Il y a trois vainqueurs du Tour de France au départ de l'édition 2022. Tadej Pogacar, double tenant du titre, est l'épouvantail de l'épreuve. Christopher Froome, quadruple lauréat qui a subi une grave chute en 2019, fait figure d'attraction en marge du classement général. Pour ces deux-là, le panorama semble limpide. Reste Geraint Thomas… le plus difficile à cataloguer. Est-il le symbole du déclassement d'INEOS Grenadiers ou un favori mésestimé ?
  • Regardez le Tour de France sur Eurosport à partir de vendredi 1er juillet
Avant que l'ouragan Pogacar n'emporte le peloton du Tour, en 2020 et 2021, Thomas restait sur deux Grandes Boucles de haut niveau. Sacré en 2018, il avait cédé le sceptre à son coéquipier Egan Bernal un an plus tard, qui plus est dans des conditions particulières. Le Colombien avait assis sa domination lors d'une 19e étape tronquée, dont l'issue aurait pu changer sans ce raccourcissement de parcours. Depuis, le Gallois évolue sous les radars.
Tour de France
Vingegaard esseulé face au "poison" Pogacar ? "Ineos a la clef du Tour"
17/07/2022 À 21:39

Wiggins : "Il n’y a pas de 'bullshit' avec lui"

Bradley Wiggins, son ex-compère chez Sky, pointe du doigt ce décalage entre le palmarès de Thomas et son standing. Il tente de l’expliquer, à nos confrères d’Eurosport UK : "Ilest très sous-coté. Je pense que c’est parce qu’il est englobé dans la réussite de son équipe. Il n’a pas rejoint cette formation (INEOS Grenadiers, Sky par le passé) après avoir eu du succès." Ajoutez à cela une personnalité lisse et vous obtenez un grand coureur, pas une star.
"Quand il n’est pas en forme, il est le premier à le dire, développe Wiggins. Il n’y a pas de 'bullshit' avec lui (…) pas de 'razzmatazz' (expression anglaise que l’on peut traduire par 'esbroufe' ou 'comportement tape-à-l’œil', NDLR)." Notre expert n’y voit rien de péjoratif. Geraint Thomas s’est fait oublier ? Tant mieux : "Vous n’attendiez pas grand-chose de lui cette saison et soudain, il surgit à deux semaines du Tour. C’est incroyable (…) J’ai toujours été son plus grand fan."
"Geraint Thomas est plus fort que Bradley Wiggins"
"C'est le plus sous-estimé, depuis qu'il a gagné le Tour de France, à chaque fois, il n'est jamais cité, partage Nicolas Fritsch. On croirait qu'il n'a jamais remporté le Tour, ni fait un autre podium." Le triomphe de Geraint Thomas en 2018 n'avait pas surpris l’ancien coureur français. Il était prévenu. "Un de mes meilleurs amis était membre du staff de Sky, explique-t-il. Il m'avait dit en 2011, ou début 2012 : 'Geraint Thomas est plus fort que Bradley Wiggins'."
Quelques semaines plus tard, Wiggins s'adjugeait la Grande Boucle. Thomas, médaillé d'or en poursuite par équipes aux Jeux Olympiques 2008 et 2012, n'avait pas fait sa mue. "A l'époque, il n'était pas encore très connu, poursuit le 3e du Tour de Suisse 2002. Mais dans tous les tests etc., il m'assurait que Geraint Thomas était le plus fort. Il a mis un peu plus de temps à arriver (au top sur route, NDLR), mais je ressors souvent ça à mon ami, en lui disant qu'il avait raison."
Geraint Thomas a 36 ans et n'a plus brillé sur trois semaines depuis 2019. Il y a donc, au-delà de son manque de reconnaissance par le grand public, une certaine logique dans son recul, loin des projecteurs. "Il est sous-estimé par rapport à ce qu'il a fait… et même par rapport à ce qu'il fait encore, aujourd'hui, nuance Fritsch. Tous les ans, il claque une course World Tour : le Tour de Romandie l'an dernier, le Tour de Suisse cette année."

Un Tour de Suisse en guise de rappel

Voué à être un équipier de luxe d'Adam Yates et de Daniel Martinez sur les routes helvètes (12-19 juin), le Gallois a pris le "lead", en interne, d'abord. Martinez a connu une entame poussive, Yates a quitté la course en raison d'un test positif au Covid-19 et Thomas a progressivement endossé le costume de favori d'une épreuve marquée par un amaigrissement du peloton (153 coureurs au départ, 76 à l'arrivée). Au point donc de l'emporter.
Certes, Aleksandr Vlasov était en tête après cinq étapes (non-partant lors de la sixième), mais Geraint Thomas a aussi fait belle impression. On l'a retrouvé conquérant en montagne, avec toujours sa capacité à réaliser un dernier kilomètre surpuissant, "en mode rouleau-compresseur", dixit Fritsch. Quant au chrono, l'ancien pistard a seulement échoué à 3 secondes de Remco Evenepoel lors de l'ultime étape, battant par exemple Stefan Küng.

