Qu'est-ce qui change en 2021 ?

Pas grand chose. La révolution de la règlementation a été repoussée pour la saison 2022. La plupart des F1 de la grille ne seront que des évolutions. La monoplace la plus modifiée a été la McLaren, seule écurie à avoir changé son bloc propulseur en passant de Renault à Mercedes. Il a fallu refaire toute la partie carrosserie arrière pour intégrer le moteur Mercedes qui dispose d'une structure différente de celui de Renault.
Revenons aux changements de 2021. Voici les principaux :
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06/04/2021 À 17:54
  • Le fond plat change : il a été demandé de les raboter de 10 centimètres et d'enlever les encoches, situées devant les roues arrières. L'idée principale de ce changement est de réduire l'efficacité du fond plat, donc réduire la vitesse, et de permettre de préserver les pneus Pirelli. Le problème pour les écuries a été de totalement retravailler l'aéro de la voiture, d'où le très gros travail avec les grilles et la peinture verte (le Flow-vis) en pré-saison.
  • Le châssis, la base de la voiture, reste le même. La FIA a gelé les pièces et seules quelques menues modifications ont été autorisées. La carrosserie, elle, peut être modifiée. On revient avec l'exemple McLaren qui a été obligé de la refaire pour le moteur Mercedes. Les pièces aérodynamiques ont aussi la possibilité d'être changées. Ce sera là qu'on verra le plus d'innovations, notamment chez Mercedes.
  • Les motoristes ont été autorisés à modifier 4 des 7 éléments moteur pour le premier Grand Prix de la saison. Le moteur ne pourra plus être modifié après. S'il est raté, ce sera compliqué.

Quels sont les vrais problèmes de la Mercedes ?

Qu’on se le dise : oui, Mercedes a un peu bluffé lors des trois journées de tests hivernaux sur le circuit de Bahreïn la semaine dernière. Les flèches d’argent, devenues flèches noires avec une notion d’argent, n’ont pas vraiment utilisé la W12 à son potentiel maximum. C’est dans la continuité des dernières saisons et c’est le jeu.
En revanche, Mercedes n’a pas bluffé sur les petits problèmes rencontrés durant les trois jours de préparation. Privée des tests internes, ceux réservés à la promotion et dont l'importance est connue, l’écurie allemande a découvert sa W12 de manière un peu brute, sur le tas, sans le traditionnel roulage de sécurité. C’est principalement l’instabilité de l’arrière qui a marqué. Car c’est une nouveauté pour elle d’avoir une voiture aussi baladeuse et capricieuse. Le problème rencontré avec la boite de vitesses a été ciblé. Tout sera-t-il résolu pour ce début de saison ? Sur ce que l'on sait du fonctionnement de l'écurie dominante, le oui l'emporterait. Mercedes détecte rapidement les failles et sait les régler avec efficacité.
Toto Wolff l’a reconnu : oui Mercedes n’avait jamais autant souffert en préparant une saison. L’Allemand a mis en avant les délais trop courts pour les tests, et surtout pointé du doigt le changement de règlementation de 2021 pour l'aéro. "On a plus souffert que les autres", a-t-il glissé à Canal +. Mais il a aussi promis de grosses nouveautés pour le Grand Prix d’ouverture. La W12 ne sera peut-être pas optimisée pour exploiter tout son potentiel ce week-end, mais elle sera forcément innovante.

"La Mercedes ressemble à un vrai piège cette année"

Hamilton est-il toujours motivé ?

L'intersaison de Mercedes a été mouvementée en coulisses. L'écurie allemande a dû travailler d'arrache-pieds à la prolongation de Lewis Hamilton. Celle-ci n'a été officialisée que le 8 février dernier. Un timing bien trop long pour dire que tout va bien. En tous cas, Hamilton n'a prolongé que d'un an et ses hautes prétentions salariales n'ont pas aidé à faire accélérer les choses. Il faudra de toute façon se replonger rapidement dans les négociations au début de l'été car la saison 2022 arrive vite et Mercedes doit savoir avec qui il se plongera dans le futur.
Lors des tests hivernaux, difficile de dire qu'on a vu un grand Lewis Hamilton. Le septuple champion du monde a fait connaissance avec sa W12 et il a eu un peu de mal à la piloter. Quelques erreurs de pilotage, adaptation un peu difficile à la complexité de la monoplace, le champion a semblé un peu en retrait. Compétiteur né, il sera probablement dans un autre état d'esprit ce week-end. Hamilton, c'est avant tout un "racer'.
Le duel annoncé avec Max Verstappen va peut-être lui faire du bien. N'oublions pas non plus qu'il vise le record absolu de titres de champion du monde, ce qui le laisserait tout seul en haut du palmarès de la F1. Difficile de replonger si on n'aime pas l'adrénaline et la bagarre. Lewis Hamilton est-il toujours motivé ? Oui car il est né pour piloter.

