Une question s’est peut-être imposée à votre esprit, à la lecture de l’entretien que nous a accordé Pascal Dupraz : peut-on être, à la fois, un manager hors-pair et un grand tacticien ? Le nouveau guide des Verts revendique son aptitude à connaître ses joueurs, humainement, tout en exprimant un relatif désintérêt pour les débats sur le jeu. Si un entraîneur devait prouver qu’il n’existe pas d’incompatibilité entre ces deux facettes du métier, ce serait probablement Pep Guardiola.
On lui attribue plus aisément la casquette de théoricien que de praticien, tant son empreinte tactique est forte, mais le coach espagnol brille aussi par sa gestion des hommes. Il le faut pour durer à Manchester City - depuis 2016 -, avec un effectif si pléthorique, notamment dans le secteur offensif. Guardiola assume son parti pris de ne pas graver de hiérarchie dans le marbre et cela paie globalement.
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Le coup de blues de Sterling

Illustration avec Raheem Sterling. Après onze journées de Premier League, l’international anglais ne compte que trois titularisations, pour un but. Il laisse entendre qu’il pourrait partir, son cas fait jaser la presse britannique et City est "seulement" dans la course au titre. Deux mois plus tard, les Skyblues caracolent en tête et Sterling peut se targuer de sept réalisations.
Une réussite cyclique caractéristique de nombreux milieux et attaquants de Manchester City, depuis quelques années. Riyad Mahrez et Bernardo Silva ont tour à tour été très discrets et irrésistibles, ces derniers mois. Ilkay Gündogan a été touché par la grâce, proche du but adverse, l'hiver dernier. L’éclosion de Phil Foden n’est pas aussi spectaculaire que la hype qu’il suscite, mais il est par séquences déterminant.
Cela ne constitue pas une force absolue pour Pep Guardiola, tant avoir des pièces maîtresses dont l’apport est régulier peut être précieux. Mais cette capacité à maintenir ses joueurs concernés au gré de ces fluctuations est à mettre à son crédit, en plus de lui offrir un atout : la menace mancunienne est plurielle et imprévisible, à l’échelle d’une saison.

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Exigence et compliments

Tout le monde est logé à la même enseigne. Jack Grealish, recruté pour 117,5 millions d’euros cet été, n’a ainsi débuté "que" treize matches sur vingt-et-un en championnat. Un inconvénient ? L’émulation qui naît de la concurrence peut vite se transformer en frustration. Pour que la situation soit tenable, l’ancien entraîneur du Barça a besoin de l’adhésion des stars à son fonctionnement.
Cela passe par une certaine proximité avec son groupe. Un lien qui n’est pas aussi ostentatoire que celui qui unit le paternaliste Jürgen Klopp et ses joueurs, par exemple, du côté de Liverpool. Mais Guardiola doit instaurer un relationnel avec la pléiade de talents dont il dispose, pour que la rigueur qu’il demande soit entendue. Le cas échéant, il peut distiller les compliments.
Je fais très attention au comportement, sur et en dehors du terrain…
"Je suis tellement content pour lui, il nous apporte beaucoup et il va se battre pour faire de mieux en mieux, déclarait-il fin novembre, concernant la façon dont Sterling, buteur face au PSG lors d’une victoire 2-1 en C1, commençait à remonter la pente. J’ai toujours dit à mes joueurs : ‘Soyez exigeants mais ne vous mettez pas trop de pression sur les épaules’ (…) Dans une carrière, vous ne pouvez pas être à 10/10 tout le temps. Il y a des hauts et des bas. Ce qui compte, c’est que les bas ne le soient pas trop."
Il y a le versant communication mais il y a les faits, aussi. Guardiola sait sévir. Le 19 décembre dernier, Grealish et Foden n’ont pas joué une minute, lors du succès à Newcastle (0-4). Une sanction due à une sortie nocturne, d’après The Daily Telegraph. "Si les joueurs pensent que j’ai ‘fait tourner’, ils se trompent, avait malicieusement confirmé à demi-mot l’entraîneur de 50 ans. Je fais très attention au comportement, sur et en dehors du terrain, et si celui-ci n’est pas approprié, le joueur ne joue pas."

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Les limites de l’absence de continuité

Le tableau n’est cependant pas idyllique. Le récent départ de Ferran Torres au FC Barcelone en atteste : la méthode Guardiola ne convainc pas 100% de ses attaquants. Quant au pari, managérial et tactique, de ne pas avoir de "onze type", il a fait ses preuves mais a également montré ses limites. La composition osée concoctée pour la finale de la dernière Ligue des champions, et l’issue de ce match, en ont été un cinglant rappel.
Le Chelsea cohérent de Thomas Tuchel avait pris le dessus sur le City déstructuré de Pep Guardiola, où les créateurs pullulaient et dont l’équilibre semblait précaire. Samedi en Premier League, Tuchel et Guardiola vont de nouveau s’affronter lors de la 22e journée (13h30), à la tête de leurs armadas respectives. Avec dix points d’avance sur son dauphin, Manchester peut s’envoler. A l’aller, c’est Gabriel Jesus qui avait contrarié Stamford Bridge. Qui sait de qui viendra cette fois le danger ?

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