On pouvait penser qu’il n’avait plus rien à découvrir, du haut de ses 325 sélections et de son histoire déjà bien remplie avec l’équipe de France, avec laquelle il est allé chercher un troisième titre olympique l’été dernier à Tokyo. Mais dimanche, face à l’Allemagne, en match de préparation avant l’Euro 2022, Nikola Karabatic a étrenné, pour la première fois, le brassard de capitaine en équipe de France. Un rôle qui était dévolu ces dernières années à son grand pote Michaël Guigou, avant de revenir à Valentin Porte après la retraite internationale de l’ailier gauche.
"Après 20 ans en équipe de France, c’est beau de pouvoir avoir des premières et d’être confronté à des situations qu’on n’a jamais vécues", s’est réjoui, deux jours avant le début de la compétition face à la Croatie, ce jeudi (20h30), l’arrière gauche, qui a aussi eu, au cours de sa carrière en Bleu, d'autres responsabilités au poste de demi-centre. "Même si ce n'est que pour une fois, je resterai un des capitaines de l’équipe de France, j’ai été content de pouvoir relayer Valentin (Porte, absent car testé positif au Covid-19, NDLR), bien qu’on ait perdu (35-34)", a également déclaré Karabatic, qui repousse encore et toujours la fin de sa carrière, malgré une grave blessure au genou en octobre 2020, qui l’a privé du Mondial l’an passé, alors que son armoire à trophées et à souvenirs en Bleu est déjà surchargée.
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J’ai le sentiment que l’histoire n’est pas encore finie. Je me sens encore bien physiquement et je prends encore du plaisir sur le terrain, c’est pour ça que je continue
En plus d’une histoire couverte d’or aux JO, le triple meilleur joueur du monde (en 2007, 2014 et 2016) a tout gagné avec les Bleus. Quatre fois champion du monde (2009, 2011, 2015 et 2017), il était de chaque aventure victorieuse de la France à l’Euro dans son histoire (2006, 2010, 2014). Pourquoi, alors que son corps a déjà essuyé tant de combats, repartir dans une nouvelle bataille ? "Pour le plaisir, déjà, de porter le maillot de l’équipe de France, a répondu le meilleur joueur des Euros 2008 et 2014 en conférence de presse. J’ai le sentiment que l’histoire n’est pas encore finie, ce n’était pas le moment d’arrêter. Cet été, avec le triomphe aux JO, ce n’était pas un rêve, puisque je les avais déjà gagnés, mais un grand objectif qui se réalisait. De pouvoir le gagner avec mon frère (Luka Karabatic) et ceux qui ne l’avaient jamais gagné, j’avais envie de prolonger le plaisir que j’ai en équipe de France. Je me sens encore bien physiquement et je prends encore du plaisir sur le terrain, c’est pour ça que je continue", a-t-il avoué.

Nikola Karabatic avec l'équipe de France lors du match de préparation à l'Euro 2022 face à l'Allemagne

Crédit: Other Agency

Jérôme Fernandez, glorieux ancien de la sélection tricolore, décrypte : "C’est toujours un honneur d’être en équipe de France, et tu es heureux d’être là parce que tu sais que ce sont les derniers moments donc tu en profites à fond. Tu ne calcules rien, tu donnes et tu espères que ça va bien se passer". Meilleur buteur de l’histoire des Bleus avec 1 463 réalisations, il voit son avance sur Nikola Karabatic, 1 238 buts au compteur désormais, se réduire. Il devrait toutefois être difficile pour l’ancien joueur de Montpellier et Kiel- critique des conditions sanitaires depuis l'arrivée des Bleus en Hongrie -de s’adjuger ce record, lui qui en visera un autre lors de ce mois de janvier : celui du nombre d’Euros remportés par un seul joueur.

