Les débats du Tour : Fallait-il neutraliser les temps ? Alaphilippe, objectif maillot vert ? Roglic, nouvelle donne ?

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TOUR DE FRANCE 2021 - Le final de la 3e étape a été chaotique comme rarement, même sur la Grande Boucle. Fallait-il neutraliser les temps à huit kilomètres du but comme l'ont proposé certains coureurs ? SIixième ce lundi, Julian Alaphilippe peut-il faire du maillot vert un objectif ? Enfin, la perte de temps de Primoz Roglic change-t-elle la physionomie de la course ?

Primoz Roglic touché dans sa chair lors de la 3e étape du Tour 2021.

Crédit: Getty Images

Fallait-il geler les temps à huit kilomètres de l'arrivée ?

Raphaël Brosse
Non, certainement pas. J’entends les arguments de ceux qui plaident pour plus de sécurité, pour des fins d’étape moins susceptibles d’engendrer de graves chutes. Songer à mieux protéger les coureurs, c’est tout à fait légitime. Sauf qu’opter pour un gel des chronos à 8, 10, voire 15 - et pourquoi pas, d’ailleurs ? - kilomètres de l’arrivée me paraît être une très mauvaise idée. Parce qu’elle va à l’encontre même de ce qu’est le cyclisme et, a fortiori, le Tour de France.
Pour prétendre à une belle place au général, si ce n’est à la victoire finale, il faut lutter pour rester bien placé, frotter parfois, accepter de prendre des risques, aussi. Et non pas se relever dès que les trains des sprinteurs vont trop vite, afin de terminer en roue libre. Car le maillot jaune ne se gagne pas qu’en haute montagne ou contre-la-montre, mais aussi dans la plaine, sur des routes étroites et sinueuses. On ne doit surtout pas l’oublier.
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L'hécatombe continue, Roglic grimace, la bande à VDP se régale : Le résumé de la 3e étape

Video credit: Eurosport

Christophe Gaudot
Si l'on croit Tim Declercq, le roule-toujours des Deceuninck-Quick Step, les coureurs ont proposé aux organisateurs de geler les temps à huit kilomètres de l'arrivée et n'ont pas obtenu de réponse. Je pense que c'est une erreur. "En neutralisant la course à huit kilomètres, on aurait déplacé le problème", estime le maillot jaune, Mathieu van der Poel. Je ne suis pas d'accord.
Ce qui cause la plupart des problèmes dans le final des étapes, et tout le monde s'accorde là-dessus, c'est la présence à la fois des équipes de sprinters et de celles des leaders. Je ne sais pas s'il faut geler les temps à 8, 10 ou 15 kilomètres de l'arrivée mais je pense que ça pourrait régler pas mal de soucis. Ainsi, on verrait les équipes de leaders se battre avant que celles des sprinters n'entrent réellement un jeu. Je ne dis pas que ce ballet ne serait pas dangereux, je dis qu'il le serait peut-être un peu moins que la situation actuelle. Et honnêtement, dans une étape comme celle d'aujourd'hui, sportivement, les derniers kilomètres n'ont pas beaucoup d'intérêt pour le classement général.

Julian Alaphilippe peut-il viser le maillot vert ?

Raphaël Brosse
Je ne le pense pas. Certes, Julian Alaphilippe prend un malin plaisir à nous rappeler, saison après saison, qu’il peut gagner partout ou presque, quelle que soit la course et peu importe le terrain. De là à imaginer qu’il puisse être tenté par la quête du maillot vert, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas. Tout d’abord parce qu’il ne luttera pas avec les grosses cuisses du peloton dans les sprints massifs, où de nombreux points seront distribués.
Sur les arrivées sans difficulté notable, le champion du monde ne pourra pas rivaliser et, de toute façon, il lui faudra probablement travailler en amont pour le sprinteur maison, Mark Cavendish. L’imaginer prendre l’échappée en montagne pour disputer les sprints intermédiaires est bien sûr envisageable mais, là aussi, il devrait composer avec la concurrence de Peter Sagan, Michael Matthews voire Sonny Colbrelli. Non, à mon avis, "Alaf" continuera à courir sans calculer et, si la possibilité de ravir un maillot distinctif se présente, ce sera certainement davantage celui de meilleur grimpeur.
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Julian Alaphilippe et son maillot vert

