Quelle note donner à ce Tour ?

  • Jean-Baptiste Duluc
Au risque de passer, une nouvelle fois, pour un rabat-joie, je ne mettrais pas plus de 11/20 à cette édition 2021. Je suis désolé d’avance pour ceux que ça pourrait choquer, mais j’ai trouvé ce Tour de France bien ennuyeux passé la 7e étape, et surtout très loin de l’intensité et du suspense qu’avaient pu nous offrir les éditions précédentes. Je pense qu’il s’agit, de mon point de vue, du moins bon Tour depuis 2012.
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Alors, je le concède, la première semaine a été de très haute volée, entre les belles histoires, les multiples chutes, les coups de panache de Van der Poel, sans oublier la fameuse étape du Creusot. Tout était bien lancé. Mais le reste n’a pas suivi.
Marquée par des conditions horribles, l’étape de Tignes a déçu, il ne s’est pas passé grand-chose au Ventoux et à peu près rien dans les Pyrénées, à l’exception de Pogacar. La lutte pour l’échappée matinale, qui aura souvent gagné au bout ce qui en dit beaucoup, a souvent été le moment le plus intense de la journée. C’est dire. Finalement, Pogacar a beau avoir écrasé très vite tout suspense, c’est presque grâce à lui qu’on a pu vibrer un peu par instants. Pour le reste…

Des chutes, des sprints mouvementés et de belles scènes de joie : la 1re semaine en caméra embarquée

  • Christophe Gaudot
13/20. Bien sûr, les chutes de la première semaine ont eu un impact considérable sur la suite du Tour de France, mais je n'oublie pas justement ces neuf premières étapes. De Brest jusqu'aux Alpes, la Grande Boucle fut ébouriffante, tous les jours ou presque. Julian Alaphilippe, Mathieu van der Poel, Mark Cavendish et bien sûr Tadej Pogacar : tous ont éclaboussé cette première semaine de leur classe.
Que manque-t-il alors pour monter plus haut ? Si les deux semaines suivantes avaient été du même acabit, nous aurions assisté à l'un des plus beaux tours du XXIe siècle, seulement voilà : Tadej Pogacar a éparpillé ses adversaires dès la première grande étape de montagne. L'absence de concurrence a pesé lourd et l'épisode Vingegaard au Ventoux n'a pas suffi à relancer la course. Heureusement, la bataille pour les échappées et par conséquent les victoires d'étapes a été belle tous les jours. Sans la première semaine, je serais peut-être descendu en-dessous de la moyenne. Avec elle, j'accorde un 13/20 à ce cru 2021.

De valeureux échappés récompensés et un record égalé : la 2e semaine en caméra embarquée

Quelle a été la plus belle étape ?

  • Christophe Gaudot
L'étape du Grand-Bornand pour moi. Je dois vous faire une confidence qui expliquera en partie mon choix : les Alpes m'ont toujours plus fait rêver que les Pyrénées. Au-delà du parcours, au-delà du spectacle, c'est ce massif qui me fait le plus vibrer. Comment alors ne pas choisir cette étape dantesque pendant laquelle Tadej Pogacar a livré la plus pure expression de sa force ?
Pour moi, cette étape c'est le cocktail idéal d'une étape, si ce n'est légendaire, au moins mémorable. Les conditions d'abord. Ce jour-là, il a plu pendant l'entièreté des 151 kilomètres séparant Oyonnax du Grand-Bornand. Le départ, via la côte d'Echallon, a été rapide mais c'est quand Pogacar a accéléré que la course a pris une autre dimension. Il restait alors 32 kilomètres, un bout du Col de Romme, deux descentes et le Col de la Colombière. Cette accélération m'a fait penser à Marco Pantani vers les Deux-Alpes en 1998. Les écarts créés par le Pirate furent encore plus démentiels, mais le décor et la météo m'ont ramené 23 ans en arrière.

