L'imbroglio du transfert de Pierre Gasly chez Alpine est la preuve qu'en Formule 1 les pires ennemis sont capables de se rabibocher autour d'un contrat, et même travailler les uns pour les autres.
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Dans cette histoire complexe, la volte-face du clan Red Bull en est une nouvelle illustration. Celle-ci a commencé lorsqu'Alpine s'est retrouvée sans solution immédiate suite à l'annonce-surprise, le 1er août dernier, du départ de Fernando Alonso pour Aston Martin en 2023. La piste de son espoir australien, Oscar Piastri, évanouie dans un quiproquo hallucinant sous fond de trahison - il a signé pour McLaren - l'écurie française s'est mise en quête d'un remplaçant. Le plus bankable sur le marché ? Le plus vendeur pour une marque renaissante qui a hissé le drapeau bleu-blanc-rouge bien haut ? Pierre Gasly bien sûr.
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Problème : le vainqueur du Grand Prix d'Italie a encore un an de contrat à honorer chez AlphaTauri et pour Helmut Marko, le recruteur des pilotes de galaxies Red Bull, il n'est a priori pas question de le libérer. Le Rouennais porte l'écurie de Faenza à bout de bras, et aucun gros calibre n'est à la recherche d'un volant, si ce n'est un Daniel Ricciardo (McLaren) en perdition.
Le manager autrichien de 78 ans pose même crûment les choses lorsqu'on lui parle, par exemple, de la candidature de Mick Schumacher, débarqué par Ferrari et bientôt par Haas. "Il n'est pas des nôtres et nous avons nos jeunes pilotes", coupe l'ancien pilote de Formule 1. En décodé : pas question de recycler un pilote d'une autre filière ; que ce soit celle de Ferrari (où Robert Schwarzman est en stand-by), Alpine (McLaren a déjà tout siphonné), ou Mercedes, dont il ne déteste même pas cordialement le patron, Toto Wolff.

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Herta dans l'impasse

Sauf que, celui qui est officiellement conseiller auprès du big boss de l'empire de la boisson énergétique, s'est exprimé un peu vite. Tout bien considéré, il ne juge aucun jeune du vivier Red Bul digne de monter en Formule 1, quand bien même il aurait sa superlicence. Il s'avoue ainsi déçu par Liam Lawson, Jehan Daruvala et Juri Vips, très impopulaire depuis son propos raciste lors d'un jeu vidéo en ligne, et estime que le Japonais Ayumu Iwasa doit faire une seconde saison en Formule 2.
La piste d'un remplacement de Pierre Gasly est-elle définitivement fermée ? Bien sûr que non, s'il est possible de s'arranger avec Alpine pour une dizaine de millions d'euros… Oui, c'est bien connu, à partir d'une certaine somme, tout le monde écoute. Et tonton Helmut ouvre même son esprit, et tend soudain l'oreille du côté de Formula One.
Car c'est à ce moment que s'ouvre la piste Colton Herta, un Etasunien officiant en Indycar, poussé par le promoteur US du Championnat du monde, qui verrait d'un bon œil la bannière étoilés flotter sur la grille de départ d'une saison 2023 à trois rendez-vous made in America (Miami, Austin et Las Vegas). Engagé dans un processus de formation en F1 chez McLaren pour le compte d'Andretti, dans l'optique d'une hypothétique arrivée de l'écurie en 2024, Herta compte sept victoires outre-Atlantique mais seulement 32 sur les 40 points obligatoires sur sa superlicence. Séduit par la perspective de donner de la visibilité à la marque Red Bull aux Etats-Unis, Helmut Marko demande une dérogation à la FIA. Il l'exige au plus tard à la veille des premiers essais du Grand Prix d'Italie et ne voit rien venir.

Colton Herta, le 3 juillet 2022 à Lexington

Crédit: Imago

Marko et Wolff prêt à prendre sur eux

Monza n'est pourtant pas une impasse pour Helmut Marko, qui voit débarquer Nyck de Vries avec son CV long comme le bras dans le paddock. D'abord chez Aston Martin pour un roulage payé par son mentor Toto Wolff le vendredi, puis chez Williams le samedi, en substitut d'Alexander Albon, pour cause d'appendicite. Le Néerlandais de 27 ans, double champion du monde de karting, champion de Formule 2 et premier champion du monde de l'Histoire de la Formule E, fait même sensation avec sa 9e place le dimanche. Encensé par ses nouveaux collègues, il devient instantanément la valeur la plus recherchée sur le marché des transferts.
De là à l'imaginer titulaire chez Williams en 2023, il n'y a qu'un pas. Mais chez AlphaTauri, il faut avoir beaucoup d'imagination, où alors demander Toto Wolff de faire un énorme effort. Le manager de Mercedes voulait déjà placer son protégé batave chez Williams l'an dernier, et il s'est fait doubler à coups de millions par un Helmut Marko en mission. Ce dernier avait pour objectif de donner une seconde chance à Alexander Albon, histoire de s'acheter la paix médiatique après avoir laissé tomber le Thaïlandais de haut, chez Red Bull. Ce qui provoque l'ire de Wolff, fort mécontent de voir qu'un pilote de l'écurie ennemie avoir accès à tout un tas d'informations sur le moteur Mercedes.

Helmut Marko (Red Bull)

Crédit: Getty Images

Red Bull chez Mercedes, et inversement

Mais un peu comme Oscar Piastri, dont le cas fera définitivement jurisprudence, Nyck de Vries est sûr de son talent et rêve plus haut que Williams. Une AlphaTauri pour lui ? C'est ce qui se trame, et même ce qu'en ont conclu des personnes ayant aperçu le débutant en discussion avec Helmut Marko à Graz, rapportait L'Equipe vendredi soir.
En récupérant le protégé de Mercedes, Marko n'aurait pas exactement le pilote expérimenté qu'il recherche pour être chez AlphaTauri le leader que ne sera jamais Yuki Tsunoda. Mais il aura plus sûrement un faux débutant, vu le bagage du candidat.
Ultime paradoxe qui semblait être un obstacle de plus à un tel scénario inimaginable il y a 24 heures encore, Red Bull se chargerait donc de parfaire la formation à la Formule 1 d'un pilote Mercedes. Pendant qu'Albon continuerait d'être l'intrus de la maison autrichienne chez Williams, une équipe étroitement liée à Mercedes. Tout ça pour conduire Gasly chez Alpine, et former un duo explosif avec Ocon. Car ce n'est un secret pour personne, les deux Normands ne s'apprécient pas depuis leurs années de karting. Quand on vous dit qu'autour d'un contrat, tout peut s'arranger…
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