Wimbledon 2026 | Les Français sont-ils vraiment meilleurs sur gazon ?

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Parce qu'il compte dans ses rangs quelques herbivores patentés, parce que ses deux derniers Grands Chelems en simple ont été remportés à Wimbledon (Amélie Mauresmo 2006 et Marion Bartoli 2013), le tennis français cultive la réputation d'être meilleur sur gazon qu'ailleurs, notamment sur terre battue. Ce n'est pas faux, globalement. Mais c'est aussi une réalité à nuancer, surtout aujourd'hui.

Surface, récup, dotation : Pourquoi certains évitent le gazon

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Le feu est passé au vert et, presque aussitôt, le tennis français a reverdi. Giovanni Mpetshi Perricard en quarts à Stuttgart, Adrian Mannarino en demies à 's-Hertogenbosch, Ugo Humbert en demies au Queen's puis en finale à Eastbourne… Chaque semaine, depuis Roland-Garros, au moins un représentant tricolore a brillé lors d'un tournoi sur herbe. Comme si la simple vue du tapis vert redonnait soudainement aux Bleus les jambes plus légères et les idées plus longues.
De quoi retrouver de l'ambition pour Wimbledon, après un Roland-Garros compliqué où Diane Parry a été la seule Française présente en deuxième semaine. Et, surtout, de quoi raviver en nous une vieille conviction ancrée dans notre imaginaire : à savoir que les Français seraient naturellement meilleurs sur gazon que sur les autres surfaces, notamment sur terre battue.
L'idée, reçue ou non, n'est pas née de nulle part. Les mémoires collectives restent marquées par les sacres à Wimbledon de Marion Bartoli en 2013 et, il y a vingt ans (vingt ans !), celui d'Amélie Mauresmo, en 2006. Soit, à ce jour, les deux derniers titres français en Grand Chelem (en simple). Il y avait également eu la finale de cette même Bartoli en 2007 et, auparavant, celles de Nathalie Tauziat en 1998 et de Cédric Pioline en 1997. Des quarts et des demi-finales à foison, entre le début des années 90 et le milieu des années 2010, ainsi que quelques exploits retentissants signés Richard Gasquet, Jo-Wilfried Tsonga ou Sébastien Grosjean, tous doubles demi-finalistes dans le Temple.
À force, l'idée s'est installée presque comme une évidence : le gazon serait notre jardin secret. C'est assez vrai, globalement. Mais si l'on considère les choses dans leur ensemble, et dans une fourchette temporelle élargie, on découvre une réalité plus subtile qu'il n'y paraît. Nous nous sommes ainsi amusés à totaliser le nombre de présences françaises en deuxième semaine à Roland-Garros et à Wimbledon depuis le début du XXIe siècle, c'est-à-dire depuis 2001 (en précisant qu'il y a eu, dans l'intervalle, deux Roland-Garros de plus puisque l'édition 2020 de Wimbledon a été annulée, et celle de 2026 n'a pas encore eu lieu).
Étonnamment, chez les hommes, on arrive à une parfaite égalité : 41 présences en huitièmes de finale ou mieux à Roland-Garros (dont quatre demi-finales), 41 également à Wimbledon (dont six demies). Chez les femmes, c'est très serré aussi : 23 deuxièmes semaines au All England Club contre 22 Porte d'Auteuil. Les deux titres de Mauresmo et Bartoli donnent évidemment beaucoup plus d'épaisseur au bilan londonien. Mais quand même. Si Wimbledon a l'avantage, celui-ci reste léger. A la marge, même.
Même si l'herbe est moins spécifique qu'avant, cela reste une surface qui récompense la technique, la main. Et ça, les Français l'ont souvent.
Ce qui ressort surtout, c'est cette tendance à l'équilibre. Le tennis français n'est pas tant une école du gazon – difficile de l'être dans une saison aussi courte – qu'une école de la polyvalence. "En France, on a une qualité au niveau de l'enseignement technique qui nous permet de jouer sur toutes les surfaces, résume notre consultant Arnaud Clément, quart de finaliste à Wimbledon en 2008. Après, c'est vrai qu'on a toujours eu pas mal de joueurs capables de bien jouer sur gazon parce que les joueurs français, d'une manière générale, sont capables de bien servir, bien attaquer, bien volleyer… Même si l'herbe est moins spécifique qu'avant, cela reste une surface qui récompense la technique, la main. Et ça, les Français l'ont souvent."
Adrian Mannarino et Ugo Humbert font d'ailleurs partie des derniers spécialistes de l'herbe, une espèce en voie d'extinction depuis le ralentissement de la surface au début du XXIe siècle. Mais les contre-exemples existent aussi, notamment Yannick Noah et Gaël Monfils qui n'ont jamais réussi à adapter la puissance de leurs appuis au gazon, souvent par crainte de se blesser. L'un et l'autre ont eu le succès que l'on sait à Roland-Garros. Mais ils n'ont jamais battu le moindre Top 10 à Wimbledon. D'ailleurs, on a aussi noté que depuis la création du classement ATP en 1973, les joueurs français ont, dans leur ensemble, battu deux fois plus de top 10 à Paris (32) qu'à Londres (16). Comme quoi…
C'est que le gazon, au-delà de ses spécificités techniques, relève aussi beaucoup de la psychologie. "Encore plus que la terre battue, le gazon, c'est un état d'esprit avant tout : on aime ou on n'aime pas, poursuit Clément qui, lui, a tout de suite aimé puisqu'il a atteint le troisième tour de Wimbledon pour le premier tournoi sur herbe de sa vie, en 1997. Si on aime, on peut très vite être très bon dessus, même sans y avoir jamais joué. C'est ce qui est particulier avec le gazon. Si je prends mon cas personnel, sur terre battue, je prenais toujours beaucoup de temps pour trouver la bonne manière de bouger. Alors que sur gazon, c'était plus naturel, plus facile."
Cette dimension presque affective explique sans doute pourquoi certains deviennent instantanément des spécialistes de l'herbe quand d'autres ne s'y sentent jamais totalement chez eux. Elle éclaire aussi une autre réalité souvent constatée chez les Français : loin de la pression médiatique parisienne, dans le calme feutré et presque bucolique du All England Club, certains donnent tout simplement l'impression de mieux respirer.

