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Top 100: Riner et Pérec, dieux de l'Olympe
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Publié 13/06/2013 à 11:48 GMT+2
Suite de notre Top 100 des grands moments du sport français de ces 30 dernières années. Jeudi, quatre rois et reines de l'Olympe au menu, dont Teddy Riner, et le plus invraisemblable exploit de l'histoire du football français. Rien que ça.
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65. TOUT TEDDY
C'était quoi? Un rendez-vous avec la gloire programmé pendant quatre années. Une journée éprouvante. Une pression étouffante. Au bout, la victoire et la libération.
L'histoire: Peu de champions français ont été autant attendus au tournant que Teddy Riner à Londres l'an dernier. Pour deux raisons. D'abord parce que le colosse des Abymes est un phénomène du sport, un des champions les plus dominant jamais vu en France. Sacré champion du monde en + de 100 kg pour la première fois à l'âge de 18 ans, il a ensuite conservé son titre quatre années consécutives. Un tyran des poids lourds. Une bonne raison d'en faire l'archi-favori du rendez-vous olympique en 2012 dans la capitale britannique. Mais si Riner est l'objet de toutes les attentions, c'est aussi précisément parce qu'il a subi un de ses très rares échecs aux Jeux Olympiques, en 2008, à Pékin. Une médaille de bronze à 19 ans, ce n'était pas si mal. Sauf que tout le monde lui promettait l'or. Il n'y a d'ailleurs que ça qui l'intéressait vraiment. Quatre ans plus tard, Riner a largement consolidé sa stature de star du judo.
Quand il débarque à Londres, il se dit en mission. Il le sait, tout autre résultat que le titre olympique sera considéré comme un monumental échec. Même une médaille d'argent. C'est l'or ou la débâcle. Quatre ans à méditer, quatre ans à attendre, c'est terriblement long. Mais cette journée du vendredi 3 août, celle où Teddy a rendez-vous avec son destin, va paraître plus interminable encore. Un seul objectif: gagner, match après match, jusqu'au dernier. Le beau judo, ce sera pour une autre fois. Sa domination est telle que ses adversaires n'ont d'autres choix que d'essayer de pourrir le combat. Le risque, pour Riner, c'est de tomber dans le panneau. Mais il va dominer tous ses adversaires, un à un. Jusqu'au Russe Alexander Mikhaylin en finale. Un pénible, fort de trois couronnes mondiales, dont deux en +100kg. Juste avant l'émergence irrésistible de Riner. Teddy a tenu bon. Jamais, sans doute, un champion français n'a eu autant de poids sur ses épaules. A 23 ans, ce titre olympique complète son hallucinant palmarès compte tenu de son jeune âge. Il n'y a plus ce "mais", que beaucoup se plaisaient à mettre en exergue avant Londres. Le roi est désormais incontestable.
Quelle portée? Phénomène de la nature, Teddy Riner a parachevé avec son titre olympique un extraordinaire quinquennat qui l'a installé parmi les plus grands champions français de l'histoire. Sa domination n'ayant d'égal que sa précocité, il est possible qu'il puisse garnir encore davantage son palmarès à l'horizon 2016. Désormais, il est délesté d'un poids que seuls les très grands sont aptes à supporter. L'or olympique l'a libéré de sa dernière frustration.
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64. LE BARCA AU TERMINUS DES PRETENTIEUX
C'était quoi? Un des plus grands retournements de situation de l'histoire du football. En soi, déjà un évènement. Mais quand un tout petit l'accomplit face à un géant, à la face et sur les terres de celui-ci, c'est la réincarnation du mythe de David contre Goliath qui trouve sa plus parfaite expression.
L'histoire: La morale est loin d'être omniprésente dans le sport. Mais il existe quand même quelques principes avec lesquels il est dangereux de transiger. La suffisance, par exemple. On finit toujours par la payer. La supériorité intrinsèque et le talent ne sauraient faire l'économie du respect de l'autre. Régulièrement, on voit ainsi des individualités ou des collectifs très largement au-dessus de leur adversaire être punis par manque de vigilance ou, pire, par excès de certitude. Voilà comment on termine au terminus des prétentieux. Pas question de re-re-raconter ici dans le détail le scenario de la double confrontation entre le FC Barcelone et le FC Metz au premier tour de la Coupe des coupes 1984/85. Le qui monde sépare les deux clubs. Et les deux équipes. La gentille raclée infligée par les Catalans à Saint-Symphorien (2-4). Le grand tort du Barça aura été d'oublier de jouer le match retour. La faute de certains de ses membres aura été de prendre de très haut un rival qui, certes, ne lui arrivait pas à la cheville en matière de talents, mais qui n'en méritait pas moins le plus élémentaire des respects.
