Giro | Tadej Pogacar a gagné le Tour d'Italie mais il a aussi grandi

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Personne ne doutait, et s'il était honnête lui y compris, de la victoire finale de Tadej Pogacar sur le Giro 2024 face à une concurrence dépourvue des monstres de sa catégorie. Après deux échecs consécutifs sur le Tour de France face à Jonas Vingegaard, le Slovène avait besoin de se remettre dans la peau d'un vainqueur sur un grand tour. Et d'apprendre, aussi.

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Si les voyages forment la jeunesse, Tadej Pogacar a passé la fin de la sienne à faire mal à un peloton qui se serait bien passé de son arrivée en tempête dans le monde professionnel. Vainqueur de courses à travers le monde depuis 2019, du Portugal aux Etats-Unis en passant évidemment par les Emirats Arabes Unis et la Slovénie mais aussi le Canada ou la Belgique, "Pogi" se contentait de la France depuis son premier sacre en grand tour. Son séjour italien, en plus de garnir son palmarès, n'aura pas été vain dans son évolution. Loin de là.
La trajectoire de Tadej Pogacar sur les grands tours a tout de la comète. On avait bien noté sa présence - et comment faire autrement ? -, sur la Vuelta 2019 mais l'intensité de sa brillance a surpris son monde quand il illumina la Planche des Belles Filles un jour de septembre 2020. Allait-il disparaître comme ces amas de poussières ? Personne ne l'a jamais cru mais quand par deux fois Jonas Vingegaard l'avait mis dans l'ombre, on avait fini par croire que, peut-être, l'étoile Pogacar était appelée à briller sous d'autres cieux.

Pogacar est resté sage, ou presque

Ce fut les Flandres, les Ardennes ou la Lombardie et voilà bientôt trois ans que le Slovène à la mèche rebelle n'avait pas triomphé d'une course de trois semaines. Mais "Pogi" n'a pas peur des défis, au contraire, sans eux il crève d'ennui. Ce fut cette fois le doublé Tour d'Italie-Tour de France. On s'était tellement concentré sur cette histoire et sur son extrême domination face à une concurrence faiblarde, qu'on avait oublié qu'en Italie, Pogacar voulait en apprendre un peu plus sur lui.
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Seul, en meute ou face à ses rivaux, Pogacar n'a presque jamais dévié d'une ligne de conduite claire : remporter les étapes qui comptent, pour le général ou pour le prestige, et ne pas s'éparpiller. On l'a bien vu attaquer sur un terrain qui ne lui convenait pas en première semaine mais pour le reste, Pogacar s'en est tenu au plan. Et s'il fallait ramasser quelques miettes pour donner une autre dimension à sa victoire et cette aventure entre potes, pourquoi se priver ?
Avec les Rafal Majka, Mikkel Bjerg, Felix Grossschartner et autres Rui Oliveira ou Domen Novak, le leader jouait sur du velours mais il a pu tester ses qualités de meneur d'hommes, un pan de sa personnalité de coureurs dont on pouvait encore douter tant il n'a jamais vraiment eu besoin d'équipe pour gagner. En avait-il besoin sur ce Giro ? Pas vraiment. S'en est-il servi pour autant ? A l'évidence oui.
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"Je suis très content pour Tadej, jubilait Majka au micro d'Eurosport. Il me surprend en tant qu'homme mais aussi en tant que coureur. Il est toujours heureux, jamais en colère contre ses coéquipiers, ni contre qui que ce soit. Dans le bus, il met de la musique, il est toujours très calme et en course il ne dit jamais 'ralentissez', mais toujours 'accélérez'"
Comment le principal intéressé juge-t-il le voyage alors que la destination, sa victoire finale, confiait à l'évidence au départ du Giro ? "Je peux tirer beaucoup d'enseignements de cette performance et de mes sensations sur le vélo, dit-il. En tant que coureur, je me suis senti très fort". Le temps, et surtout le mois de juillet, dira s'il l'est suffisamment pour triompher de Vingegaard et les autres sur le Tour mais on l'a vu notamment capable de battre Filippo Ganna sur un chrono et de célébrer cette victoire comme aucune autre, preuve qu'il avait mis l'accent sur l'effort solitaire depuis la claque de Combloux.
Et pour ce qui est de son évolution personnelle, Pogacar avoue qu'il y avait une dimension humaine supplémentaire. "Je pense que chaque course vous donne de l'expérience. Celle-ci m'en a également apporté. Il est certain que l'on grandit au cours d'une course qui dure trois semaines. J'ai peut-être fait un pas de plus en tant qu'homme, en tant que personne. Après ce Giro, nous verrons comment je me sens et si j'ai vraiment mûri." Réponse dans un peu plus d'un mois quand il sera l'heure de marquer l'histoire pour le coureur Pogacar. En cela, l'homme qui se cache derrière devrait pouvoir l'aider encore un peu plus.
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