L'effet Coupe du Monde de foot ?

Une différence d'attente particulièrement sensible lors des années de Coupe du Monde de foot (si vous voyez ce qu'on veut dire…). Tauziat avait ainsi profité de France 98 pour dérouler son parcours dans un quasi-anonymat. Et c'était relativement calme aussi en 2006 pour Mauresmo, qui avait joué sa finale contre Justine Henin la veille de la non moins fameuse finale entre la France et l'Italie. La désormais directrice de Roland-Garros était d'ailleurs devenue le symbole de cette tendance française à se crisper à Roland-Garros (aucune demi-finale) puis à se libérer à Wimbledon (quatre présences dans le dernier carré). Pour elle, c'était moins une question de surface que de contexte.
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Leconte sur le gazon de Wimbledon : "Nous, on avait des problèmes de faux rebonds"

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Aujourd'hui, la tendance n'est plus tout à fait la même, surtout chez les filles. Depuis 2022 où elles étaient trois en huitièmes (Alizé Cornet, Harmony Tan et Caroline Garcia), aucune Française n'a atteint la deuxième semaine à Londres. On pourrait dire que ça n'est, malheureusement, que le reflet de leur place dans l'échiquier mondial. Peut-être mais en revanche, il y a eu une Française en deuxième semaine à Roland-Garros lors des trois dernières éditions. Dont la demi-finale en 2025 de Loïs Boisson, pour le coup une vraie terrienne.
Chez les garçons, les Bleus ont eux aussi signé, plus récemment (en 2024), un triplé sorti un peu de nulle part grâce à Ugo Humbert, Arthur Fils et Giovanni Mepshi Perricard, qui était alors lucky-loser. Les trois s'étaient arrêtés en huitièmes. Mais c'est encore suffisamment prégnant pour continuer à faire germer en nous cette idée - fausse ou non - selon laquelle c'est bel et bien à Wimbledon qu'un Français a le plus de chances de revenir en quart de finale d'un Grand Chelem. Ce qui n'est plus arrivé depuis Gaël Monfils à l'Open d'Australie en 2022. Autant dire un sacré tunnel. Sous la Manche, bien entendu…
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