"Quand vous vous concentrez sur le passé, c’est votre ego. Quand vous vous concentrez sur le futur, c’est votre fierté. Moi, j’essaye de me concentrer sur le présent. C’est ça l’humilité." La déclaration déjà culte d’un grand monsieur. Giannis Antetokounmpo trouvait les mots justes pour expliquer son état d’esprit avant le Match 5 des finales NBA 2021. Pour expliquer pourquoi lui, contrairement à la majeure partie des superstars de cette ligue, tenait absolument à garder le sourire même avant de disputer l’une des rencontres les plus importantes de sa carrière. Pourquoi il insistait sur son besoin de prendre du plaisir avant tout, une notion trop souvent oubliée par les athlètes à ce niveau, notamment ses compères américains.
Oh qu’il peut savourer le présent. Le voilà sur le toit du monde. Il est un champion NBA depuis la victoire des Bucks contre les Suns (105-98), la quatrième de suite, mardi soir. Battue lors des deux premiers matches de la série, Milwaukee est devenu la cinquième équipe de l’Histoire à remonter un 0-2 avant de toucher au Graal. Un sacre héroïque marqué de l’empreinte de son chef de file, auteur de 50 points dans le Match 6 – dont 13 dans le quatrième quart-temps. Un exploit presque inédit : seulement six autres joueurs ont fait de même à ce stade de la compétition. Mais aucun, hormis Bob Pettit en 1958, n’avait conclu des finales avec 50 pions.
Antetokounmpo a claqué trois performances à plus de 40 unités contre les Suns. Il a bouclé sa saison avec 35 points, 12 rebonds, 5 passes et plus de 60% aux tirs sur les six rencontres contre Phoenix. Là encore du jamais vu. L’une des prestations individuelles les plus impressionnantes de tous les temps en finales. Et seulement trois semaines après une hyper extension du genou, blessure dont les images laissaient craindre le pire. Le meilleur joueur de la série, élu à l’unanimité. Une ligne de plus, enfin deux, dans un palmarès déjà ahurissant : un titre, deux MVP, un MVP des finales, un DPOY. Des accomplissements dignes des plus grands basketteurs. Le tout à seulement 26 ans. Tout ça, ce n’est pas de l’ego. C’est bel et bien le présent.
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Giannis Antetokounmpo

Crédit: Getty Images

Des rues d'Athènes au sommet de la NBA

Quelle belle récompense. Quel parcours. Quel chemin accompli depuis sa Grèce natale. L’histoire incroyable d’un gamin originaire d’Athènes qui vendait des montres et autres breloques dans les rues de sa ville pour s’acheter à manger. Le fils de parents sans papiers qui ont quitté le Nigéria pour s’installer en Europe. Giannis s’est mis au basket pour oublier sa misère. "Jamais je n’imaginais en arriver là", confiait l’intéressé en conférence de presse, les deux trophées en main. Personne ne l’imaginait là en réalité. Son destin est fantastique justement parce qu’il n’était absolument pas destiné à tout ça.
L’adolescent longiligne jouait en deuxième division dans son pays quand des recruteurs NBA, intrigués par ses dimensions hors-normes, sont venus le chercher. Mais il restait un inconnu aux yeux d’un très grand nombre. Pas pour les Bucks, qui ont osé le drafter en quinzième position en 2013. Antetokounmpo est venu aux Etats-Unis à 18 ans. Il parlait à peine anglais. Il n’avait même pas son permis de conduire. Et pour la première fois, il se retrouvait privé de sa famille, dans l’incapacité de traverser l’Atlantique sans visa. La ville et la franchise de Milwaukee l’a accueilli à bras ouverts. Un an après, les Bucks gagnaient à peine 15 matches sur l’intégralité de la saison. Une victoire de moins que lors de leur campagne de playoffs en 2021. De cette équipe, seuls deux joueurs figuraient encore dans l’effectif au coup d’envoi des finales : Giannis Antetokounmpo et Khris Middleton.
"On l’a fait putain", lâchait-il avant d’enlacer son coéquipier sur le podium, en direct à la télévision. Une image qui résume la personnalité du bonhomme. Toujours là pour les autres. Toujours là pour ceux qui comptent pour lui. Pour ceux qui l’ont soutenu depuis le début de son aventure. "J’aimerai remercier la ville de Milwaukee", insistait-il. Ce sont plutôt les habitants et les supporters des Bucks qui devraient le remercier. La franchise du Wisconsin n’avait plus célébré un sacre depuis 50 ans. Depuis 1971, quand Kareem Abdul-Jabbar et Oscar Robertson menaient une organisation fraîchement débarquée en NBA jusqu’au sommet. Leurs deux maillots sont désormais accrochés au plafond de la salle.
"Peut-être que dans 15 ou 20 ans, le mien sera à côté du leur. Je l’espère." Osait Giannis avant même de jouer une seule minute dans la grande ligue. Huit ans plus tard, ça ne fait plus aucun doute. En 2014, il jurait de ne pas quitter Milwaukee tant qu’il n’aurait pas gagné un titre. Il a tenu promesse. Il a choisi le chemin le plus long et le plus difficile. Il aurait pu, lui aussi, céder à la tentation de former une "superteam" avec d’autres joueurs aussi talentueux que lui. Mais ce n’est pas lui. Ce n’est pas dans son ADN. "Je ne pouvais pas partir. Je me suis dit que c'était ma ville. Les supporters me font confiance, croient en moi, en nous. Même quand on perd, la ville est avec nous. Je voulais finir le travail ici. C'est facile d'aller ailleurs et de gagner un titre avec d'autres stars. Mais là, j’ai choisi une autre voie, plus dure. Et on l’a fait."