Verstappen va-t-il concurrencer Hamilton pour le titre ?

On se mouille : oui. On ne se mouille pas totalement : pas forcément pendant toute la saison. Les écuries pourront utiliser leurs jetons pour ajuster leurs monoplaces au cours de l'année et fort probable que le début de saison ne soit en trompe-l'oeil pour la bagarre pour le titre. Dans le cas de Red Bull, tout indique que l'écurie autrichienne va carburer d'entrée. Elle n'a connu aucun problème majeur à Bahrein, lors des essais, tout en étant la quatrième écurie à avoir le moins roulé (369 tours). Pour elle, ce n'est pas inquiétant.

Une fin de saison en trombe : comment Verstappen pourrait titiller Hamilton en 2021

Max Verstappen a musclé le jeu comme s'il était engagé dans un week-end de Grand Prix. Très agressif sur la piste de Sakhir, le Néerlandais a laissé sa carte de visite en signant le meilleur temps absolu des essais hivernaux en 1'28"960. Si les chronos ne veulent pas dire grand chose, l'attitude déterminée de Verstappen en a dit beaucoup sur ses intentions. Il veut se bagarrer avec Hamilton et Mercedes pour le titre de champion du monde. Il a le niveau de pilotage pour. A priori, il aura une voiture assez stable pour faire mieux qu'en 2020. Mais son sort dépendra aussi de Mercedes. Il est prisonnier du sort de la W12.

Ferrari va-t-il retrouver son niveau d'avant ?

Que dit-on par niveau d'avant ? Simplement celui où la Scuderia pouvait gagner des courses, donc on parle bien du niveau affiché lors de la décennie 2010. A priori, la réponse à la question semble non. Ferrari a fait des progrès assez conséquents sur son bloc propulseur, ce qui est déjà beaucoup, mais le reste de la voiture est quasiment la même que celle de 2020. Et c'est ça le problème : c'est une voiture qui ne pourra pas jouer le titre, alors que l'histoire de la Scuderia lui dit que c'est une obligation.
La SF-21 est une évolution de la monoplace de 2020. La Scuderia a principalement revu sa copie à l'arrière pour intégrer son nouveau moteur et stabiliser sa monoplace, trop violente dans sa façon de réagir. C'est aussi pour ça que Sebastian Vettel a complètement sombré en 2020 : son train arrière l'empêchait d'exprimer son style de pilotage. Si ce problème est réglé, Ferrari pourra se battre pour être la troisième force du plateau. Mais les essais hivernaux ont légèrement miné l'élan d'optimisme. Il y a peut-être des petits soucis de fiabilité dans l'air.

Carlos Sainz (Ferrari) lors des tests 2021 à Sakhir

Crédit: Getty Images

Sainz va-t-il battre Leclerc ?

L'Espagnol ne paye pas de mine comme ça, mais c'est un élément important dans une écurie. Homme posé, et pilote à la faculté d'adaptation très développée, il va permettre à la SF-21 d'être ce qu'elle est. Rapide et régulier, il n'évolue jamais en-dessous d'un certain niveau. Il est un peu devenu la valeur étalon de la grille pour situer son niveau. Il est bien meilleur pilote que le public ne peut le penser. Sainz c'est surtout une étiquette de "fils de" qu'on lui a collé lorsqu'il a débarqué en Formule 1 chez Toro Rosso en 2015. S'il réussit chez Ferrari, il s'en débarassera.
Est-il un danger pour Charles Leclerc ? Clairement. Le fils de Carlos Sainz sort de deux saisons régulières avec McLaren et il a maîtrisé Lando Norris avec assurance en faisant fi des problèmes de la MCL35, moins performante en course qu'en qualification. Sa fin de Grand Prix d'Italie 2020, où il chassait Pierre Gasly avec conviction, est là pour le prouver : il n'a commis ce jour-là aucune erreur en tant que chasseur.
Si le Français avait commis la moindre faute, il serait aller chercher cette première victoire qu'il convoite plus que tout. Sainz est dangereux parce qu'il a beaucoup d'ambition. Dans cette première bataille, Leclerc aura pour lui de bien connaître sa monture. Il en a tiré le maximum, et même plus, la saison dernière.

Alonso va-t-il réussir son retour ?

