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Leclerc a de quoi se sentir trahi par Vettel

Leclerc a de quoi se sentir trahi par Vettel

Le 29/09/2019 à 18:24Mis à jour Le 29/09/2019 à 18:38

GRAND PRIX DE RUSSIE - Charles Leclerc (Ferrari) a fait ce qu'on lui avait demandé, dimanche, en donnant l'aspiration à Sebastian Vettel, puis en le laissant passer. Il aurait ensuite dû bénéficier d'une consigne que l'Allemand a refusé de suivre…

La Scuderia reine du pataquès. Après la victoire limpide de Charles Leclerc à Spa-Francorchamps, Ferrari n'a été que polémiques depuis Monza, entre consignes non respectées, déclarations douces-amères et arbitrages sujets à caution. Dimanche encore, à Sotchi, l'un des pilotes a joué le jeu d'équipe, et l'autre sa carte personnelle. "Vous m'avez mis dans cette situation. On en parlera plus tard", a lâché un Leclerc assez agacé à la radio, en début de course. Tout bonnement piégé par un Sebastian Vettel qui aurait seulement dû lui emprunter la première place le temps du départ. Sans jouer ensuite l'étonnement...

A Singapour, Leclerc avait mené tout le premier relais, devant Hamilton et son coéquipier. La Scuderia aurait pu donner au Monégasque la primeur de la rentrée au stand pour assurer son succès, mais elle avait préféré protéger la position de l'Allemand contre Verstappen en lui offrant un undercut gagnant. Face à la colère de Leclerc, elle avait dans une ambiance tendue répondu que son plan (risqué) avait fonctionné. On ne pouvait prétendre le contraire : elle avait transformé un tir groupé (P1-P3) en doublé. Moyennant une victime collatérale. Leclerc.

A Sotchi, le mieux était encore l'ennemi du bien. Samedi, Ferrari avait été contrariée de voir Hamilton glisser sa Mercedes entre les SF90. Leclerc et Vettel avaient quand même tout pour avaler la Flèche d'argent sur le long run - plus de 800 mètres - séparant la grille de départ du premier freinage, au n°2. C'était une formalité, mais pour assurer le coup, elle avait discuté du cas de figure avec ses pilotes. En fait, Leclerc craignait d'avoir le mauvais rôle. Il s'était demandé publiquement si la pole position était la meilleure place au départ.

Sebastian Vettel et Charles Leclerc (Ferrari) au Grand Prix de Russie 2019

Sebastian Vettel et Charles Leclerc (Ferrari) au Grand Prix de Russie 2019Getty Images

" On aurait dû swaper"

Les Rouges étaient conscients de tout ça, et il avait été convenu que le pilote de la Principauté tracterait son coéquipier pour lui assurer de déborder la Mercedes de Lewis Hamilton. Un luxe de précaution à peine compréhensible devant le différentiel de Vmax entre l'italienne et l'Allemande. Dans le run d'ouverture, Charles Leclerc s'est parfaitement élancé et n'a pas verrouillé sa position en arrivant au n°2.

Lewis Hamilton occupé à contrer l'attaque de Carlos Sainz (McLaren), la cause était entendue. D'autant plus que Sebastian Vettel devait ensuite redonner sa première place. Ce qu'il ne fit jamais, malgré les injonctions de l'équipe. L'Allemand demanda deux tours pour s'exécuter, puis argua qu'il "aurait de toute façon doublé Leclerc". Contrariée, l'équipe assura alors à Charles Leclerc que les positions seraient inversées "plus tard". Au stand donc.

