Du haut de ses vingt ans et de ses 159 centimètres, Yuki Tsunoda n'avait pas franchement de quoi prendre la lumière. Surtout à l'entame d'un hiver que Lewis Hamilton a fait traîner en longueur, avant de parapher son contrat pour mettre fin à un interminable suspense. Dans un mercato monopolisé par le septuple champion du monde et agité par la promotion de Mick Schumacher, le jeune Japonais a débarqué discrètement, héritant du baquet de Daniil Kvyat, condamné depuis des lustres.
Tsunoda, lui, n'avait ni un palmarès long comme le bras, ni le nom d'un illustre champion de la discipline pour faire parler de lui. Mais après une courte série de tests et un premier Grand Prix à Bahreïn, le premier pilote de la génération Z en F1 est sorti du bois. À Sakhir, il avait bouclé les essais de pré-saison à un souffle (0"093) du chrono de Max Verstappen. Lors de la manche inaugurale, il s'est offert ses deux premiers points au prix de dépassements musclés sur Fernando Alonso et Lance Stroll, dans le dernier tour. Pile ce qu'il manquait pour lancer la "hype".
Grand Prix d'Émilie-Romagne
On peut souffler chez Alpine : la pénalité contre Räikkönen à Imola est maintenue
02/05/2021 À 20:04
Car s'il n'a encore rien prouvé, Tsunoda a déjà tout pour être la nouvelle coqueluche : du caractère dans le casque, du culot en piste, de la bonhomie en dehors. Le Japonais s'est amouraché pour le sport auto sur le tard, il a miraculeusement explosé en F2 la saison dernière et se rêve champion du monde de F1. Comme son idole Jenson Button, dont il a récupéré le numéro 22. Son sens de la formule fait mouche, sa personnalité et son style aussi. Avant le début de la saison, le pilote nippon avait promis de surprendre par son agressivité. Il a déjà tenu parole.

Tous conquis par Yuki

Au fond, il est tout ce que les promoteurs de la F1 adorent. Un pilote capable d'attirer l'oeil d'un public nouveau, plus jeune, dont la consommation de ce sport s'est déportée sur les plates-formes numériques : Twitter, YouTube, Netlix, Twitch. Sur les réseaux sociaux, on a déjà vu tourner en boucle la petite colère qu'il a poussée à la radio après s'être retrouvé dans le trafic aux essais libres. Ses attaques sur Stroll et Alonso, télégéniques, ont été diffusées et rediffusées sous tous les angles. Bref, la machine médiatique est déjà emballée. Et tout le monde - ou presque, on y reviendra - a à y gagner.
Avec ce vent de fraîcheur venu de Sagamihara, la F1 dispose d'une nouvelle arme pour (re)conquérir le Japon, immense nation à l'échelle de l'industrie automobile et anomalie du palmarès. Le pays du Soleil levant cherche encore un champion du monde, un premier vainqueur de Grand Prix, un chouchou à aimer d'une folle passion comme ce fut le cas avec Ayrton Senna. "Les fans européens ont plus réagi que ceux du Japon, a révélé Tsunoda dans une vidéo diffusée par son écurie. C'est culturel : les fans japonais veulent voir ce que je fais sur quelques courses avant de se forger une opinion. J'ai été surpris par cette réaction en Europe."

"Aujourd'hui, on a moins peur de dire que la préparation mentale fait partie de la vie d'un pilote"

Peut-être a-t-il été surpris, aussi, par la prédiction d'Helmut Marko, qui l'imagine déjà premier champion du monde japonais de l'histoire. Le conseiller de Red Bull n'a pas toujours été si élogieux avec les grappes de talent qu'il a vues passer. Mais Tsunoda a quelque chose que d'autres n'avaient pas ; depuis ses premières courses au sein du championnat local de Formule 4 - catégorie dans laquelle il a décroché son unique titre - jusqu'à ce jour, il a bénéficié de l'indéfectible soutien de Honda.

Gasly, modèle et tremplin

Cela tombe bien : ces derniers mois, le motoriste de Red Bull a considérablement renforcé ses liens avec l'écurie autrichienne, après avoir acté son retrait de la discipline à l'issue de la saison. AlphaTauri aussi, peut se frotter les mains : déjà poil à gratter de la grille la saison dernière grâce aux performances remarquables et remarquées de Pierre Gasly, la structure de Faenza dispose maintenant d'un binôme spectaculaire. Et compte bien en profiter.

Branle-bas de combat chez Mercedes en vue de 2022

"Avec Pierre aux côtés de Yuki, nous avons un pilote expérimenté, qui peut aider notre recrue à se développer plus rapidement, mais nous pouvons aussi viser de bons résultats, expliquait Franz Tost, patron de l'écurie, lors de la présentation de la monoplace. Pierre est très compétent mais il a aussi l'expérience pour être un leader d'équipe. Chaque pilote se compare à son coéquipier, donc plus ce dernier est meilleur, plus vous devez vous améliorer."
Mais à ce petit jeu, et dans cette conjoncture, l'un a probablement plus à gagner que l'autre. Boudé par les dirigeants de l'équipe autrichienne après avoir bluffé tout son monde la saison dernière, Gasly doit espérer un miracle pour bénéficier d'une deuxième chance chez Red Bull. Tsunoda, lui, a déjà le vent en poupe. Et une opportunité dans un petit coin de la tête. Après tout, même le patron de l'écurie-mère, Christian Horner, imagine Max Verstappen en tête de liste pour succéder à Lewis Hamilton chez Mercedes.
Grand Prix d'Émilie-Romagne
Avec Verstappen, Hamilton face au défi de l'anti-Rosberg
21/04/2021 À 23:43
Grand Prix d'Émilie-Romagne
"L'écart entre McLaren et Ferrari est plus grand qu'il n'y paraît"
20/04/2021 À 15:11