Steve Archibald avait-il besoin d'employer le mot "charlots"? Pourquoi le milieu de terrain écossais a-t-il cru bon de devoir confier qu'il s'était "bien amusé" à Metz et qu'il espérait rigoler davantage encore au retour? Et Bernd Schuster… Le surdoué meneur de jeu allemand promet à Michel Ettore de lui offrir un jambon pour le remercier de ses erreurs du match aller. La suite est parfaitement connue. Au camp Nou, lors de la seconde manche, le Barça mène 1-0 puis concède un, deux, trois et finalement quatre buts (dont trois de Tony Kurbos) qui creusent sa tombe, enterrant ses illusions et son ego. On ne peut alors s'empêcher de repenser à la petite phrase lâchée par le président Carlo Molinari au soir de la victoire de ses hommes en finale de la Coupe de France face à Monaco. Cette victoire qui, justement, a donné le droit aux Messins de jouer la Coupe des coupes et d'y affronter le Barça. "Parfois, le travail et le courage ont raison du capital", avait soufflé l'ami Carlo. Une tirade dont la pertinence se trouve démultipliée au Camp Nou. Pas toujours. Rarement, même. Mais oui, parfois, cela arrive. Et quand ça se produit, c'est inoubliable, indélébile. Pour le bourreau comme pour la victime.
Quelle portée? La face du football européen n'a pas été durablement changée par l'élimination du FC Barcelone par Metz. Le Barça est toujours un grand club, il l'est même plus que jamais. Le FC Metz ne l'est jamais devenu. Il a même sombré aujourd'hui au troisième échelon du football hexagonal. Mais quoi qu'il en soit, les Lorrains ont signé là le plus énorme et incroyable exploit de l'histoire du football français et il faudra se lever de bonne heure pour faire mieux. Puis, si vous évoquez le FC Metz aux supporters catalans en âge d'avoir vécu ça, croyez-moi, ils sauront de quoi vous parlez…
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63. LA DESCENTE AU PARADIS
C'était quoi? Une descente au paradis. Quatre mois après un enfer auquel personne n'est jamais préparé.
L'histoire: Quand débute la saison 2001-2002, le ski français est plein d'espoirs et d'ambition pour la campagne qui s'annonce avec en point d'orgue les Jeux Olympiques de Salt Lake City. Carole Montillet entre bien dans ce cadre. Mais celle qui focalise l'attention, c'est Régine Cavagnoud. Championne du monde de Super à Sankt Anton l'hiver précédent, troisième du classement général de la Coupe du monde deux années de suite, la skieuse de La Clusaz s'est imposée comme une figure incontournable du Cirque Blanc. On la verrait bien championne olympique dans les montagnes de l'Utah. Elle ne les verra pas. Régine Cavagnoud trouve la mort le 29 octobre 2001 sur le glacier du Pitzal, en Autriche. Un drame épouvantable, insupportable. Carole Montillet est de celles qui portent le cercueil de Régine lors de ses obsèques. Pour elle, ce deuil est lourd à porter. Injustement lourd. Elle doit tout assumer: le poids de l'héritage, du souvenir, du chagrin. Elle doit skier pour elle, son pays et Régine. C'est beaucoup. Sans doute trop. Elle pourrait craquer. Mais elle va tenir, transformant sa rage en énergie positive. A Salt Lake City, elle est une outsider parmi tant d'autres lors de la descente, derrière les quatre ou cinq grandes favorites. Un podium serait déjà formidable. Puis vient la course. Comme dans un rêve. Une minute, trente-neuf secondes et cinquante-six centièmes de pur bonheur. Partie avec un des premiers dossards, la Villardoise voit ses rivales, une à une, se casser les dents sur son chrono. Personne ne le battra, pas même Isolde Kostner et Renate Goetschl, qui l'accompagnent sur le podium. Elle n'avait encore jamais gagné la moindre descente en Coupe du monde. Mais Carole ne croit pas au hasard. Si elle a triomphé ce jour-là, c'est sans doute qu'une bonne étoile veillait sur elle, là-haut.