Charles Leclerc a protesté. Se sachant dans son bon droit, il n'en fit pas trop et s'inclina. "Je ferai toujours confiance à l'équipe, a-t-il expliqué, avant de monter sur le podium. La tactique était d'offrir l'aspiration à Sebastian Vettel jusqu'au premier virage. Après, je devais garder la tête…"

"Je devais juste essayer d'aider Seb, de rester devant lui pour lui donner l'aspiration pour qu'il passe, ajouta-t-il, au micro de Canal+. Ensuite, on aurait dû swaper (échanger les positions). Mais je ne sais pas la raison pour laquelle on n'a pas swapé…"

Le problème est que, pour le mettre à coup sûr devant Vettel, Ferrari a anticipé son arrêt. Et qu'après l'arrêt de Vettel, il s'est retrouvé devant son coéquipier sans grande marge. "Les pneus étaient plus usés, je ne sais pas si j'aurais pu le garder derrière moi car il était très rapide", a-t-il admis…

Charles Leclerc (Ferrari) au Grand Prix de Russie 2019
" Je préfère que ça reste entre Charles et moi"

En créant ce décalage, Ferrari venait surtout de remettre Mercedes dans le jeu. Ça faisait un moment que Lewis Hamilton reprenait du temps à Sebastian Vettel lorsque celui-ci s'est arrêté. Rien n'était perdu, mais il y avait de quoi être inquiet avec la perspective de voir le Britannique finir avec des "tendre".

Un coup du sort a finalement mis à découvert Ferrari lorsque la voiture de sécurité virtuelle déclenchée par l'abandon de Vettel a offert un arrêt court aux Mercedes. A cet instant, Leclerc a payé une deuxième fois son arrêt précoce puisqu'il jugea que rentrer pour prendre des "tendre" lui redonnerait la deuxième place. Et peut-être même la première place. Une terrible erreur. Même à pneus équivalents, il n'y avait rien à faire.

"On était très rapide, on avait vraiment le niveau pour finir devant Valtteri, a jugé Leclerc. Mais dès que j'étais à une demi-seconde de lui, je surchauffais mes pneus. Troisième, c'est ce que l'on pouvait espérer de mieux vu l'intervention de la voiture de sécurité."

De son côté, Sebastian Vettel n'était pas à l'aise au moment des explications. La consigne ? Sa désobéissance ? "Je préfère que ça reste entre Charles et moi, a-t-il dit. On va en discuter. Je pense que nous aurons des opinions différentes. En général, on veut simplement être sûrs d'être devant les Mercedes. Ça dépendait de mon départ, qui a été bien meilleur que celui de Lewis. Je me suis retrouvé en tête assez rapidement…"

Lewis Hamilton (Mercedes) au Grand Prix de Russie 2019

Lewis Hamilton (Mercedes) au Grand Prix de Russie 2019Getty Images

Le linge sale se lavera en famille

Quant à Mattia Binotto, il a joué son rôle de médiateur. "Ce qu'on avait décidé, c'est que Charles aurait donné l'aspiration à Seb et que ça se termine de cette façon, premier et deuxième, au deuxième virage, a expliqué le directeur d'équipe à Canal+. L'aspiration, il l'a prise tout simplement : il a tout de suite dépassé Hamilton, ce n'est pas Charles qui lui a donnée, c'est lui qui se l'ai prise."

Le manager italien, qui avait pris position pour Leclerc en pénalisant Sebastian Vettel d'un arrêt tardif, n'a pas voulu ajouter sa voix à la polémique. Le linge sale se lavera en famille. "C'est délicat, c'est un problème d'interprétation, a-t-il assuré. Dans la voiture, ils ne voient pas ce que l'on voit sur les vidéos en regardant deux ou trois fois. Ensemble, on va regarder, on va se comprendre."

En tout cas, Ferrari repart de Russie battue alors qu'un doublé lui était promis. "Bien sûr, c'est un échec, a-t-il reconnu. On est très déçu, on est vite, on était 1er et 2e. On a eu un problème de fiabilité, c'est le point le plus important. Pour gagner, il faut être fiable. On a toujours dit que pour gagner, il faut être parfait. Ça n'a pas été le cas aujourd'hui."

Pour finir, il s'est refusé à désigner un pilote n°1 ou n°2 d'ici la fin de la saison. Par le passé, Ferrari l'a souvent fait sans l'admettre ouvertement.

Vidéo - Le Top 6 des consignes d'équipe polémiques, scandaleuses, honteuses

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