S'il n'était pas là, Lewis Hamilton se serait accaparé tout l'hiver. Malgré lui, Max Verstappen s'est pourtant bien immiscé dans des négociations qui ont traîné en longueur. Avant que l'accord liant le septuple champion du monde à Mercedes ne soit officialisé, la presse britannique s'agitait autour d'une "clause Verstappen" offrant à "King Lewis" un droit de veto pour le choix de son coéquipier en 2022. Après, il est immédiatement (re)devenu le premier homme dans l'ordre de succession du volant de l'Anglais à sa retraite. Ce jusque dans la bouche du boss de l'écurie Red Bull, Christian Horner.
Bref, Verstappen n'est jamais très loin lorsque l'on parle du patron de la discipline et au fond, cela en dit long sur le pilote qu'il est aujourd'hui, alors que son palmarès - aucun titre, dix victoires et trois poles en six saisons - s'étoffe modérément. Le Néerlandais est à part et l'est devenu par un style unique en piste qui, avec le temps et l'expérience, arrive à maturation. S'il est - et restera - un personnage clivant face aux caméras, "Mad Max" ne porte plus très bien son surnom ; à moins que son approche ne soit entrée dans les mœurs, elle ne suscite plus de polémique en piste.

Max Verstappen (Red Bull) après sa pole position au Grand prix d'Abou Dabi, le 12 décembre 2020

Crédit: Getty Images

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Ce constat-là est relativement nouveau. Depuis son arrivée précoce en Formule 1, à 17 ans en 2015, Verstappen n'avait jamais bouclé une saison sans accroc en piste. Il y avait eu ses défenses musclées devant les pilotes Ferrari en 2016, qui avaient même poussé la FIA à bidouiller le règlement sportif. Puis des accrochages avec son coéquipier Daniel Ricciardo (2017), des dépassements les quatre roues en dehors de la piste à Austin (2018) et des coups de roue pour gagner en Autriche l'année suivante.
En 2020 ? Aucun excès notable. Quelques exploits notoires. Cette année, le Néerlandais fêtera ses 24 ans, un âge où trois hommes qu'il côtoiera sur la grille, Vettel, Hamilton et Alonso, s'étaient déjà couronnés. Verstappen est devenu le pilote le plus précoce de l'histoire mais il a tardé à arriver à maturation en piste alors qu'il demeure, par ailleurs, franchement borderline face à la presse.

Son ADN a longtemps été celui d'un pilote de karting

Tout cela n'a pourtant rien de paradoxal : s'il est une exception, c'est parce que son parcours le fut également. En 2015, Verstappen avait été propulsé en F1 avec une seule saison de monoplace dans le cartable. À titre de comparaison, Charles Leclerc en a cumulé quatre. Lewis Hamilton, cinq.

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Son ADN et ses codes sont ceux d'un milieu dans lequel il a baigné, dans le sillage de son père Jos mais pas seulement. Sophie Kumpen, sa maman, était pilote de karting. Anthony Kumpen, cousin de sa mère, a disputé les 24 Heures du Mans. Son grand-père, Paul Kumpen, était pilote de GT.
Max a découvert le karting à l'âge de quatre ans et n'a rien connu d'autre jusqu'à l'adolescence, si ce n'est l'omniprésence de son père, sur et en dehors de la piste. "Sur certaines courses où il gagnait trop facilement, je lui interdisais de dépasser à certains virages où dans certaines portions du circuit, racontait Jos il y a quelques mois dans un podcast diffusé par Red Bull. Il devait donc trouver de nouvelles zones de dépassement. C'était simplement pour lui rendre les choses plus complexes." Est-ce la raison pour laquelle les manœuvres de Mad Max sont souvent moins conventionnelles ? Sûrement.
Le Néerlandais n'a jamais caché qu'il aimait la course à la dure, se flattant même d'avoir hérité cela de son paternel. En 2018, le média local Ziggo lui avait mis sous les yeux le dépassement de Daniel Ricciardo sur Valtteri Bottas au Grand Prix de Chine, élu plus beau dépassement de l'année. "Pour la FIA, avait précisé le pilote batave. Un dépassement sur Bottas ne peut pas être le dépassement de l'année. Désolé, mais non. Il laisse la porte ouverte."

Max Verstappen (Red Bull) après sa victoire au Grand Prix d'Abou Dabi, le 13 décembre 2020

Crédit: Getty Images

Verstappen a la bagarre dans le sang et, encore, le caractère d'un jeune homme dont le papa ne lui a jamais rien laissé passer. En 2012, au mondial de karting, où le titre lui était promis, il s'était retrouvé dans le mur de pneumatiques après une tentative de dépassement trop ambitieuse.

Gasly, Leclerc, Ocon… Ils ne boxent plus dans la même catégorie

"Mon père était vraiment déçu et contrarié, avait raconté le pilote. Dans le van, sur le chemin du retour à la maison, je voulais en parler avec lui, lui donner mon opinion. Mais lui ne voulait rien entendre. J'ai continué à essayer et à un moment donné, il s'est arrêté dans une station-service et m'a dit : 'Sors, je ne veux plus te parler.'" Max avait 15 ans cette année-là. "Mais je savais que sa mère, qui nous suivait quelques kilomètres derrière, le récupérerait", avait ajouté Jos. Pas commun, tout de même.
À cette époque, ils étaient peu à être capables de dominer le Néerlandais. Esteban Ocon, Alexander Albon, Pierre Gasly ou encore Charles Leclerc en ont fait partie. Tous ceux-là avaient eu affaire à lui lors d'actions au mieux litigieuses, au pire très conflictuelles. "On se détestait", avouait le Monégasque il y a peu. "Avec Max, on ne s'aimait pas trop parce qu'on a fini plusieurs fois dans le bac à graviers ensemble, souriait Gasly, en 2018, interrogé par nos confrères de L'Equipe. On s'accrochait mais c'est un pilote agressif, c'est son style."
Force est de constater que le Néerlandais a bien pris le dessus sur tous ces hommes, en les dominant au sein de l'écurie Red Bull ou lors de passes d'armes en piste... et en dehors. Sa bagarre avec Ocon dans les box du Grand Prix du Brésil, en 2018, ou sa lutte roue contre roue avec Leclerc en Autriche, l'année suivante, avaient découlé de rivalités de longue date. Désormais, Verstappen ne boxe - sans mauvais jeu de mots - plus tout à fait dans la même catégorie et sa quête de titre a largement pris le dessus sur le reste.
Mais que ses admirateurs se rassurent : Verstappen ne changera pas du tout au tout, ni en 2021 ni plus tard, alors qu'il se vante maintenant de s'être démarqué de son père grâce à une "agressivité contrôlée". Certains y ont d'ailleurs vu un lien de cause à effet avec le retrait relatif de Jos, moins présent dans le box Red Bull. Qu'importe : l'évolution est sensible et bénéfique pour un sport que l'on aime critiquer pour son déficit de spectacle. Max n'est plus aussi "mad" mais il l'est toujours plus que les autres.

Max Verstappen (Red Bull) dans les bras de Christian Horner après sa pole position au Grand Prix d'Abou Dabi, le 12 décembre 2020

Crédit: Getty Images

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