La façon dont Carlos Alcaraz a crevé tous les plafonds possibles et imaginables à la vitesse de l'éclair est encore difficile à appréhender. Lorsque la saison 2022 a débuté, il n'était encore qu'un jeune joueur ultra-doué promis à un avenir brillantissime, mais encore aux portes du Top 30 au classement et dont le palmarès se limitait encore à un unique titre, en ATP 250, à Umag. Ce que l'on n'avait pas vu venir, c'est que cet avenir deviendrait en l'espace de quelques mois son présent.
Son objectif, cette année, était de remporter un... ATP 500. Une mission accomplie dès le mois de février à Rio de Janeiro. "On va peut-être devoir viser plus haut un peu plus tôt que prévu", avait alors souri son entraîneur, Juan Carlos Ferrero. Cinq semaines plus tard, c'est un Masters 1000 qui tombait dans l'escarcelle du prodige de Murcie, à Miami. L'étage au-dessus, inévitablement, c'était un Grand Chelem. Il ne lui aura fallu que six mois de plus pour l'atteindre.

Miami et Ruud n'ont pas pu lui résister : les temps forts de la victoire d'Alcaraz en finale

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13/09/2022 À 18:15
Une fois que vous devenez N°1, ce n'est pas 'C'est terminé et vous pouvez partir'
C'est justement lors de son titre en Floride que Carlos Alcaraz s'est convaincu que l'objectif suprême devenait réaliste dès cette année. Il ne s'en est d'ailleurs jamais caché. Avant Roland-Garros, il assurait tranquillement : "Je pense que je suis prêt à gagner un Grand Chelem." Il n'y avait là ni prétention ni fanfaronnade. Juste une certitude. "Honnêtement, a-t-il confirmé dimanche soir après sa finale victorieuse à l'US Open contre Casper Ruud, depuis Miami, je pensais que j'avais un Grand Chelem dans les mains. Avant cela, je me disais que j'avais encore besoin de grandir, que j'étais capable de faire un bon résultat dans un Grand Chelem, mais pas de le gagner. Mais après Miami, ça a changé."
Bilan des opérations, la fusée Alcaraz a décollé pour s'envoler vers les sommets. Un Grand Chelem, deux Masters 1000, cinq titres au total, des victoires contre Nadal, Djokovic, Zverev, Tsitsipas, Ruud, n'en jetez plus. Ajoutez en prime la place de numéro un mondial et vous aurez un joueur ayant assouvi en moins d'une saison les rêves de toute une vie. Le plus vertigineux dans tout cela étant qu'il est encore très loin d'avoir exploité son plein potentiel.

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C'est en tout cas l'avis de Juan Carlos Ferrero. "Comme je le lui ai dit, je pense qu'il est à 60% de ce qu'il peut faire, assène le technicien espagnol. Il peut améliorer beaucoup de choses. Il sait, et je sais que nous devons continuer à travailler. Une fois que vous devenez N°1, ce n'est pas 'C'est terminé et vous pouvez partir'. Il faut continuer à bosser, continuer à jouer à un haut niveau dans chaque tournoi pour continuer à gagner. Mais il le sait. Je vais être derrière lui pour le lui rappeler (sourire)."

Ruud : "Il fait partie de ces rares talents qui surgissent de temps à autre"

A le voir jouer, à le voir gagner, on oublie effectivement parfois qu'il n'a que 19 ans et qu'à cet âge, on demeure par nature très perfectible. "C'est incroyable tout ce qu'il a accompli à son âge et parfois, c'est difficile de croire qu'il est encore un 'teenager', souligne sa dernière victime en date, Casper Ruud. Il fait partie de ces rares talents qui surgissent de temps à autre dans le sport. On verra comment sa carrière va se développer, mais il est dans la bonne direction. Il mérite d'avoir tous ces résultats."

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Ruud a raison, il faudra voir comment Carlos Alcaraz progressera ou non dans les mois et les années à venir. Sa motivation connaîtra-t-elle un coup de mou ? Le feu sacré qui semble l'habiter s'estompera-t-il ? Il y a toujours des risques avec les champions extrêmement précoces. Pour ne citer qu'un exemple, quand Boris Becker a remporté son troisième Wimbledon à 21 ans, tout le monde pensait que l'Allemand irait à 5, 7 ou 10. Il n'a plus jamais soulevé le trophée sur le Centre Court.
Pour l'heure, il n'en est pas là. "Bien sûr, ça me donne faim pour avoir davantage, assure le nouveau numéro un mondial. Je vais être au sommet pour des années, je l'espère. Je vais continuer à travailler dur. Je vais me battre pour en avoir encore plus."
Alors, est-ce le début de "l'ère Alcaraz ?" "Je ne sais pas. J'adorerais, glisse Ferrero. Pour moi, il est né pour jouer ce genre de tournois (les Grands Chelems, NDLR). Il aime les jouer, il veut les gagner. L'autre jour, je disais dans la presse que Carlos et Sinner allaient peut-être dominer le circuit pour les dix prochaines années. Bien sûr, il y a d'autres joueurs, comme Zverev, Casper (Ruud), Tsitsipas qui seront là et ils auront des opportunités de gagner des Grands Chelems. Mais avec tout mon respect, c'est ce que je pense."

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Du spaghetti au bulldozer

Quand on lui parle de la carrière de Nadal, dernier joueur vainqueur d'un Majeur à moins de 20 ans avant lui, Carlos Alcaraz sourit. "Il a 22 titres, j'en ai un." Juan Carlos Ferrero ne fixe évidemment pas d'objectifs aussi délirants pour son protégé. Mais il ne ferme aucune porte. "Mon but, c'est de l'amener au plus haut niveau possible, dit-il. Ce sera évidemment très, très difficile d'accomplir ce qu'ils (Nadal, Djokovic, Federer) ont fait. On parle de 22 titres du Grand Chelem. Carlos en a un. Il y a du chemin ! Mais qui sait ? Tout ce que nous pouvons faire, c'est essayer. Je pense qu'il a le potentiel pour être un des meilleurs."
Cette conviction, l'ancien vainqueur de Roland-Garros l'a toujours eue. Dès sa rencontre avec le petit "Carlitos". "Depuis que j'ai commencé avec lui, j'ai vu certaines choses différentes de tous les autres gars de son âge, explique-t-il. Et je les vois toujours sur le court. Dans les moments importants, il essaie toujours de prendre sa chance. C'est une des choses les plus difficiles à faire en tennis."
C'était un diamant brut, mais à polir. Et à étoffer. Ferrero, encore : "Quand il est arrivé à l'Académie (L'Académie Equilite, près d'Alicante) à 15 ans, il était déjà explosif mais il y avait beaucoup de travail. Il avait une super vitesse de bras et de jambes, mais il n'avait pas de muscles. C'était un spaghetti ! Mais oui, il était facile de voir quelque chose de spécial en lui." Le spaghetti est devenu bulldozer. Mais le processus de construction n'est donc toujours pas achevé. Et si l'analyse du coach est juste et que Carlos Alcaraz n'en est qu'à l'esquisse de son potentiel, il y a de quoi faire frémir la concurrence, présente ou à venir.

Carlos Alcaraz

Crédit: Imago

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