Roland-Garros 2025 - Et après cette finale de légende contre Carlos Alcaraz, vous n'aimez toujours pas Jannik Sinner ?

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Arrivé à Roland-Garros avec un déficit de popularité, en raison d'un jeu soi-disant robotique, d'une imperméabilité aux émotions et évidemment de sa récente suspension, Jannik Sinner en est sorti grandi après sa légendaire finale contre Carlos Alcaraz, lors de laquelle il a été immense, par le jeu et par le comportement. Beaucoup, ensuite, ont changé de regard sur lui. Pas vous ?

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Nicolas Fritsch, vous connaissez sans doute si vous êtes un habitué d'Eurosport. L'ancien coureur cycliste, devenu un consultant réputé sur nos antennes, et amateur de tennis à ses heures, fait partie de ceux qui aiment bien les sportifs pas trop lisses, les "grandes gueules" comme on dit. Malgré son appétence pour l'Italie, il fait aussi partie de ceux qui ne sont (n'étaient ?) pas des grands fans de Jannik Sinner. Sauf que dimanche, il a progressivement changé son état d'esprit au fur et à mesure que la finale basculait dans l'épique. À la fin, il ne s'en cachait plus : il soutenait l'Italien.
Tout ce paragraphe sur Nicolas, que l'on salue au passage, pour dire le tour de force réussi par Jannik Sinner. Selon l'expression consacrée, cette finale méritait deux vainqueurs. Il n'y a rien de plus faux, de plus "anti-tennis" en temps normal. Mais dimanche, c'était un peu vrai. Carlos Alcaraz a gagné le match, Roland-Garros avec. Et Jannik Sinner a gagné aussi, quelque part. Un respect, et même un amour des gens incommensurablement plus élevés à la fin qu'au début de son tournoi.
Ce Roland-Garros, à la base, a mis en lumière son déficit de popularité par rapport à ses principaux rivaux. Aussi bien lors de sa demi-finale, grandiose, contre Novak Djokovic, que lors de sa finale, légendaire, contre Carlos Alcaraz, le public a pris fait et cause pour son adversaire. Sinner ? Difficile de trouver un point d'accroche. Un tennis mécanisé, trop parfait, sans soubresauts. Presque déshumanisé. Une personnalité ultra-contrôlée, sans la moindre expression visible, ni positive, ni négative. L'anti-Italien, en somme. Un peu le Lendl de son époque, quelque part. "Il ne me procure aucune émotion", pouvait-on lire ici ou là, pour résumer. La haine, passe encore. Mais l'indifférence...

Quand on se met à gagner...

Le numéro 1 mondial a aussi (et surtout) payé son contrôle positif au Clostébol, un stéroïde anabolisant retrouvé dans ses analyses d'urine, l'an passé à Indian Wells. Il a beau avoir été ensuite innocenté par les instances, qui ont accepté la thèse de l'ingérence accidentelle via un massage de son kiné, reste que le "petit arrangement entre amis" – du moins telle que la chose a été perçue – avec l'Agence Mondiale antidopage, et cette suspension de seulement trois mois quand d'autres ont écopé de beaucoup plus pour la même faute, n'est pas passée auprès d'une large frange du public.
Il y a cinq ans, Jannik Sinner débarquait pour la première fois à Roland-Garros. A 19 ans, il frappait un grand coup en atteignant les quarts de finale, stade auquel il regardait Rafael Nadal les yeux dans les yeux, pendant un set du moins. C'était un match achevé tard dans la nuit, qui plus est lors de l'édition "Covid", jouée en automne. Peut-être que cet exploit, car c'en était un véritable, n'avait pas eu le retentissement qu'il méritait. Mais à l'époque, malgré tout, tout le monde s'était pâmé devant la pureté de ses frappes, quasiment d'un autre monde. Et personne ne s'était enquis d'un quelconque manque de charisme.     
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Jannik Sinner, déçu après la défaite face à Carlos Alcaraz à Roland-Garros en 2025

Crédit: Getty Images

Mais on connaît la chanson, surtout en France. Quand on se met à gagner, a fortiori tout gagner, on commence à ennuyer. Jusqu'à ce que le temps fasse son œuvre, et remette les choses à leur juste place. Rafael Nadal était conspué à ses débuts à Paris. Novak Djokovic y a été longtemps vu comme le paria, pas par tout le monde bien sûr, mais par beaucoup. Et puis au bout du compte, comme un symbole, l'un et l'autre y ont reçu la plus belle ovation de leur vie au cours d'une édition 2025 qui restera dans la légende. Happy end. Le public français est un public versatile mais finalement, c'est tout à son honneur : comme on dit, il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.
Et dimanche, à l'instar de Nicolas Fritsch, on en a vu énormément changer leur regard sur Jannik Sinner. Personne n'a découvert le joueur et son niveau parfois lunaire. Mais beaucoup ont découvert l'homme – le jeune homme -, qui a été parfait de bout en bout. Même au pire de ce scénario diaboliquement cruel, il n'a jamais cillé, là où tant d'autres, et l'auteur de ces lignes le premier, auraient cassé plusieurs raquettes et laissé s'envoler pas mal de noms d'oiseau. Lui n'a jamais bougé une oreille. À 23 ans, rappelons-le. À ce niveau de perfection, le contrôle des émotions n'a rien de robotique : c'est admirable, tout simplement.
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Sinner, la classe jusqu'au bout des ongles

Mais Sinner a été encore plus grand que ça. Il a donné tous les points litigieux à son adversaire, lui a rendu chaleureusement hommage ensuite, a pris le temps de signer des autographes et a trouvé la force de plaisanter avec les ramasseurs de balle, lorsque ceux-ci lui ont fait une haie d'honneur à son retour aux vestiaires.
En conférence de presse, il est resté très pondéré et a même souligné son plaisir d'avoir pris part à ce morceau d'anthologie. Un discours très digne qui, à vrai dire, tranchait un peu avec celui tenu la veille par Aryna Sabalenka, laquelle avait certes raison de dire à quel point elle avait manqué sa finale, mais qui a passé un peu trop de temps à insister là-dessus, et pas assez à souligner les mérites de Coco Gauff. Dont acte.
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En résumé, Jannik Sinner a été classe, jusqu'au bout des ongles. Certains y ont vu là une opération séduction pour racheter son image après sa suspension. L'argument est inepte. Car le tennis ne triche pas. Bien au contraire, il est un détecteur de mensonge, une loupe grossissante de nos qualités et nos défauts. Il met à nu, comme rien ni personne, la véritable personnalité des gens. C'est vrai pour un match du premier tour de quatrième série du tournoi du coin. Alors imaginez pour une finale de Grand Chelem de 5h29, avec une telle intensité, de tels enjeux. Impossible de survivre à ce niveau avec un masque filtrant. Sinner est passé au révélateur Sinner. On y a vu un immense joueur mais surtout, un immense champion.
Deux jours après la finale, il suffit de prendre un peu la température, sur les réseaux ou ailleurs, pour constater un revirement à son égard. Jannik Sinner a certes perdu un immense match de tennis. Mais il a gagné bien autre chose. Bien entendu, on n'éteindra pas comme ça les suspicions qui demeurent. Peut-être sont-elles justifiées, au fond, on n'en sait rien. Et comme on n'en sait rien, on fait confiance ici à la justice sportive, qui l'a blanchi. Ce que l'on pressent en revanche, c'est que l'année prochaine, pour son retour à Paris, l'Italien recevra une acclamation générale. Tout à fait entre nous, il l'aura mérité. Et vous, vous ne l'aimez toujours pas après "ça" ?

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