Les tests hivernaux ont rassuré tout le monde : Fernando Alonso va bien. Déjà, il semble s'être très bien remis de son accident à vélo survenu au mois de février. C'est un détail très important. Au niveau du pilotage, les tests à Bahreïn ont rassuré tout le monde : l'Asturien est affamé. Il n'a rien perdu de son style pilotage, très engagé, et ça promet... si l'Alpine est au rendez-vous.
Cette évolution de la Renault de 2020 devrait permettre à Alonso de combattre avec le milieu de grille pour devenir la 3e force du plateau, mais a priori ce sera au meilleur des cas pour des podiums. Pas plus. "Nous savons que cette année, ce ne sera pas possible de jouer les titres parce que les règlements sont un peu différents, mais fondamentalement les mêmes que les années précédentes, donc je ne vois pas de miracles se produire à ce niveau", a concédé l'Espagnol dans un entretien donné à la BBC mercredi. Alonso est de retour, oui, mais son retour est aussi motivé par la révolution de 2022, celle qui remettra la bagarre au centre des débats.

Fernando Alonso (Alpine) lors des tests 2021 à Sakhir

Crédit: Getty Images

Vettel pilote-t-il une Mercedes ?

La réponse est oui ! En allant chez Aston Martin, l'Allemand va piloter pour la première fois de sa carrière en Formule 1 un moteur Mercedes. C'est fou à dire, mais le quadruple champion du monde n'en a jamais eu un entre ses mains en 14 saisons en Formule 1. Pas besoin de faire des mystères, l'Aston Martin est un décalque de la Mercedes. Et sa devancière, la structure Racing Point, a payé cher pour le savoir lors du début de saison 2020 avec l'affaire des Mercedes rose.
Si la base de la voiture est bonne, et qu'elle sera rapide, car le bloc propulseur Mercedes est le meilleur, restera à voir si elle sera fiable. Vu les problèmes rencontrés lors des test à Bahreïn, pas sûr que le début de saison du revenant Aston Martin soit franchement bon. L'écurie dirigée par Lawrence Stroll, nouvel actionnaire d'Aston Martin à hauteur de 25%, a eu les mêmes problèmes que Mercedes avec sa boite de vitesses, qui est la même, et l'écurie britannique a été la plus en difficulté en pré-saison.
Vettel, qui a besoin de beaucoup tourner, pour être en phase avec sa monture, a été le pilote de le grille 2021 qui a le moins roulé en trois jours de tests (117 tours). Pas évident au moment de relancer sa carrière. Mais, pour lui aussi, l'horizon 2022 semble plus important.

Alpine, Aston Martin, Mercedes… Quelle est la plus belle monoplace du plateau ?

Mick Schumacher est-il condamné à la dernière ligne ?

La réponse est oui. Haas est l'écurie du plateau à avoir le moins modifié sa voiture à l'intersaison et elle se battra avec Williams pour le bonnet d'âne. En reconstruction, l'écurie britannique a gagné en performance en pré-saison par rapport à 2020 et avoir un moteur Mercedes va peut-être permettre de faire la différence. Haas va aussi plus vite avec le moteur Ferrari, mais l'ensemble est pauvre.
Tous les deux débutants en F1, Mick Schumacher, le fils de Michael Schumacher, et le Russe Nikita Mazepin, auront plus un combat interne à gagner. Fort probable que Haas regarde plus leur capacité à être réguliers, que leurs performances par rapport au reste de la grille. La Haas n'aura d'ailleurs aucune évolution au cours de la saison.
"Je pense que c'est la voiture la plus lente du plateau. (...) Je leur souhaite le meilleur, mais ça va être une année longue et difficile", a d'ailleurs précisé Romain Grosjean sur ses plate-formes numériques. Le Français connaît trop bien son ancienne écurie pour se tromper.

Mick Schumacher

Crédit: Imago

Les Français vont-ils à nouveau gagner ?

Non, pas à la régulière en tous cas. Pierre Gasly a pourtant annoncé la couleur chez nos confrères de Canal + : il veut absolument gagner à nouveau après son dimanche de rêve à Monza, au mois de septembre dernier. "L'envie elle est présente, bien sûr. Dès que j'arrive sur un Grand Prix, c'est pour donner le meilleur de moi-même et essayer d'obtenir le meilleur résultat possible... Si on a une opportunité de gagner, il faudra la saisir", a-t-il avoué.
La hiérarchie de la grille est plus ou moins connue : Mercedes devant, mais peut-être en retrait en début de saison par rapport à Red Bull. Puis un gros ventre mou avec McLaren, Aston Martin, Alpine, Ferrari, Alpha Tauri. Gasly devra d'abord battre ces écuries pour regagner. Par contre, il peut clairement viser un podium à la régulière. En 2020, les forces en présences du milieu de peloton variaient d'un week-end à l'autre. Le problème est le même pour Esteban Ocon qui devra aussi cohabiter et battre Fernando Alonso. Si l'Alpine va, Ocon pourra lui aussi espérer grimper sur la boite, comme en 2020.

"Dans un coin de sa tête, Gasly a certainement envie de refaire le coup de Monza"

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