Wimbledon 2026 | Simple messieurs - Grigor Dimitrov, le phénix vert : "Je suis en train de retomber amoureux"
Par Rémi Bourrieres
Publié 06/07/2026 à 01:30 GMT+2
Ombre de lui-même depuis son terrible abandon ici-même il y a un an contre Jannik Sinner, Grigor Dimitrov, à 35 ans, renaît de ses cendres à Wimbledon où il jouera ce lundi les huitièmes de finale contre Arthur Féry. Avec un tableau qui s'est ouvert et une approche du tennis devenue presque mystique, le Bulgare peut à nouveau voir loin, au moment où on pensait l'avoir perdu…
Grigor Dimitrov frappe un revers lors de son succès contre Matteo Berrettini au 3e tour de Wimbledon 2026.
Crédit: Getty Images
Un homme à terre sur le Centre Court de Wimbledon. Puis, bientôt, un homme en larmes. C'était il y a un an presque jour pour jour, le 7 juillet 2025. Grigor Dimitrov, auteur jusque-là d'un match magnifique pour se détacher deux sets à rien face à Jannik Sinner, numéro un mondial et futur vainqueur du tournoi, était fauché en plein vol par une déchirure au muscle pectoral qui allait le forcer à un cruel abandon. La pire fin imaginable pour l'un de ses plus beaux récitals de tennis sur gazon. Quelque chose d'une symphonie inachevée. Quelque chose de Grigor Dimitrov, en somme.
Absent jusqu'à la fin de la saison dernière (hormis une tentative de retour avortée au Rolex Paris Masters), le Bulgare n'était plus, depuis, que l'ombre de lui-même. Une âme en peine traînant les morceaux épars de son talent égaré de tournoi en tournoi : avant le début de la saison sur gazon, le constat était brutal : il n'avait gagné qu'un match en 2026, à Indian Wells. Et sa préparation pour Wimbledon s'annonçait très incertaine, avec cette chute au classement (146e) qui l'aurait obligé à passer par les qualifications si les organisateurs ne lui avaient pas accordé une wild-card. A 35 ans, disons les choses : ça commençait à sentir la fin.
Et puis, la vue du vert a redonné à l'artiste des couleurs à sa palette. Un quart de finale au Challenger de Dublin (défaite contre Kyrian Jacquet), un autre au 250 de Majorque (battu par Alejandro Davidovich Fokina), personne n'y avait véritablement fait attention sur le moment. Dimitrov, lui, y a décelé les premiers signes d'un renouveau. Et dès son arrivée au All England Club, tout revenu d'un coup, presque comme par magie : son tennis, son physique, sa confiance et tout le reste.
Depuis, chacune de ses victoires londoniennes s'accompagne d'un supplément d'âme capable de faire frissonner n'importe quel amoureux du beau jeu. On l'a vu pleurer d'émotion après sa victoire au premier tour face au pourtant modeste Australien Dane Sweeny. Puis rayonner de bonheur après ses magnifiques succès contre Jakub Mensik et Matteo Berrettini, deux des plus beaux matches de la quinzaine. Des succès que le Bulgare a toujours ponctués d'un même discours, dans lequel il est question d'attitude et de plaisir bien plus que du résultat en lui-même.
Les trois matches que j'ai joués ici m'ont permis de retrouver une facette de moi que j'avais perdue. Et c'est une sensation extraordinaire.
"Je sais que ça fait un peu cliché de dire ça mais aujourd'hui, le résultat est presque devenu secondaire pour moi, disait-il ainsi après sa victoire en cinq sets contre Berrettini au troisième tour. Tout ce que je veux, c'est me battre, rester concentré sur le moment présent, profiter d'être là. Quand je repense à ce que j'ai traversé ces douze derniers mois, je vois les choses avec une perspective nouvelle. Ce qui compte avant tout, c'est de retomber amoureux du tennis."
L'amour. Le mot revient toujours dans les propos de Grigor depuis le début de cette quinzaine. Rien de très étonnant pour cet esthète du jeu qui a toujours fait chavirer les amateurs du beau geste. Il en est, d'ailleurs, parfaitement conscient – "Je ne vais pas faire le faux modeste sur ce point" - mais il semble désormais s'en nourrir autrement qu'à ses débuts, quand le souci du paraître prenait peut-être parfois le pas sur sa rage de vaincre. Sans que cela n'ait jamais signifié une quelconque superficialité.
Car Grigor Dimitrov est un être profondément introspectif. Et après avoir cru sa carrière condamnée précipitamment, on le sent enclin aujourd'hui à aller explorer davantage cette ressource intérieure. "Ces douze derniers mois m'ont donné le temps de me recentrer sur moi-même et de regarder le chemin parcouru, a-t-il encore confié. A un moment donné, on se dit qu'il faut peut-être essayer une autre approche. On peut se battre pendant des années… avant de réaliser qu'on ne se battait peut-être pas contre le bon adversaire. C'est ce que j'ai ressenti. Les trois matches que j'ai joués ici m'ont permis de retrouver une facette de moi que j'avais perdue. Et c'est une sensation extraordinaire. Je suis vraiment en train de retomber amoureux de tout ce processus."
David (Nalbandian) a réussi à allumer certains endroits de mon esprit qui avaient besoin d'être un peu dépoussiérés.
Pour l'accompagner dans ce cheminement intérieur, le Bulgare a renoué avec son entraîneur britannique Jamie Delgado, dont il s'était brièvement séparé l'an dernier, mais aussi avec David Nalbandian, qui fut comme lui numéro 3 mondial, avec un certain goût également pour le beau geste. On n'aurait pas forcément cru l'ancien finaliste de Wimbledon (2002), pas réputé pour son amour du circuit, particulièrement porté sur le coaching et la psychologie sportive. Eh bien si. Et les deux s'entendent comme larrons en foire.
"David était un compétiteur incroyable, j'adorais son audace dans les grands matches, raconte celui qui fut lui-même demi-finaliste à Wimbledon (en 2014…). On travaille très peu de choses spécifiques au niveau du tennis, car mon jeu est déjà en place et que je ne vais pas le transformer. En revanche, il a réussi à allumer certains endroits de mon esprit qui avaient besoin d'être un peu dépoussiérés, pour ainsi dire. Il a su me pousser dans la bonne direction d'une manière à la fois autoritaire, mais humble. La façon dont il transmet l'information a refait naître certaines choses en moi."
Renaissance. Voilà sans doute le mot qui résume le mieux ce Wimbledon de Grigor Dimitrov. Lequel, plus que jamais, régale les puristes avec sa perfection technique, ses montées d'une autre époque et son sublime chip de revers, qu'il utilise plus que n'importe quel autre joueur sur le circuit. Une arme fatale sur gazon. Difficile de savoir jusqu'où elle le mènera. ¨Peut-être que la débauche d'efforts consentis finira par lui coûter cher, comme l'an dernier. Personne n'a vraiment envie d'y penser.
Car en attendant, la voie s'est ouverte. Arthur Fery, 114e mondial, en huitièmes de finale, pour aller vers un quart contre Alex de Minaur ou Flavio Cobolli, et une éventuelle demie contre Alexander Zverev ou Taylor Fritz : c'est relevé, évidemment Mais pas injouable non plus. En tout cas, il n'y a ni Jannik Sinner, ni Novak Djokovic dans les parages. Et au fond, peu importe la suite. Ce qui compte ici pour Grigor Dimitrov, on l'aura compris, ce n'est pas la destination, c'est le voyage. Et pour l'instant, c'est un voyage de rêve.
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