La dernière fois que Lille a affronté le Paris Saint-Germain en championnat, il venait d'être remercié. C'était le 20 décembre dernier. Deux jours auparavant, le club nordiste officialisait le départ de Luis Campos en même temps que celui du président dont il était le conseiller, Gérard Lopez. À Pierre-Mauroy, les Dogues avaient accroché le champion de France en titre (0-0). Preuve que le grand chambardement fut finalement à peine perceptible. Un peu plus de trois mois plus tard, alors que les deux leaders de Ligue 1 se retrouvent lors du choc au sommet de la 31e journée, ce samedi (17h00), son absence ne devrait pas, une nouvelle fois, influencer directement le résultat du match.
Et pour cause : le plus souvent, Campos préférait se rendre invisible pour abattre un travail de l'ombre qui, s'il ne pouvait avoir de conséquences directes sur le match d'après, pesait très lourd sur la destinée à moyen et long-terme du club dans lequel il œuvrait. À tel point qu'il est devenu, au fil de ses deux expériences à Monaco puis à Lille, l'une des armes les plus efficaces pour mettre à mal la suprématie du PSG dans l'Hexagone. Sur les trois saisons qu'il a passées sur Le Rocher, l'ASM a affiché une balance neutre face au club de la capitale en L1 : 6 matches, 4 nuls, 1 défaite.
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L'année qui a suivi son départ, Monaco s'était offert le titre avec une équipe bâtie par le dénicheur portugais : Bernardo Silva, Thomas Lemar, Tiémoué Bakayoko, Djibril Sidibé ou encore Benjamin Mendy, tous membres du onze-type qui a mené l'ASM sur le toit de l'Hexagone en 2017, étaient passés sous ses radars.
J'avais besoin de prouver à tout le monde que je pouvais refaire à Lille, ce que j'avais réussi à Monaco. J'ai réussi
À Lille, le bilan des confrontations directes face au PSG durant le mandat du conseiller sportif n'est pas aussi favorable (6 défaites en 7 matches de championnat). Mais l'unique victoire du LOSC sur cette période (2016-2020) est aussi l'un des plus lourds revers subis par le Paris Saint-Germain depuis qu'il est passé sous pavillon qatarien.
C'était le 14 avril 2019. Ce soir-là, les Dogues avaient infligé une leçon aux Parisiens (5-1). À la mi-temps, dans les couloirs du stade, Nasser Al-Khelaïfi s'en était pris à l'arbitre de la rencontre : "Il faut monter le niveau du foot français." Campos avait immédiatement réagi : "Pas de pression sur l'arbitre ! Ici, ce n'est pas Paris. Ici, c'est Lille. Et Lille mérite du respect." Comme si le club nordiste avait changé de statut sous son influence.
Cette année-là, le LOSC s'était classé deuxième de Ligue 1, un an après avoir flirté avec la relégation. Aujourd'hui, Lille est l'autre candidat le plus sérieux au titre. En deux expériences assez similaires et relativement courtes, Campos a construit deux équipes capables de bousculer l'ogre parisien dans la conquête du titre, ce que ni Lyon ni l'OM n'ont pu faire avec des projets différents. "J'avais besoin de prouver à tout le monde que je pouvais refaire dans un autre club, à Lille, ce que j'avais réussi à Monaco, racontait-il en début d'année dans le podcast anglais The Transfer Window. J'ai réussi." Le tout grâce à une méthode unique en France... et en Europe.

1300 joueurs dans le radar et un voyage à la frontière syrienne

Campos travaille avec une équipe rapprochée de "scouts", des recruteurs envoyés plusieurs mois dans certaines régions du monde. Ceux-ci sont eux-mêmes entourés d'une poignée d'hommes chargés d'alimenter une base de données. La mine d'or de Campos : "Pour nous, c'est un luxe d'avoir accès à ce soft qui couvre jusqu'à la 3e division serbe et nous permet de suivre jusqu'à 1300 joueurs dans le détail chaque saison", expliquait Gérard Lopez au Figaro, en septembre 2019.
C'est ainsi que Zeki Celik, par exemple, a été repéré alors qu'il évoluait en 2e division turque. Le profil du latéral avait fini par être validé par Campos en personne. "Luis m'a observé plusieurs fois, avait raconté le joueur en conférence de presse. Il était venu me voir lors d'un match à la frontière syrienne. Le soir, on a mangé ensemble dans un restaurant. Et aujourd'hui, je suis très heureux d'être ici." Lorsqu'il s'engage avec un club, Campos lui fait payer l'accès à cette base de données. Le Portugais sait ce qu'elle vaut. Les clubs aussi.

Luis Campos, conseiller du président du LOSC Gérard Lopez

Crédit: Getty Images

Ces derniers mois, de très nombreuses écuries européennes auraient fait sonner le téléphone de l'homme de 56 ans, un temps envoyé au Milan, puis à Tottenham, et même au Real Madrid. Tous rêveraient de s'attacher les services d'un homme capable de faire des miracles sur chaque fenêtre de mercato.

Et maintenant, un projet en péril ?

À Monaco comme à Lille, la balance des transferts effectués sous sa direction est toujours restée positive. Sur le Rocher, aucun joueur qu'il a recruté n'a coûté plus de 15,75 millions d'euros - le prix de Bernardo Silva, qui en a rapporté 50 après son transfert à Manchester City trois ans plus tard. Au LOSC, les indemnités de transfert ont grimpé plus haut (27 millions pour Jonathan David, 22,40 millions pour Victor Osimhen). Conséquence d'un marché qui n'a cessé d'enfler. Prix à payer pour concurrencer un PSG toujours mieux armé.
Ce samedi, Luis Campos ne sera pas dans la coulisse du Parc des Princes pour voir ses trouvailles à l'œuvre ou faire baisser la pression autour des arbitres. Mais si le LOSC parvient à faire vaciller le PSG, il n'y sera pas étranger. Car la plupart des joueurs que Christophe Galtier devraient aligner ont été recrutés par le grand manitou portugais.
David, Bamba, Yazici, Ikoné, Botman... des jeunes talents qui, à coup sûr, rapporteront gros aux nouveaux actionnaires lillois. Qu'il y ait un succès samedi ou non. Qu'il y ait un titre de champion de France au bout ou non. Mais cette fois, ils pourraient ne pas être remplacés. Du moins, pas aussi bien qu'avant. C'est en tout cas ce qu'avait laissé entendre Christophe Galtier en novembre dernier : "Ça pourrait fragiliser le travail de tout le monde. Le projet, tout simplement."

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