Thomas dompte le Tour de Suisse, mais pas Evenepoel : le résumé de la dernière étape

Pas de quoi taper du poing sur la table à quelques jours du Tour de France (1-24 juillet), à en croire un Thomas habitué à l'abondance de biens. "Je ne vais pas perdre de temps exprès", a-t-il seulement avancé auprès de BBC Sport Wales, prêt à "aider les autres gars, ou tenter (sa) chance." C'est encore avec Martinez et Yates, coéquipiers "d'un calibre de vainqueur", que Geraint Thomas va partager le leadership lors de ce Tour qu'il aborde "détendu".

Une première semaine taillée pour lui ?

Thomas connaît la recette, à l'aube de sa douzième Grande Boucle. Il a été de six des sept sacres de Sky-INEOS. "Nous savons à quoi ressemble le Tour. La première semaine est juste folle, avec les pavés, quelques étapes qui promettent d'êtreventeuses… il s'agit de la traverser sans encombre et de voir où nous en serons", prévient-il. Et d'ajouter, innocemment : "Cette première semaine ne convient pas tellement à Adam (Yates) et Danny (Martinez)."

Un départ au Danemark, des pavés, l'Alpe d'Huez... La carte du Tour de France 2022 décryptée en 3D

Cette entame qui fait peur semble un peu plus dans les cordes de "G". Le contre-la-montre inaugural, long de 13,2 km à Copenhague, peut lui permettre de se placer. La suite a de quoi plaire à un coureur qui a déjà terminé dans le "Top 10" du Tour des Flandres et de Paris-Roubaix. "S'il ne tombe pas, il ne sera pas loin d'être maillot jaune lors de la première partie du Tour, avec un chrono, l'étape dure de Dunkerque, celle du pont, celle des pavés…", envisage Nicolas Fritsch.
Tout cela à une condition, donc : ne pas laisser de plumes sur le bitume. Une condition que Thomas a eu du mal à remplir ces dernières saisons, d'où sa relative période de disette. En 2020, le Giro aurait pu être un terrain d'expression intéressant pour lui, qui venait de prendre la 2e place de Tirreno-Adriatico, ou encore la 4e lors du contre-la-montre des Mondiaux. Mais une chute en roulant sur un bidon, avant le départ réel de la 3e étape, a tout compromis.

"Il est plus poissard que maladroit"

En 2021, un gadin rocambolesque lors du Tour de Romandie, son guidon glissant entre ses doigts gelés, a entretenu sa "légende" en la matière. Puis le Tour de France a été douloureux dans ce domaine, encore, et Thomas (41e) n'a pas été d'une grande aide pour Richard Carapaz (3e). "Il est plus poissard que maladroit. Ce n'est pas Van der Poel mais il fait partie des 10% des mecs super-techniques", pense Nicolas Fritsch, argument à l'appui.

Stupéfaction : Geraint Thomas a chuté à moins de 50 mètres de la ligne d'arrivée

"Quand tu es capable de faire des poursuites par équipes aux Jeux Olympiques, et donc de 'retomber' à un centimètre de la roue arrière de ton coéquipier, à 65 km/h, on peut considérer que tu es technique", rappelle-t-il, tandis que les chutes qui perturbent des destins ne sont, en rien, l'apanage de Thomas. Primoz Roglic, autre candidat à la tunique jaune, a vécu au moins autant de contretemps du même type que son adversaire britannique.

"En lice pour le podium", seulement ?

Alors, où placer Geraint Thomas dans la caste des potentiels lauréats ? "Il est en lice pour le podium", suggère prudemment Wiggins, malgré la confiance que Thomas lui inspire : "Je ne peux pas le sous-estimer parce que j’ai vu la qualité de cet homme depuis qu’il est junior." Tout semble indiquer qu’il est, au mieux, le troisième homme de l’équation… ce qui est déjà notable. "Il ne fait peut-être pas autant peur que Pogacar ou Roglic", concède ainsi "Wiggo".
Fritsch voit les deux Slovènes "un petit cran au-dessus" de Geraint Thomas. Mais "s'ils coincent, il peut gagner le Tour, parce que lui ne coincera pas à mon avis." Le Gallois de 36 ans est à ses yeux le trouble-fête numéro 1 : "Jonas Vingegaard, c'est particulier, on peut le mettre au niveau de Pogacar et Roglic, en fonction de la stratégie de Jumbo-Visma… Mais derrière, Thomas est au premier rang." Conclusion, sous forme d'avertissement : "Il est là, le vieux Geraint."

Geraint Thomas (Sky), buvant la traditionnelle coupe de champagne réservée au vainqueur du Tour, lors de la 21e et dernière étape

Crédit: Getty Images

Tour de France
La montée de l'Alpe la plus rapide depuis Landis en 2006
14/07/2022 À 20:37
Tour de France
Les débats du Tour : Verra-t-on une victoire française sur ce Tour ?
14/07/2022 À 19:26