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  • Jean-Baptiste Duluc
Comme Christophe, j’avais aussi pensé à l’étape du Grand-Bornand, marquante et décisive, mais je retiendrai avant tout l’étape précédente, la 7e, en direction du Creusot. Déjà parce que, contrairement à beaucoup de gens, je n’en attendais franchement pas grand-chose, vu sa situation (la veille des Alpes en première semaine) et sa longueur (249km). Je me suis complètement trompé – ce qui n’est pas rare, vous en conviendrez – pour mon plus grand plaisir. Voir une grosse échappée s’y jouer l’étape loin devant le peloton avait quelque chose d’inéluctable, mais je n’aurais jamais pensé y voir le maillot jaune, Mathieu van der Poel.
Sauf qu’on y retrouvait aussi le maillot vert Cavendish, Van Aert ou encore Mohoric. Un symbole, finalement, des hommes forts du Tour, qui nous ont régalé dans le final avec un numéro de plus de 80 kilomètres de Mohoric. Ai-je oublié de mentionner que l’échappée aura mis 45 kilomètres à sortir, qu’Alaphilippe aura tenté de s’y glisser, qu’on aura vu les prémices de la force collective d’UAE Team Emirates et que c’est le seul jour où Carapaz a réellement attaqué Pogacar ? Et bien maintenant, c’est fait.

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Quelle a été la plus grande surprise de l'épreuve ?

  • Jean-Baptiste Duluc
Jonas Vingegaard me paraît la réponse évidente. Voir Lutsenko et O’Connor dans le top 10 a sans doute surpris beaucoup de gens, mais le Kazakh a surtout profité d’une concurrence assez faible pour le classement général alors que l’Australien était l’un des plus réguliers cette saison en montagne. Toute la différence finalement avec le Danois de la Jumbo-Visma. Sa révélation avait déjà commencé en début d'année avec sa victoire d’étape sur l'UAE Tour mais surtout cette 2e place sur le Tour du Pays Basque. Deux résultats qui témoignaient d’un excellent niveau comme puncheur mais la haute montagne était une véritable interrogation. Il l’a levée.
Vingegaard, du lieutenant stressé au leader assumé
Arrivé comme lieutenant de Roglic, il a profité de la chute et de l’abandon du Slovène pour prendre les rênes de la Jumbo-Visma et assumer son statut. Seul coureur à avoir distancé Pogacar en montagne, sur les pentes du Ventoux, Vingegaard est aussi le seul à avoir rivalisé avec le Slovène en contre-la-montre. Presque de quoi faire regretter ses deux minutes de perdues en début d’épreuve à attendre Roglic après une chute. Mais la surprise est aussi belle que totale.

Premier (petit) aveu de faiblesse : Pogacar a coincé dans le Ventoux face à Vingegaard

  • Christophe Gaudot
J'aurais pu dire Jonas Vingegaard, mais je crois que la résurrection de Mark Cavendish m'a encore plus surpris. En avril dernier, j'avais, dans ces colonnes, écrit un article qui s'intitulait : "Faire gagner Cavendish à nouveau, le sacerdoce de Deceuninck". Nous étions sur le Tour de Turquie, le Britannique n'avait pas encore retrouvé le goût de la victoire. J'avais écrit, peut-être un peu sévèrement, que pour Deceuninck, c'était un enjeu de communication avant tout. J'étais à mille lieues de penser que trois mois plus tard, le "Man of Man" s'offrirait quatre succès sur la Grande Boucle.
J'étais sur le Tour de France en 2016 quand Cavendish avait atteint les 30 victoires. Je pensais qu'il pourrait rattraper Merckx, en 2017 ou 2018. Certainement pas en 2021 ! Certes, Caleb Ewan a quitté la course très tôt, certes Jasper Philipsen était encore un peu tendre et Peter Sagan pas en forme. Mais quand même ! Personne n'aurait misé un centime sur un succès du Britannique, alors quatre avec le maillot vert en prime...

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