Crédit: Getty Images

Christophe Gaudot
Vainqueur à Landerneau, cinquième à Mûr-de-Bretagne, sixième à Pontivy, Julian Alaphilippe réalise un début de Tour de France "à la Sagan". Puisqu'il suit le chemin du maître du maillot vert, je réponds oui à la question. Au classement par points, la "véritable" avance d'Alaphilippe s'élève à 30 points sur le duo Merlier-Matthews puisque van der Poel, deuxième, ne devrait pas aller au bout du Tour. Derrière, Ewan était à 43 points mais il a abandonné, Sagan à 56.
Mardi et jeudi, les sprinteurs seront à la fête mais vendredi et samedi, on sera sur le terrain de jeu du Français. D'ici à la fin du Tour, sept étapes correspondent aux sprinteurs. C'est peu, surtout que l'on peut imaginer qu'une ou deux leur échappe, et comme ils semblent devoir tomber comme des mouches, "Loulou" pourrait se mettre un nouveau défi en tête. Après tout, qu'il vise les étapes ou le général, il sera amené à finir dans le haut des classements le plus souvent. Et qui a-t-on vu se battre pour une sixième place aujourd'hui ? Qui a jeté un petit coup d'œil au-dessus de son épaule quelques mètres avant la ligne pour être sûr de ne pas être doublé ? Alaphilippe bien sûr.

La position de Roglic change-t-elle la physionomie de la course ?

Raphaël Brosse
Il est évident que voir Primoz Roglic pointer à 1'35" du leader du classement général après trois étapes est une surprise de taille. Néanmoins, je ne crois pas que cela va changer quoi que ce soit dans sa façon de courir, ni dans la physionomie globale de la course. Du moins, pas tout de suite. Il reste en effet énormément de temps au Slovène, qui n’accuse pas non plus un débours irrattrapable (+56" par rapport à Tadej Pogacar).
Il aura donc plusieurs occasions pour refaire son retard. À commencer par le chrono de mercredi, qui pourrait lui permettre de remonter non loin des premières positions. De même, l’ancien sauteur à skis ne devrait pas se lancer dans de grandes offensives lors du week-end alpestre, ni sur les pentes du mont Ventoux. Ce n’est pas son style et, tant que ses rivaux resteront à portée de fusil, il ne prendra vraisemblablement pas ce qui pourrait ressembler à des risques inconsidérés. Enfin, même si Robert Gesink a abandonné et que Tony Martin a été amoché, le double vainqueur de la Vuelta peut encore s’appuyer sur une équipe redoutable.
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Une grosse chute et de sacrés bobos : Roglic a déjà perdu gros

Video credit: Eurosport

Christophe Gaudot
Je ne pense pas. Non pas que je sous-estime le temps perdu par Primoz Roglic qui pointe quand même à 1'04'' de Richard Carapaz, à 56 secondes de Tadej Pogacar et même à 28 de Geraint Thomas qui a lui aussi chuté ce lundi entre Lorient et Pontivy. En somme, tous ses adversaires, à l'exception de Richie Porte et Miguel Angel Lopez, qui sont désormais hors-jeu, sont devant lui. Pourtant, je ne le vois pas changer sa manière de courir et c'est la raison pour laquelle j'estime que sa perte de temps ne changera rien à la physionomie de la course.
Je m'explique : malgré le début de Tour difficile, je pense que c'est Jumbo-Visma qui a les clés de celle-ci parce que les hommes en noir et jaune ne savent pas vraiment courir autrement. Je n'imagine pas Roglic lancer des offensives de grandes envergures. Après tout, aussi conséquent soit-il après trois jours de course, son retard peut encore être refait sur les chronos et à coups de bonifications ici et là. Il en faudra beaucoup pour décontenancer Pogacar mais Roglic doit toujours croire qu'il est possible de le faire en ne changeant rien à ce qu'il est.
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