Deux Grands Prix auront suffi. Après des années de duels fantasmés, d'oppositions éphémères ou conjoncturelles, Lewis Hamilton n'a pas eu besoin de plus d'épreuves pour comprendre que le défi proposé cette saison par Max Verstappen n'avait pas grand-chose à voir avec les tentatives, vaines, de Sebastian Vettel ou de son coéquipier Valtteri Bottas. Pour le champion du monde, la conquête d'une huitième couronne, qui l'installerait seul sur le trône, s'annonce longue et pénible. Peut-être plus encore qu'en 2016, unique année où son règne s'est interrompu durant l'ère hybride, au bénéfice de Nico Rosberg.
Elle sera différente, assurément, puisque Verstappen est à peu près tout ce que n'était pas l'Allemand. Finalement, leur seul point commun aura été d'être patients avant de devenir des candidats crédibles. Le prodige batave a vécu cinq saisons dans l'ombre d'une bataille à laquelle sa monture ne lui permettait pas de se mêler. Pour Rosberg, c'était carrément une vie. Le fils de Keke a découvert la compétition aux côtés du Britannique. Il l'a supportée, tant bien que mal, malgré des années de frustration, du karting à la F1, où il aura régulièrement été dominé par son ami d'enfance. Au point de développer un complexe d'infériorité.
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"J'ai passé beaucoup de temps à faire de la préparation psychologique, expliquait-il à Reuters en 2019. Tous les deux jours, je travaillais avec un psychologue pendant deux heures pour devenir plus dur et plus concentré." A l'inverse, Verstappen s'est toujours agacé lorsque l'idée d'être accompagné mentalement, du fait de son jeune âge, lui était soumise. "Mad Max" est, plus encore que ne l'était Hamilton, programmé pour gagner. Chaque année depuis qu'il est en F1, le Néerlandais est interrogé sur la domination du champion de Stevenage. Et s'il a toujours reconnu le talent du pilote Mercedes, il n'a jamais admis sa supériorité.

Verstappen a le "mind-game" dans son ADN

"Il est très bon, c'est l'un des tout meilleurs, mais ce n'est pas Dieu", lâchait-il avant le début de la saison dernière. Réponse du rival : "J'ai toujours préféré répondre en piste. J'ai tendance à interpréter ce genre de réactions comme un signe de faiblesse." Le Batave dit constamment ce qu'il pense, sans jamais se soucier de l'enjeu ou des éventuelles conséquences. Rosberg, lui, avait appris le "mind-game" au contact du maître en la matière, Michael Schumacher. Et il en avait fait une arme pour déstabiliser Hamilton. "La bataille psychologique était très important dans notre duel, expliquait l'Allemand. Mais c'était la première fois que je devais faire cela de manière aussi intense."

Max Verstappen (Red Bull) félicité par Lewis Hamilton (Mercedes) après sa victoire à Imola - Grand Prix d'Emilie-Romagne 2021

Crédit: Getty Images

Verstappen, lui, se prend au jeu naturellement. "Je pense que nous n'avons pas réussi à véritablement le tester sur le plan du stress jusqu'à présent, soulignait-il au sujet d'Hamilton il y a un an. Il a juste été un peu trop à l'aise. Je suis simplement très motivé à l'idée de tenter le coup. Je pense qu'il le sait." Consciemment ou non, le leader de Red Bull semble s'abstenir un peu plus depuis les essais hivernaux, où il a découvert, comme tout le monde, qu'il dispose enfin du matériel dont il a besoin pour challenger le Britannique.
Le chouchou de l'écurie autrichienne n'a que 23 ans mais il maîtrise finalement une grande partie des instruments dont a usé Rosberg pour venir à bout de "King Lewis". Il l'a encore démontré à Imola, dimanche dernier, dès la première chicane. Au duel avec son rival, roues contre roues, le Néerlandais a flirté avec la limite réglementaire. Sans la dépasser. Après la course, il a livré tout un tas d'explication, plus ou moins valables, pour justifier une manoeuvre qui a poussé Hamilton en dehors de la piste. Sûr de lui, il a même certifié qu'il n'y avait pas eu de contact... ce que le septuple champion du monde en titre s'est empressé de démentir.

Et si Verstappen avait un avantage psychologique... en piste ?

Verstappen ferait-il aussi... du Hamilton ? "C'est tout simplement incroyable de voir la faculté avec laquelle Lewis positionne sa voiture si intelligemment, notait Rosberg dans une vidéo diffusée sur la chaîne YouTube de la F1. Chaque fois que j'essayais de me mettre à sa hauteur, il réussissait toujours à rester dans la zone grise. Il était très habile pour rester dans la zone grise sans jamais faire quelque chose qui soit à 100% de sa faute. Ces batailles roues contre roues, c'est une énorme force chez lui."
Avec Verstappen, Hamilton préfère pourtant les éviter, même si la manière avec laquelle il a défendu sa position à Bahreïn, lors du premier Grand Prix, tend plutôt à prouver le contraire. En piste, le pilote Mercedes se méfie du Néerlandais comme de la peste. Comme tout le monde. Le fils de Jos est réputé pour son agressivité et l'évolution de son comportement vers une attitude plus mature ne l'a pas dissipée. En 2019, au Mexique, le septuple champion du monde avait qualifié le Batave "d'aimant à collisions", avant de faire la paix, une semaine plus tard, à Austin. Depuis, il a conservé quelques précautions en course. Et la bataille d'Imola ne l'a certainement pas convaincu de les ranger.

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