Nous y sommes. Au matin de la 5e étape du Tour de France, celle qui suscite tant de craintes chez bon nombre de coureurs, tant de curiosité chez les suiveurs. L’étape dite "des pavés", comme le Tour nous en réserve avec parcimonie. Quatre ans qu’on l’attend… et Tadej Pogacar est plutôt impatient : "Je pense qu’on va bien s’amuser… mais ceux qui seront dans leur canapé encore plus."
"C’est une journée qui fait peur à tout le monde, considère sur un autre ton David Gaudu. Il faudra avoir les bonnes jambes et un peu de réussite." Le leader de la Groupama-FDJ ne se présentera cependant pas à la signature à reculons. "On a peur mais on a envie d’y aller", résume-t-il quant au sentiment d’excitation qui règne dans le peloton et chez les téléspectateurs, comme l’a malicieusement suggéré "Pogi".
Tour de France
Pogacar : "Quand j'ai vu que Van Aert avait lâché Vingegaard, j'ai arrêté de m'inquiéter"
05/07/2022 À 18:25

Le profil de la 5e étape : La journée des pavés et de tous les dangers

"J’espère qu’il n’y aura pas de chute chez nous"

Mais Pogacar ne pense pas qu’au spectacle. Dans un discours plus policé, il prédit "une étape difficile" : "Je m’attends à une grosse journée et j’espère qu’il n’y aura pas de chute chez nous." Avant le départ de l’épreuve, le 4e du dernier Tour des Flandres – bluffant pour sa découverte de l’épreuve – avait refusé de parler d’opportunité, pour lui, de faire la différence. Il avait aussi balayé l’idée de toute crainte, dans une communication bien ficelée.
"Nous devrons courir devant, sans s’inquiéter, sans stress", avait ainsi énuméré le double vainqueur sortant, au sujet de cette étape qui relie Lille à Arenberg. Au programme du jour : 157 kilomètres, dont 19,4 de pavés, répartis en onze secteurs. Pas de quoi faire sourciller le duo Wout van Aert - Christophe Laporte, mais peut-être de quoi donner quelques sueurs froides aux leaders de Jumbo-Visma : Primoz Roglic et Jonas Vingegaard.

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La garde rapprochée de Roglic et Vingegaard

"L’étape ne me fait pas peur, mais pour les leaders, ça peut être tendu, admet Laporte. Tout peut arriver : des chutes, des crevaisons ou d’autres incidents qui font qu’on peut perdre la course." Van Aert se veut un peu plus optimiste, auréolé du maillot jaune et fort d’un succès retentissant ce mardi à Calais : "Il y aura beaucoup de nervosité, mais nous abordons cette journée avec confiance."
"L’équipe est formée pour moitié de coureurs de classiques, qui ont l’habitude des pavés", poursuit "WVA", en référence à sa présence et celle de Laporte, mais aussi à Tiesj Benoot et Nathan Van Hooydonck. Il l’assure, Jumbo-Visma ne courra pas sur la défensive : "Pour nous, la question ne sera pas de finir sans problème, ou non. Nous avons une vraie chance de faire quelque chose."

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Le chantier de 2014

Lors du Grand Prix de Denain, en mars dernier, Primoz Roglic et Jonas Vingegaard ont travaillé leur coup de pédale sur les pavés. Dans la foulée de son Ronde brillant, Tadej Pogacar avait quant à lui posté une photo suggérant qu’il pourrait s’aligner sur Paris-Roubaix. Il était en fait en reconnaissance. Depuis plusieurs mois, les candidats au sacre sur les Champs ont la journée de mercredi dans un coin de leur tête.
En 2014, Vincenzo Nibali avait profité des pavés, et d’une étape disputée dans des conditions dantesques, pour frapper fort, dans sa quête de consécration sur la Grande Boucle. Le Requin de Messine était si dominateur en montagne, cette année-là, qu’il serait excessif de dire qu’il a forgé son triomphe sur la route d’Arenberg. Mais sa victoire finale est en partie associée à cette image de lui, bravant la boue.

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Les pavés font partie du jeu

"Tadej Pogacar a été phénoménal lors du Tour des Flandres, Geraint Thomas a déjà terminé dans le Top 10 de Paris-Roubaix", rappelle Bradley Wiggins, pour Eurosport. Aux yeux du vainqueur du Tour de France 2012, savoir aller au-delà des sentiers bitumés est intégré au bagage des prétendants : "Je pense que la plupart savent que cela fait désormais partie intégrante de la préparation du Tour."
Même si les deux meilleures cartes de son équipe pour le couronnement ne sont pas des "Flandriens", Van Aert se réjouit du parcours proposé mercredi : "J’adore avoir une étape de ce genre dans le Tour." Il ne le dit pas innocemment, puisqu’il pourrait également y glaner un bouquet prestigieux.

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Un enjeu, aussi, pour les chasseurs d’étape

Pour certains, le Tour se joue en partie là, avec l’objectif de lever les bras. Le champion de France Florian Sénéchal, notamment, ou encore son compatriote Adrien Petit, doivent avoir les mollets qui les démangent. Lars Boom, en 2014, a réalisé une performance incontournable, dans sa carrière sur route.
Consultant pour Eurosport, Robbie McEwen estime qu’il y a, pour chaque coureur "l’une des plus grandes victoires à décrocher, parce que ce sera épique." L’émotion d’un John Degenkolb renaissant, lors de son succès il y a quatre ans, ne dit pas le contraire. Pourtant, l’Allemand compte deux Monuments à son palmarès. Son étape de 2018 ne rivalise pas. Mais elle est teintée d’un cachet particulier. Nous y sommes, au seuil des pavés.

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Crédit: Getty Images

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