Une pièce dans la machine. Et donc une nouvelle polémique internationale, comme à chaque fois lorsqu’il s’agit d’Antoine Griezmann et du FC Barcelone. Mercredi, lors d’un documentaire diffusé sur M6, l’oncle de l’attaquant des Bleus y est allé fort, estimant qu’au Barça, "ça ne travaille pas" : "J'étais persuadé qu'Antoine n'allait pas réussir les six premiers mois à Barcelone, mais je ne m'attendais pas à ce que ça dure un an quand même, explique ainsi Emmanuel Lopes. En plus avec Messi autour... Je sais ce qu'il se passe à l'intérieur, donc ce n'est pas facile".

Emballement immédiat et réactions en chaîne sur les sites spécialisés en France et en Espagne. Une mécanique de plus en plus fréquente le concernant. Début juillet, c’est son frère, Théo, qui supprimait rapidement deux tweets de déception après une utilisation parcimonieuse de son frère au Barça. Le lendemain, son père portait l’estocade s’attaquant directement à Quique Setién. Mardi, c’est son ancien conseiller, Eric Olhats qui critiquait le "régime de terreur" instauré par Lionel Messi au Barça.

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L'oncle de Griezmann attaque le Barça et Messi : "Ça ne travaille pas..."
12/11/2020 À 08:35

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Face à toutes ces sorties, une question s’impose d’emblée : et si cela se révélait nuisible sur le long terme ? "C’est compliqué de répondre à cette question, estime Frank Hocquemiller, fondateur de VIP Consulting, qui accompagne certaines stars du foot français dans leur communication. Dans l’absolu, ça ne devrait pas être une difficulté sauf que, parfois, son linge sale, il vaut mieux le laver en famille et discrètement plutôt que dans les médias". Sauf si c’est une stratégie délibérée pour faire passer des messages…

Affect et émotion, la maladresse des proches

Plus que le fond, c'est surtout la forme qu'il convient de maîtriser sur des sujets aussi brûlants : "Il faut faire attention et, parfois, l’entourage n’a pas forcément les codes, complète celui qui accompagne Lucas Hernandez ou Corentin Tolisso. Ça ne part pas d’un mauvais sentiment. En regardant le documentaire, on voit qu’il essaye de manier la chose avec des pincettes. Mais peut-être que le mieux aurait été de ne pas en parler du tout…"

Depuis ses débuts, Griezmann a ainsi choisi de miser sur sa famille, et plus précisément sa sœur, pour gérer sa communication. Un choix à double tranchant, selon Sarah Pitkowski, ancienne joueuse de tennis au plus haut niveau et responsable de l’Agence 15Love : "Il y a forcément plus d’affect quand ce sont les proches qui parlent, explique-t-elle. Donc, c’est maladroit. Si ses proches lisent des choses sur lui, ils vont les lire avec de l'affect, forcément". "Son oncle, on voit bien qu’il vit ça presque comme un supporter et que ça le ronge que son protégé ait une période délicate à gérer", complète Hocquemiller.

Alors, la solution serait-elle tout simplement de s'appuyer sur des professionnels du secteur, pour mettre les sentiments de côté ? "Disons que quelqu’un qui travaille à son service de manière professionnelle sera capable de prendre de la hauteur par rapport à quelque chose qui est publié", avance Pitkowski. "Ce ne serait pas gentil et gratuit de dire qu’ils ne sont pas professionnels, défend Hocquemiller avant de suivre le même raisonnement. Mais quand vous avez des grandes agences qui ont 20 ou 30 ans d’expérience derrière elles, elles ont forcément plus de ficelles à tirer pour arriver à passer des messages".

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Quotidien, "La Decision" et la spontanéité comme notion clé

Déroutant, Antoine Griezmann l’est assurément. Car le langage policé du football et cette fameuse langue de bois ne semblent pas faire partie de sa palette de communication. En 2017, sa réponse cash sur le plateau de Quotidien concernant un possible départ vers Manchester United, dont les chances étaient estimés "à 6 sur 10" par le principal intéressé, avait surpris tous les observateurs, habitués aux négociations de couloirs plutôt qu’aux sorties des joueurs au grand jour.

Tout comme ce choix, en 2018, d’avoir recours à "La Décision", cette prise de parole orchestrée pour annoncer son souhait de rester à l’Atlético plutôt que de partir au Barça. "Le premier couac, c’est quand Piqué lui fait tourner "La Decision", rembobine la responsable de l’Agence 15Love. Là, on a été choqué car ce n’est pas le personnage. On s’est dit 'qu’est-ce qu’il nous sert' ? On a voulu le faire rentrer dans une forme de scénario, de film pour partir, il a pris une volée de bois vert en retour et il est revenu à quelque chose de plus simple aujourd’hui". Un choix que le vestiaire barcelonais a aussi mis du temps à lui pardonner. "On a l’impression que le staff Griezmann apprend les rudiments de la communication", finit-elle par asséner.

Finalement, malgré les soubresauts, Griezmann est resté le même. C’est aussi tout le paradoxe d’un joueur qui a changé de statut mais pas de façon de faire. "Ce qu’on lui reproche aujourd’hui, c’est ce qu’on adorait hier, estime Sarah Pitkowski. Il a toujours été dans la franchise, dans l’humain, dans une forme de vérité, de simplicité. Il ne servait pas des phrases toutes faites, il mettait de l’émotion dans ce qu’il disait. C’est ce qui a permis de lui faire son image".

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Anachronique dans le monde de 2020 ?

Mais aujourd'hui, celle-ci se trouve ternie autant par des sorties mal maîtrisées que par une mauvaise passe qui n’a que trop duré. Le revers de la médaille est ainsi fait : si tout va bien sportivement, sa joie de vivre est communicative. Mais quand les choses tournent moins bien… "Je trouverais dommage de se barricader en fonction des performances, complète Pitkowski. Il faut rester dans l’humain. Donc, je ne lui conseillerais pas de ne rien dire. Parce que les gens veulent savoir. Et, quand les gens veulent savoir, il vaut mieux avoir une maîtrise sur sa communication, avec ses propres réseaux ou ses propres intermédiaires. Sauf que la manière dont c’est dit aujourd’hui, on le sent fragile. Et ça, ce n’est pas un bon message".

Au fond, après en avoir largement profité, Griezmann semble victime de son époque, celle d’un monde du foot aseptisé où chaque mot de travers le matin devient le sujet principal du talk-show du soir. Alors, anachronique Grizou ? "Oui, un peu, reconnaît Frank Hocquemiller. Mais c’est tout à son honneur. Quand un joueur est sincère, on ne peut pas lui en faire le reproche. A un moment donné, ça va devenir compliqué de répondre autre chose que des banalités qui n’intéressent personne. Ça vous donne un personnage plat qui n’intéresse ni le public, ni les partenaires, ni les clubs. Sa sincérité, il faut lui laisser". Reste à savoir si Messi et le Barça le perçoivent de la même façon.

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