Giannis Antetokounmpo, source d'inspiration pour tout le monde

C’est clair que cette bague a une tout autre saveur pour lui. Il y a quelques mois, Antetokounmpo réitérait sa fidélité à Milwaukee en prolongeant son bail avec la franchise qui l’a drafté. Une décision qui se distingue de celle de plusieurs superstars qui ont finalement gagné leur premier titre après être parties : LeBron James, Kevin Durant, etc. Sa mentalité est vraiment différente de celle de ses pairs. Il respecte son organisation, sa ville, son public, ses coéquipiers.
Un vrai leader toujours positif, toujours dans l’encouragement, jamais dans la critique négative. Il cherche constamment à tirer les autres vers le haut. Et à progresser. En bossant saison après saison. Ses détracteurs, James Harden en tête, aiment souligner qu’il se "contente de courir et de dunker", pour reprendre les mots du barbu des Nets, mais la réalité, c’est que Giannis a évolué chaque année depuis son arrivée dans le Wisconsin. Au point de devenir l’un des meilleurs joueurs de la ligue. Une machine qui domine des deux côtés du terrain.
En 2017, Kobe Bryant mettait au défi certains des principaux joueurs de la NBA. Antetokounmpo avait alors pris soin de contacter directement le Black Mamba sur Twitter pour connaître le sien. La réponse ? Trois lettres majuscules. M.V.P. "Je ne pensais pas qu’il allait me répondre. Mais quand il l’a fait, il m’a donné envie d’y croire. ‘Kobe pense que je peux être MVP ?’ Je devais le faire. Je devais bosser dur parce que des gens me sentaient capable d’y arriver. Je suis un gars du peuple. Je n’aime pas décevoir les gens. C’est la principale raison pour laquelle je suis resté à Milwaukee. Je ne veux pas laisser tomber les gens", notait Antetokounmpo après le sacre.
Il ne voulait pas être considéré comme un MVP avant d’en décrocher un deuxième. Et une fois le doublé en poche, il refusait encore de se voir de la sorte tant qu’il ne serait pas champion NBA. Il y est. C’est le présent. Le futur, c’est d’essayer d’imaginer jusqu’où il peut aller alors qu’il n’a que 26 ans. Mais ne comptez pas sur lui pour se prêter à ce petit jeu. Sa motivation est tout autre. "[Mon histoire] devrait donner de l’espoir à tout le monde. Croyez en vos rêves. Continuez à travailler. Ne laissez personne vous dire ce que vous pouvez faire ou ne pas faire. J’espère que je donnerai de l’espoir partout dans le monde. C’est possible. Même si je ne gagne plus jamais, ça me va." Peu importe ce qui arrive ensuite. Peu importe si les Bucks ne gagnent plus jamais. Giannis Antetokounmpo est un grand champion. Pour l’éternité.
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