Le cyclisme peut-il faire d'Emilien Jacquelin un meilleur biathlète ?
Par Julien Pereira
Publié 01/04/2026 à 00:41 GMT+2
À coup sûr, Émilien Jacquelin sera un bien meilleur cycliste à la fin de son contrat de quelques mois qui le lie à l'équipe de développement de Decathlon CMA CGM. Mais sera-t-il, aussi, un meilleur biathlète ? Lui estime que cette aventure peut aider à le devenir. Mais certaines interrogations existent autour, notamment, de ses aptitudes derrière la carabine.
Jacquelin : "Depuis que je suis rentré, j'ai presque envie de squeezer les JO"
Video credit: Eurosport
La saison des sports blancs est terminée, celle des classiques est ouverte. Peut-être est-ce pour cela que la curiosité nous amène à s'interroger sur ce qu'Émilien Jacquelin est capable de faire sur un vélo, et bien moins sur l'impact que ses quelques mois au sein de l'équipe de développement de Decathlon CMA CGM auront sur sa carrière de biathlète. C'est pourtant cette question-là qui est centrale : les enjeux entourant le Grenoblois dans sa nouvelle aventure ne sont pas énormes. En revanche, ceux qui concernent son avenir dans sa discipline de prédilection, eux, le sont.
À 30 ans, Jacquelin sort en effet d'une saison aboutie, ponctuée par une cinquième place au classement général de la Coupe du monde et marquée par de sacrées performances aux Jeux Olympiques de Milan-Cortina, où il a décroché deux médailles. Mais le Français a préféré la cassure à la continuité : dès le 1er mai et durant six mois, son quotidien sera celui d'un coureur cycliste, et non celui d'un biathlète.
Toujours punchy... mais plus régulier ?
Sur le papier, c'est une vraie prise de risques. Même si son logiciel, à lui, est différent. Ces dernières années, le Lucky Luke tricolore a souvent fait part de ses difficultés à supporter l'exigeante préparation construite autour de longues séances de ski-roues et de tirs. Il en est donc certain : mentalement, cette nouveauté va lui faire le plus grand bien. "C'est une année post-olympique, et j'avais besoin de souffler et de voir autre chose avant de repartir sur un cycle de quatre ans", nous a-t-il confié.
Le grand artisan du titre masculin sur le relais olympique n'est pas beaucoup plus inquiet sur le plan physique. Ce défi va lui imposer une vraie métamorphose, les sessions spécifiques au biathlon vont laisser place à plus de vingt heures hebdomadaires sur le vélo et son nouveau programme devrait lui faire perdre une certaine épaisseur du haut du corps. "Mais le biathlon amène différents types de profils, remarque Jean-Baptiste Quiclet, directeur de la performance de Decathlon CMA CGM. On peut prendre l'exemple d'un Éric Perrot, moins explosif, mais plus fluet et endurant."
Au total, son volume d'heures de travail, toutes activités sportives confondues, devrait atteindre le millier et rester similaire aux précédentes années. Mais la spécificité de la préparation cycliste pourrait l'aider à devenir plus régulier sur les pistes, sans pour autant perdre son punch. "Je pense que ça peut me permettre de faire évoluer mes capacités de seuil [les facultés de son corps à supporter un certain niveau d'efforts sur la durée, NDLR]", a noté celui à qui l'on a souvent reproché d'exploser dans les dernières boucles.
Le tir, ce gros point d'interrogation
"Ça peut effectivement m'aider, a-t-il admis. Même si sur des courses récentes, à Otepaa et à Oslo, j'ai réussi à être régulier tour après tour. Il y a toujours des coups d'accélérateur, mais globalement, je n'explose plus. [...] Mais je pense que le vélo peut vraiment m'aider à passer un cap, à aller chercher les derniers petits pourcentages qui m'ont manqué sur certaines épreuves. En Coupe du monde, je suis le troisième à avoir décroché le plus de podiums derrière Sturla [Laegreid] et Éric [Perrot] mais je n'ai pas gagné."
La véritable inconnue concerne la carabine, où Jacquelin a également besoin de trouver une certaine constance pour devenir une référence. Chez Decathlon CMA CGM, on admet que des discussions avec le staff tricolore doivent être entamées afin de trouver des solutions pour intégrer cette problématique à son nouveau programme. "Les heures qu'il passera sur le vélo, ce sont des heures qu'il ne passera pas sur les pas de tir, admet Quiclet. Donc, on doit chercher à savoir quelle pratique minimale lui permettra de ne pas perdre ses aptitudes avec la carabine. Lui est très confiant par rapport à cela."
Jacquelin s'est en effet montré ravi de se débarrasser de la "charge mentale du tir." "Des fois, être loin de la carabine, ça permet aussi de revenir à des choses simples et de prendre du recul, estime-t-il. Je ne suis pas trop stressé pour mon biathlon." Pour lui, l'important est ailleurs : "Tant pis si je dois perdre des capacités dans le biathlon, ou si je dois échouer dans ce projet-là. Ce n'est pas grave. J'aurai donné mon maximum et je n'aurai aucun regret."
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