À la conquête d'un quatrième Euro

A ce jour, ils sont cinq Suédois, vainqueurs en 1994, 1998, 2000 et 2002, à en détenir quatre. Karabatic pourrait donc rejoindre Ola Lindgren, Staffan Olsson, Stefan Lövgren, Magnus Wislander, et Martin Frandesjöavoir dans les tablettes. "Ce n’est pas une statistique à laquelle j’ai pensé parce que la fin de la compétition est très loin pour nous, a-t-il balayé d’un revers de main. On n’a pas commencé donc on se concentre sur nos débuts, le chemin va être long et difficile. Les statistiques et les records, j’en ai déjà quelques-uns. Si je peux en faire plus ça ne me dérange pas". Un doux euphémisme pour celui que Fernandez décrit comme "un gros compétiteur". "Je le compare à Thierry Omeyer, à Bertrand Gille ou Didier Dinart, qui étaient comme ça aussi. C’est des mecs, quand ils sont sur le terrain, ils sont là pour gagner, quelle que soit la manière, les moyens, ils ne rentrent pas dans un match pour participer. Il sera forcément inspirant pour tous ceux qui sont autour", espère celui avec lequel il a partagé 13 ans de vie en sélection nationale.
Même si elle fait partie des favorites de la compétition, avec l’Espagne, double tenante du titre, et le Danemark notamment, l’équipe de France s’avance à l’Euro privée de plusieurs cadres, et dans une forme incertaine après une préparation grandement chamboulée. La faute notamment au Covid-19, qui a touché de nombreux joueurs, parmi lesquels Nikola Karabatic : "Ça s’est déclenché le 20 décembre au soir, a-t-il raconté. J’étais dans le dur les premiers jours, fatigué pendant une semaine, mais ensuite j’ai repris les entraînements dès que mon test a été négatif. Je me sens bien, je suis content d’avoir pu m’entraîner après mon isolement", a-t-il voulu rassurer.
De par son aura, il oriente l’activité du groupe sur le terrain, le régule. C’est important pour le staff comme pour les joueurs de pouvoir bénéficier de ce relais en interne au sein de l’équipe
A 37 ans, il reste encore plus attentif à son corps, conscient qu’il ne peut plus, comme dans ses jeunes années, porter le collectif sur le terrain de la première à la dernière minute : "Il peut avoir un impact sur la rencontre, même s’il ne peut plus le faire sur 60 minutes, estime Jérôme Fernandez. Ça reste un joueur qui peut faire des différences. Aujourd’hui, je pense qu’il a le rôle qu’a pu avoir Jackson Richardson en fin de carrière, à savoir celui de joueur emblématique, qui porte la notoriété et l’image de l’équipe de France, qui va rassurer ses coéquipiers". Guillaume Gille, son ancien partenaire désormais à la tête des Bleus, a donné son point de vue sur la question, mardi : "Il peut apporter beaucoup, on compte fort sur lui, c’est quelqu’un d’essentiel dans le système. De par son aura, il oriente beaucoup l’activité du groupe sur le terrain, la régule. Il apporte sa patte à beaucoup de séquences. C’est important pour le staff comme pour les joueurs de pouvoir bénéficier de ce relais en interne au sein de l’équipe".

La joie de Nikola Karabatic en finale face au Danemark

Crédit: Getty Images

Ce rôle d’accompagnateur, il l’accepte avec bonheur : "Ce travail de transmission, je le faisais déjà quand j’avais 24 ans, a-t-il rappelé, avant d’entrer plus en détails. Maintenant, c’est sûr que je suis celui qui a le plus de sélections et de loin (Valentin Porte, deuxième joueur le plus capé, en est à 153 sélections, NDLR). Je suis le plus vieux de l’équipe aussi, les autres joueurs sont beaucoup plus jeunes que moi donc j’ai plus un rôle de grand frère. Je m’en amuse aussi un peu, j’en profite pour les titiller, les brancher parce que je sais qu’ils ne vont rien dire vu qu’ils ont du respect par rapport à moi. Je le fais dans la bienveillance", en rigole le joueur aux trois Ligues des champions. "Je veille à ce que l’histoire de l’équipe de France, son vécu, soient respectés et intégrés par tous et qu’ils (les novices) comprennent que lorsqu’on porte le maillot de l’équipe de France, c’est pour gagner des titres. Il faut qu’ils comprennent l’exigence qu’il y a derrière ce maillot que tant de grands joueurs ont porté".
Le respect de ses partenaires transpirait notamment dans les déclarations de Vincent Gérard, le portier tricolore, qui indiquait, à propos du premier capitanat de son partenaire au PSG : "Il n’a pas besoin de cette reconnaissance, c’est le meilleur joueur de hand de tous les temps". "Je veux pouvoir apporter mon expérience aux néophytes, les aider à aller chercher une médaille, c’est aussi un peu mon objectif personnel", a affirmé Nikola Karabatic, altruiste, même s’il regrette l’absence de son frère, Luka, toujours à ses côtés ces dernières années mais privé d’Euro pour cause de blessure à une cuisse : "Ça va me faire bizarre de pas jouer avec lui. J’en suis triste parce que c’était une vraie chance qu’on avait de pouvoir partager le maillot de la France".
Surtout que cet Euro sera chargé d’émotions, lui qui va affronter le pays de son père, la Croatie, en ouverture, avant de conclure le tour préliminaire face au pays de sa mère, la Serbie, lundi (20h30). Dans ces deux chocs, les Bleus n’auront pas le droit à l’erreur. Mais Nikola Karabatic, qui en a vu d’autres, notamment face à la Croatie, dont ses duels face à Ivano Balic ont marqué l’histoire, digère parfaitement la pression : "Je ne suis pas du tout le même joueur que lorsque j’ai commencé. Il y a beaucoup de choses qui ont changé, dans le hand ou dans ma vie personnelle. Ce que je fais, quand je regarde mon palmarès, et ça fait déjà quelques temps, ce n’est que du bonus pour moi. Je me concentre vraiment plus sur le plaisir de jouer au handball avec mes potes de l’équipe de France". Avec, dans un coin de la tête, l’espoir de voir encore de l’or au bout du tunnel.
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