Grand Prix de Hongrie 2025 | Comment Lando Norris (McLaren) a piégé Oscar Piastri... en bluffant
Par Julien Pereira
Mis à jour 03/08/2025 à 22:00 GMT+2
Un coup de maître... et un coup de bluff. Lando Norris est parvenu à s'imposer, dimanche, au Grand Prix de Hongrie, alors qu'il a buté au quatrième rang en première partie de course. Mais le Britannique avait parfaitement préparé son plan en amont pour piéger tout le monde avec une stratégie à un seul arrêt. En particulier son coéquipier Oscar Piastri.
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C'est la trêve estivale. Oscar Piastri va donc avoir du temps pour comprendre comment son coéquipier Lando Norris l'a roulé dans la farine, dimanche, en Hongrie. L'Australien aurait sans doute empoché la victoire sans un coup de bluff que son rival a préparé dès le début du Grand Prix... et probablement bien avant.
Samedi, après la qualification, les deux pilotes McLaren avaient été interrogés sur les opportunités de dépassement que proposait le Hungaroring. Piastri avait été le seul à trouver une réponse valable, en évoquant "la voie des stands" et Norris n'avait fait qu'acquiescer. Le Britannique avait-il déjà un plan en tête ?
Difficile à confirmer, puisqu'il n'avait sans doute pas envisagé d'être dépassé par deux pilotes, George Russell (Mercedes) et Fernando Alonso (Aston Martin) dès le départ. "On n'avait pas vraiment prévu de faire un seul arrêt au début, a-t-il certifié après la course sur F1TV. Mais après le premier tour, c'était un peu notre seule option pour revenir."
Le doute est tout de même permis, en particulier après un revisionnage de la course et une nouvelle écoute des différents messages radio passés par Norris. Avant d'entrer dans le détail des différents échanges, rappelons quelques éléments de contexte : en première partie de course, Piastri ne parvenait pas à reprendre le poleman, Charles Leclerc (Ferrari). Et Norris, débordé de toutes parts à l'extinction des feux, butait au quatrième rang, derrière Russell.
Mes pneus sont morts
Mais le natif de Bristol avait, semble-t-il, envisagé un scénario similaire avec son ingénieur de course Will Joseph. Explications. Au 17e tour, ce dernier glisse à son pilote l'idée d'envisager "un plan A, moins 5". Le plan A, c'est la stratégie la plus efficace préconisée par Pirelli. En Hongrie, il s'agissait d'un schéma à deux arrêts. "Moins 5", c'est le nombre de tours que l'on soustrait au passage théorique aux stands. Autrement dit, si le manufacturier estime qu'un premier arrêt au 25e tour est idéal, alors un "plan A, moins 5" correspond à un passage par la voie des stands dès le 20e tour.
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À la radio, Norris a validé cette idée en répondant que ses pneus étaient "morts". Alerté par cette information, le clan Piastri a alors décidé d'appeler l'Australien avec l'idée de "faire l'undercut" sur Leclerc. Et sans imaginer que l'autre "Papaye" représenterait une menace.
En réalité, le Britannique n'était absolument pas en difficulté avec ses pneumatiques. Au 21e tour, ses chronos avec des "medium" usés n'étaient que quatre dixièmes plus lents que ceux de Piastri, chaussés de "dur" neufs. Quelques boucles plus tard, le leader du Mondial a saisi l'esbroufe. "Pensez-vous qu'un seul arrêt peut fonctionner pour nous ?", a-t-il alors interrogé à la radio. "Nous allons perdre cette course", a lui aussi confirmé Leclerc.
Démasqués, Norris et son muret ont pu dérouler le plan, tout en simulant une forme d'improvisation. "Lando, nous envisageons de ne faire qu'un seul arrêt, a glissé Joseph au 28e tour. Ça fera 40 tours sur les "dur". Ok ?" Réponse du Britannique : "Oui, pourquoi pas !"
Je me fiche de Leclerc
À ce moment-là, le pilote de 25 ans était encore loin d'avoir course gagnée. Mais il avait fait le plus dur puisqu'il avait inversé les rôles : il était désormais en position de chassé, sur un tracé où il est particulièrement difficile de dépasser. "J'ai compris que j'allais devoir le dépasser en piste, ce qui est plus facile à dire qu'à faire ici", a admis Piastri après coup.
De son côté du box, l'erreur aura été d'accorder trop d'importance à Charles Leclerc, même en ignorant les problèmes de châssis qui ont fini par compromettre la course du Monégasque. D'où ce message un peu piquant de Piastri, au 45e des 70 tours : "Je me fiche de Leclerc. Je veux avoir la meilleure chance de battre Lando. C'est le plus important." "Norris n'avait pas grand-chose à perdre donc ce n'était pas une énorme surprise qu'il ne s'arrête qu'une fois, a-t-il réagi à froid. Je ne sais pas si tenter l'undercut sur Leclerc était la bonne décision au final."
Finalement, le leader du Mondial n'a jamais été en mesure de trouver l'ouverture après avoir fondu sur son coéquipier, à la suite de son deuxième passage aux stands. "Avant la course, nous pensions que cette stratégie était la meilleure et elle l'était sans doute avec de l'air propre, a-t-il commenté après coup sur F1TV. Maintenant, c'est facile de dire qu'il ne fallait en faire qu'un. Mais à une seconde près, la réponse aurait pu être différente."
Le coup de bluff a fonctionné et quasiment permis à Norris de remettre les compteurs à zéro (seuls 9 points séparent les deux coéquipiers au classement) avant la trêve. Reste à savoir, désormais, si cette option avait été discutée avec d'autres membres de l'écurie ou s'il s'agissait simplement d'un plan parfaitement préparé par Norris et son ingénieur de course. "Nous aurons quelques choses à analyser avec l'équipe", a toutefois glissé Piastri avant le podium. Il y a effectivement beaucoup de matière.
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