C'était il y a moins de deux ans. Egan Bernal remportait le Tour de France 2019, à seulement 22 ans et quelques mois. Une précocité phénoménale qui nous ramenait un siècle en arrière. Impressionnant, n’est-ce pas ? Pas autant que la suite. Il a suffi d'avancer d'une année pour voir mieux. Depuis, Tadej Pogacar est passé par là, gagnant de manière spectaculaire la Grande Boucle 2020, à la veille de souffler ses 22 bougies. Grande Boucle que Bernal avait quittée par la petite porte, le dos endolori.
Voilà comment le Colombien a réussi l'exploit d’être si vite débarrassé de l'étiquette de prodige n°1 du cyclisme mondial. Une étiquette que Remco Evenepoel (21 ans) dispute par ailleurs à un Pogacar pas rassasié, comme en atteste son triomphe récent sur Liège-Bastogne-Liège. Ajoutez à cela la fascinante rivalité entre Mathieu van der Poel et Wout Van Aert, la dimension prise par Primoz Roglic ou encore le couronnement planétaire de Julian Alaphilippe, et Bernal peut se présenter au départ du Tour d’Italie (8-30 mai) certes en prétendant, mais sans que sa quête d'un deuxième grand succès ne phagocyte l'actualité de son sport.

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Le signe du destin de 2019

Il va découvrir les routes du Giro. Sorte d'incongruité à l'aune du parcours de celui qui a débuté en professionnel dans l'équipe italienne Androni (2016-2017). Elle s'explique par un premier rendez-vous manqué avec l'épreuve transalpine, lorsqu'il était censé y faire ses gammes en tant que leader sur une course de trois semaines en 2019. Une clavicule fracturée plus tard, à une semaine du départ, et Egan Bernal reportait ses ambitions sur le Tour, avec la réussite précédemment évoquée.
Cette fois-ci, pas de mésaventure à l'entraînement. Bernal sera bien à Turin samedi. En chef de file de la formation INEOS Grenadiers. Même si la sortie de Pavel Sivakov (9e du Tour d’Italie 2019), la semaine dernière dans les colonnes de Cyclingnews, n'avait pas tout du serment d'allégeance : "Egan sera le numéro 1. Cela ne fait aucun doute. Mais si je peux montrer une progression... c'est bien pour l'équipe d'avoir quelqu'un d'autre sur qui compter. Le Giro est une course plus ouverte (probablement en référence au Tour de France, NDLR)."

"Vivre avec la douleur"

Pas de panique. Bernal (24 ans) connaît le rôle du co-leader. Il avait dû partager le statut de patron avec Geraint Thomas lors de son Tour victorieux, ne prenant la main qu'en dernière semaine, grâce à une traversée des Alpes majestueuse. Intrinsèquement, il peut regarder la concurrence avec confiance (Evenepoel, Simon Yates, Aleksandr Vlasov, Mikel Landa, un Vincenzo Nibali amoindri). C'est plus encore vers sa condition physique qu'il faut se tourner, pour savoir de quoi sera fait son Giro. Et tous les voyants ne sont pas au vert.

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Le natif de Zipaquira a fait l'impasse sur le Tour des Alpes (19-23 avril). Pas rassurant quand on sait que ses problèmes de dos, récurrents, ne sont pas de l'histoire ancienne. Peut-il s'en débarrasser ? Il s'était montré péremptoire à ce sujet en mars : "Malheureusement, je sais que je vais devoir vivre avec la douleur, au moins pendant cette année." Interrogé par la Gazzetta dello Sport avant un enchaînement de courses en Italie, il n'avait cependant pas eu un discours résigné, "100%" concentré sur "arriver en bonne forme" pour le Tour d'Italie.
Mon objectif pour le Giro cette année est de redevenir le Egan qui aime attaquer, le Egan qui ne craint pas de se faire distancer
Le Bernal 2021 doit refaire ses preuves, et cela passe par un tempérament à retrouver : "Mon objectif pour le Giro cette année est de redevenir le Egan qui aime attaquer, le Egan qui ne craint pas de se faire distancer." Après les paroles, les actes. Sur les Strade Bianche (3e derrière Van der Poel et Alaphilippe) comme lors de Tirreno-Adriatico (4e, battu par Pogacar, Van Aert et Landa) on a vu Egan Bernal à son avantage. Le problème, c’est qu’on ne l’a plus revu du tout depuis.
L'avantage, c'est que les multiples attractions du peloton qui lui ont piqué un peu de lumière, lui ont au passage retiré un poil de pression et qu'il a donc pu s'éclipser des radars sans susciter d'émoi. Cependant, en interne, au sein de l'armada INEOS Grenadiers à laquelle il est lié jusqu’en 2023, comme dans son esprit de champion, la donne n'a sans doute pas changé. Egan Bernal est là pour gagner. Revenir dans la course aux records de précocité lui est par définition impossible. Mais celle qui sacrera le plus grand talent de sa génération ne fait que commencer.

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