Le pourquoi du comment

On espérait un combat de reines et on a longtemps assisté à une démonstration. Pendant un set et demi (6-2, 3-0), la numéro 1 mondiale a marché sur celle qui sera à nouveau sa dauphine lundi au classement WTA. C'était la Swiatek des finales, et même la Swiatek du printemps, ces quatre mois complètement dingues entre fin février et début juillet lors desquels la Polonaise était intouchable, enchaînant 37 victoires.
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Heureusement pour l'intérêt de cette finale, Ons Jabeur a eu le mérite de ne jamais baisser les bras et d'exploiter la baisse de régime adverse pour rivaliser finalement dans la seconde manche, se lâchant par séquences et prenant même davantage l'initiative à l'échange. Mais le grand problème de la Tunisienne fut de ne jamais prendre le score. Ses meilleures séquences dans ce match sont intervenues lorsqu'elle était dos au mur : face à trois balles de double break à 3-0 contre elle ou quand elle a dû sauver une première balle de match sur son service à 6-5.

Jabeur a sonné la révolte mais Swiatek a quelque chose en plus : le résumé de la finale

Et ce fut aussi la grande force de Swiatek. Malgré tous ses efforts pour ne rien montrer, il est apparu évident que plus la ligne d'arrivée se rapprochait, plus la tension s'emparait d'elle. Mais même si le bras passait moins bien au service et à l'échange, même si elle s'est retrouvée à défendre bien davantage qu'elle ne le voulait, elle n'a finalement jamais perdu le contrôle de cette finale. Il s'en est certes fallu parfois de pas grand-chose, elle a ainsi accueilli les bras ouverts quelques cadeaux bienvenus de Jabeur (32 fautes directes pour 14 coups gagnants seulement pour la Tunisienne).
Il n'en reste pas moins qu'elle a su résister et conclure, alors même qu'elle avait perdu ses excellentes sensations du début de partie. A 5-4 contre elle dans le tie-break, alors qu'elle restait sur deux erreurs grossières, Swiatek n'a pas hésité à y retourner en coup droit long de ligne et le missile est cette fois rentré dedans, faisant basculer une dernière fois la dynamique en sa faveur.
Cette finale aura été à l'image de son tournoi. Swiatek n'a pas été souveraine comme elle avait pu l'être à Roland-Garros, mais elle n'a pour autant jamais paniqué, faisant presque systématiquement les bons choix quand l'importance du point l'exigeait. Elle a bien activé le mode rouleau compresseur, mais quand un grain de sable est venu enrayer la machine, elle n'a pas pour autant déraillé. Et c'est peut-être encore plus impressionnant que lorsque tout semblait facile pour elle.

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Le moment-clé

Il y en a eu plusieurs dans cette seconde manche à rebondissements où les breaks et débreaks se sont enchaînés. Swiatek aurait d'abord pu s'envoler pour l'emporter en deux sets expéditifs. Mais c'est peut-être à 4-4, alors qu'Ons Jabeur était totalement revenue à hauteur et dominait même les débats en fond de court que la Polonaise a gagné cette finale.
Confrontée à deux balles de break à 15/40, puis à une troisième, elle s'est finalement sortie de ce jeu d'une dizaine de minutes pour arrêter l'hémorragie (6-2, 5-4). Si la Tunisienne peut avoir des regrets, c'est principalement à ce moment-là, car elle a eu les opportunités de faire basculer le match, mais n'a pas su les saisir.

La stat : 20 %

La fin de match très tendue et d'une faible qualité - Swiatek et Jabeur ont respectivement commis 22 et 24 fautes directes dans le deuxième set - ne doit pas faire oublier le début de finale tonitruant de la numéro 1 mondiale. Agressant son adversaire à chaque opportunité à la relance, elle l'a tant mise au supplice que Jabeur n'a gagné que 20 % des points derrière sa... première balle dans le premier set. Difficile dans ces conditions d'espérer quoi que ce soit, ce qui peut aussi expliquer son manque de lucidité parfois dans le second acte alors que les débats s'étaient rééquilibrés.

La décla : Iga Swiatek

Très émue et toujours dans la tension du match, Iga Swiatek a débité son discours de championne à la vitesse de l'éclair. Mais elle n'en a pas moins donné quelques clés sur ses difficultés de la quinzaine :
"Revenir après avoir gagné un Grand Chelem, même si je l'avais déjà fait à Roland-Garros, c'est toujours délicat. Je devais juste rester calme et concentrée sur ce que je devais faire. Et ce tournoi représentait vraiment un défi pour moi, parce que c'est New York : c'est si bruyant, c'est si fou ! (Rires.) Il y a tant de distractions et de tentations dans cette ville, mais beaucoup de gens sont venus me soutenir. Je sais que c'est difficile (de perdre deux finales de Grand Chelem, NDLR), Ons, mais nous avons une belle rivalité et je suis sûre que ça va continuer comme ça."

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La question : Swiatek est-elle sans rivale ?

Ces dernières années, alors que le règne de Serena Williams touchait à sa fin, le circuit féminin s'est longtemps cherché une patronne. En 2021, il semblait l'avoir trouvée en Ashleigh Barty, victorieuse à Wimbledon puis chez elle en Australie en début de saison 2022. La retraite subite de l'Australienne menaçait de laisser un grand vide qu'Iga Swiatek s'est chargée de remplir. Incontestablement, cette année, il y aura eu la Polonaise et les autres.
Et cet US Open l'a confirmé de la manière la plus cruelle pour la concurrence : l'incontestable et incontestée numéro 1 mondiale - elle aura plus du double de points de sa dauphine Jabeur (10365 contre 5090) la semaine prochaine au classement - n'a même pas eu besoin d'évoluer à son meilleur niveau pour l'emporter. Quand, tennistiquement, elle n'est pas intouchable, le mental prend le relais pour s'en sortir, un peu à la manière de son modèle Rafael Nadal qui a gagné tant de matches en étant malmené dans sa carrière.
Swiatek a acquis désormais l'aura des grands, celle qui permet parfois de gagner des matches avant même de rentrer sur le court. Elle est crainte et elle en tire un avantage certain, surtout dans les jours sans. Qui pour lui barrer la route ? Une Naomi Osaka de la belle époque sur dur pourrait peut-être lui mettre quelques bâtons dans les roues, mais retrouvera-t-elle le feu intérieur nécessaire pour rejouer à ce niveau ? On peut sérieusement en douter. Après son parcours à Wimbledon, Jabeur avait a priori l'étoffe d'une challenger crédible, mais cette finale lui mettra du plomb dans l'aile.
A 21 ans, Swiatek a encore tout l'avenir devant elle et on ne voit pas très bien pourquoi sa domination actuelle ne se poursuivrait pas. Elle représente une source de stabilité intéressante pour le tennis féminin qui en manquait. Reste désormais à lui trouver une (ou plusieurs) rivale(s) pour épicer les choses. Mais ce n'est visiblement pas pour tout de suite.
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