manchette mais il l’a raté et je n’ai senti que le courant d’air !
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Roger Federer après son sacre 2009 à Roland-Garros

Crédit: AFP

Vous avez eu peur ?
B.B : Non. Parce qu’on l’a vu arriver, il était évident de loin que c’était pas le gars méchant quoi, il voulait faire son petit truc, son petit sketch, mais c’était pas le gars méchant… Ah et après, j’ai eu une finale où le gars est arrivé à poil sur le terrain. Enfin il est rentré habillé puis il s’est dégrafé comme les Chippendales.
C’était quelle finale ?
B.B : Je ne m’en rappelle plus, c’était ici à Roland-Garros (finale Ferrero-Verkerk 2003, ndlr). Le gars, il rentre sur le terrain, il passe par-dessus le filet, il a pris à contrepied les gars de la sécurité qui sont tombés un peu partout puis il s’est dégrafé et s’est retrouvé à poil sur le terrain. Il a défait ses boutons et tout s’est ouvert. Il était content, il avait un truc marqué de bière dans le dos, une marque, il a fait sa pub et il est parti. Enfin il s’est fait embarquer et voilà.
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