Eurosport
Wimbledon 2021 - Trublion, showman, coupeur de têtes… Peut-on se contenter de ce(s) rôle(s) pour Nick Kyrgios ?
Par
Publié 02/07/2021 à 23:08 GMT+2
WIMBLEDON - Par sa personnalité inclassable et son talent hors-normes, Nick Kyrgios, qui sera opposé ce samedi à Felix Auger-Aliassime au 3e tour de Wimbledon, est devenu l’un des joueurs les plus "bankable" du circuit. Au détriment, peut-être, de son palmarès, loin de ce à quoi on le prédestinait. Cette équation serait-elle insoluble ?
Nick Kyrgios en plein "trick-shot" face à Ugo Humbert à Wimbledon 2021
Crédit: Getty Images
Bien qu’ils soient réunis par le talent et la précocité, il paraît difficile de faire plus opposé que Nick Kyrgios et Felix Auger-Aliassime, qui s’affronteront ce samedi dans un choc attendu du 3e tour de Wimbledon.
Entre le jeune Canadien studieux et un peu stressé, qui semble mettre toutes les chances de son côté mais qui n’a toujours pas gagné une finale sur le circuit, et son aîné australien dilettante et fêtard, capable de terrasser en cinq sets un joueur aussi en forme qu’Ugo Humbert sans avoir joué le moindre match depuis cinq mois (et sans avoir donné l’impression de forcer outre mesure à l’entraînement), on croirait voir le jeune binoclard du premier rang et le cancre dissipé du fond de classe qui viennent prendre part au même examen.
Lequel des deux fera, au bout du compte, la plus belle carrière, si tant est que l’on puisse déjà les mettre d’accord sur la définition d’une belle carrière ? L’avenir le dira. Mais s’il en est un qui le désire le plus ardemment, il y a fort à parier que ce soit plutôt Auger-Aliassime. Kyrgios, lui, a fait passer depuis longtemps le message selon lequel il ne consentirait jamais à effectuer les sacrifices nécessaires à la vie d’un cador de son sport.
Son attitude pendant la pandémie, durant laquelle il a préféré rester chez lui plutôt que de partir affronter les contraintes sanitaires pour une hypothétique chasse aux points (comme l’a fait sa compatriote Ashleigh Barty), a été sans équivoque : chez Kyrgios, le bien-être personnel passera toujours avant ses ambitions sportives.
Petit à petit, Kyrgios a redéfini son rôle sur le circuit
A ses débuts, auréolé par les grands espoirs qu’il avait fait naître chez les juniors puis lors de son arrivée tonitruante sur le circuit avec un quart de finale atteint à Wimbledon à 19 ans en 2014 – il n’a jamais fait mieux depuis -, Kyrgios s’est probablement vu, lui aussi, en haut de l’affiche. Comme tout le monde. Il n’en a récolté que des désillusions, une pression dévastatrice qu’il n’a pas supportée et, au final, un certain malaise qu’on l’a vu traîner de tournoi en tournoi, entre des matches balancés, des dérapages incontrôlés et une attitude parfois arrogante. Kyrgios était malheureux, tout simplement.
Et puis, petit à petit, l’Australien a corrigé le tir, révisé ses propres attentes sur un circuit dont il n’aime ni les codes, ni la routine, ni l’esprit très premier degré. Et il a peu à peu trouvé sa place : celle du frappeur imprévisible, du roi du coup fourré, de l’intermittent du spectacle pour reprendre sa propre expression. Évidemment, il faut avoir le génie de l’Aussie, son assurance aussi, sa puissance et son caractère cabotin pour tenir ce rôle. En réalité, il n’y a peut-être qu’une personne au monde (ou guère plus) qui serait capable de jouer aussi bien en se préparant aussi peu. C’est en ça que Kyrgios est unique.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2021/07/02/3165510.jpg)
Nick Kyrgios à Wimbledon
Crédit: Getty Images
Après son succès contre Mager, le natif de Canberra l’a encore martelé : il est en phase avec l’idée de ne jamais gagner un tournoi du Grand Chelem de sa vie, si tel doit être son destin. Lui s’est de toute façon fixé un autre but : faire souffler un vent de fraîcheur sur le tennis, en cassant les codes et en communiquant à sa manière, à la fois provocatrice et sans filtre, à dessein de ramener de nouveaux fans. Et ça, il faut reconnaître qu’il le fait très bien, beaucoup mieux que n’importe quel nouveau format de scoring tiré par les cheveux.
Peut-on être un cador sans être un peu ennuyeux ?
Il ne faut pas se tromper : si Kyrgios a choisi cette voie de l’entertainement, c’est d’abord parce que, consciemment ou non, il n’a pas supporté la pression inhérente aux plus hautes ambitions. On peut le regretter pour lui, on peut regretter qu’un tel joyau n’ait pas encore un ou plusieurs titres du Grand Chelem à son actif. Mais au moins a-t-il su trouver sa place sur le circuit, contrairement à tant d’autres talents gâchés ou perdus dans les affres du sport-business.
Désormais en parfaite congruence entre ce qu’il est et la manière dont il joue, Nick Kyrgios est indéniablement devenu très utile à la cause d’une discipline qu’il dit ne pas aimer. Sa destinée nous renvoie à une question existentielle dans le sport moderne, surtout quand il est aussi médiatisé que le tennis : peut-on jouer les premiers rôles sans être un brin ennuyeux, sous la contrainte des actes maintes fois répétés, des failles sans cesse dissimulées et des aspérités sans cesse lissées ? Nick Kyrgios, lui, a choisi d’être lui-même, indomptable et sauvage. Que la gloire vienne ou pas frapper à sa porte, il le restera.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2021/06/30/3164554.jpg)
Nick Kyrgios
Crédit: Getty Images
Publicité
Publicité