C'est un big bang que beaucoup pensent impensable. Mais qui prend de plus en plus d'épaisseur au fil des années. Un nouveau projet de "Super Ligue" en Europe a encore été évoqué ces dernières semaines. Sky Sports a d'abord révélé les contours d'un projet visiblement assez concret et bien avancé. Et quelques jours après, Josep Maria Bartomeu a mis le feu en poudre lors de l'annonce de sa démission en révélant que le FC Barcelone avait accepté "les prérequis pour participer à une future Super Ligue européenne". Depuis, il demeure cette impression que l'Europe n'a jamais été aussi proche de se retrouver face à une révolution.

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Le football européen vit sur cette faille depuis des années maintenant. Cette idée d'un championnat fermé entre les grosses cylindrées du Vieux Continent est même une vieille rengaine depuis la fin des années 1990. Régulièrement, ce sujet revient sur le devant de la scène. Et non sans un but précis. "Ce serpent de mer est toujours utilisé par les grands clubs pour rappeler qu'il ne faut pas trop les ponctionner et entraver leur développement, nous explique Loïc Ravenel, chercheur à l'observatoire du football CIES, à Genève. Il sert aussi pour essayer d'avoir des concessions sur des compétitions existantes. Les différentes modifications de la Ligue des champions ont ainsi régulièrement été liées à ces pressions".

Participants possibles, milliards et rôle de la FIFA : tout savoir sur la Super Ligue Européenne

A chaque fois, ça avance un petit peu

En clair, les puissants utilisent le spectre de ce projet pour pousser l'UEFA à diminuer l'incertitude du sport au profit de leur confort économique. Et ce n'est d'ailleurs sûrement pas un hasard si cela revient encore une fois, alors qu'une réforme de la Ligue des champions est déjà discutée pour 2024 à l'issue du terme du contrat actuel de droits télévisés. Alors, est-ce tout simplement un nouveau coup de bluff afin d'obtenir gain de cause pour la future C1 ? C'est possible. Cependant, cette Super Ligue qui pourrait rassembler entre 16 et 18 clubs des principaux championnats, inspirée des modèles nord-américains comme la NBA ou la NFL, et où l'argent coulerait à flots (Sky Sports annonce "des centaines de millions de livres sterling" pour chaque participant), n'est peut-être pas qu'une simple chimère.

En 2018, les Football Leaks via Mediapart avaient déjà révélé qu'un projet était dans les cartons. En 2019, c'est le New York Times qui avait prévenu que Gianni Infantino, le président de la FIFA, et Florentino Pérez, celui du Real Madrid, planchaient sur une initiative de ce type. Et un an plus tard, c'est donc une nouvelle ébauche qui sort dans la presse. Avec en toile de fond cette crise liée à la pandémie du Covid-19 qui rabat les cartes et peut pousser les clubs à chercher d'autres revenus assurés à chaque début de saison. Cela fait beaucoup en peu de temps. "A chaque fois et même si l'UEFA a accepté les desiderata des grands clubs, ça avance un petit peu. Or une période de crise favorise souvent la mise à plat du système ou un certain nombre de révolutions", prévient Loïc Ravenel.

Real Madrid President Florentino Perez (R) speaks with FIFA President Gianni Infantino

Crédit: Getty Images

La rivalité FIFA-UEFA au cœur du sujet : "Cette fois, la FIFA soutient ce projet"…

Le désir accru des riches écuries du Vieux Continent d'aller récupérer des millions d'euros sans les contraintes imposées par l'UEFA et sans les risques de l'incertitude du sport pourrait bien pousser à la réalisation de cette Super Ligue, qui viendrait mettre à mal la Ligue des champions. Mais la cupidité des puissants clubs européens n'est pas la seule raison qui pourrait vraiment pousser à la naissance réelle de ce format novateur. La rivalité FIFA-UEFA n'y serait aussi pas étrangère.

L'instance internationale est selon Sky Sports derrière ce nouveau projet, même si elle indique "n'avoir connaissance d'aucun accord" à ce sujet. Depuis quelques années et même si elle chapote le football mondial, la FIFA tente en effet "de trouver des sources de revenus additionnelles", analyse Kieran Maguire, économiste du football à l'Université de Liverpool. Et s'oppose à la puissante UEFA en tentant d'empiéter sur ses plates-bandes en s'immisçant dans les compétitions de club.

Gianni Infantino, le président de la FIFA, face à Aleksander Ceferin, son homolgue à l'UEFA

Crédit: Getty Images

Des institutions qui économiquement sont concurrentes

L'élargissement de la Coupe du monde de clubs avec au moins huit formations européennes conviées avait déjà illustré cette tendance. Ce projet de Super Ligue n'est qu'une nouvelle pierre posée dans le jardin de ce conflit. "Au-delà, du traditionnel bras de fer entre les clubs et l'UEFA se rajoute cette fois une dimension politique à travers l'opposition entre la FIFA et l'UEFA avec une lutte de pouvoir sous-jacente. Car on est face à une sorte d'émancipation de l'UEFA, notamment politique sur la manière de gérer le football car c'est une puissance financière", explique Loïc Ravenel.

En montant sa propre compétition, la FIFA tenterait ainsi de concurrencer directement la Ligue des champions, cette poule aux œufs d'or de l'UEFA. "Ce sont des institutions qui économiquement sont concurrentes à travers leur projet pour les clubs et les équipes nationales", ajoute le chercheur du CIES. Reste à savoir si cela va vraiment voir le jour. "De plus en plus de signes montrent qu'on y va, estime encore Loïc Ravenel. Si on observe déjà cette tendance depuis quelques années, on arrivera alors à une véritable sécession des grands clubs avec le reste du football et une situation avec une élite déconnectée". Le paysage du football européen se retrouverait chamboulé. Mais certains géants ont d'autres ambitions. Plus centrées sur leurs comptes.

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