Quelle portée? L'ombre de Régine Cavagnoud planait inévitablement sur cette descente olympique victorieuse de Carole Montillet. Ce drame a donné à sa médaille d'or une résonnance très particulière. Une des plus fortes émotions vécues par la délégation tricolore aux Jeux ces trente dernières années.
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62. GROSPIRON, STAR D'ALBERTVILLE
C'était quoi? La découverte d'un champion, la naissance d'une star. La faculté d'un gars sachant pertinemment qu'il vit l'évènement de toute une carrière de ne pas passer au travers.
L'histoire: La première fois que j'ai entendu parler d'Edgar Grospiron, c'était environ deux mois avant les Jeux Olympiques d'Albertville, à l'occasion d'un reportage télé. On présentait le double champion du monde de ski de bosses comme une grosse chance de médaille d'or pour la France. Belle gueule. Grande gueule, aussi. L'évidence du charisme du bonhomme s'impose tout de suite. Il annonce la couleur. Oui, les Jeux, il va les gagner, parce qu'il est le plus grand et le plus fort. Voilà, en gros, ce qu'il dit alors. "Il a un sacré melon celui-là". Voilà ce que beaucoup ont pensé. Mais Grospiron sait ce qu'il vaut, ce qu'il veut et où il va. La Jour J, dans un stade de 20.000 places plein à craquer venu pour le voir triompher, il ne se démonte pas. Il vient, il gagne. Comme il l'avait dit. Pourtant, quelle pression sur ses épaules. Parce qu'il était archi-favori. Parce qu'il avait fanfaronné partout qu'il serait champion olympique. Parce que c'était LA course de sa vie. Pour une discipline comme celle-là, le rendez-vous olympique, c'est le must. Alors, quand c'est à domicile… D'une certaine manière, Grospiron jouait sa place dans la postérité à quitte ou double à Albertville. La victoire et la gloire, ou l'occasion en or manquée à jamais. Le public, lui, découvre un sacré personnage. Mais derrière le masque apparent du flambeur, il y a le bosseur, à tous les sens du terme. "A Albertville, dira-t-il bien plus tard, j'ai compris que réussir quelque chose dans sa vie (une médaille d'or olympique en l'occurrence dans son cas), ce n'était pas réussir sa vie." Aujourd'hui, Grospiron a réussi sa reconversion, comme il avait si brillamment réussi sa carrière sportive.
Quelle portée? Le ski acrobatique n'est pas devenu le football en matière d'impact médiatique. N'empêche; Il y a eu un avant et un après Grospiron. Il a popularisé son sport auprès du grand public et des médias. Penser au ski de bosses, c'est penser à Grospiron. Chaque sport a besoin d'éléments moteurs, de stars. Et c'est encore plus vrai des "petits" sports. L'ami Edgar n'a rien revendiqué mais par son talent et son aura, il a changé sa discipline. Il reste la star tricolore des J.O. d'Albertville. Aujourd'hui, il s'étonne que, plus de vingt ans après, les gens le reconnaissent encore dans la rue. Ça s'appelle marquer les esprits. Et il faut plus qu'une médaille d'or pour ça.
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61. PEREC, CREME CATALANE
C'était quoi? 24 ans après la divine surprise Colette Besson, un sacre beaucoup plus attendu, mais tout aussi marquant, annonce d'une des plus fantastiques carrières de l'histoire de l'athlétisme français.
L'histoire: Marie-José Pérec est une des plus grandes championnes de l'histoire du sport français. Ni plus ni moins. Si, sportivement, elle signe son premier coup d'éclat en devenant championne du monde du 400 mètres à Tokyo en 1991, c'est un an plus tard que la Gazelle, surnommée ainsi en référence à la légendaire Wilma Rudolph, gagne définitivement ses galons de star incontournable. La Guadeloupéenne arrive en Espagne avec une énorme pancarte dans le dos. Parce qu'elle est championne du monde. Parce qu'elle domine sa discipline sans partage. En demi-finale, elle claque la meilleure performance mondiale, en 49"48. Lors de la finale, Marie-Jo est placée au couloir 5. Comme Colette Besson à Mexico, en 1968. Besson, présente dans les tribunes, pour commenter en direct la course de Pérec. Emotion garantie. La menace porte un nom et un seul pour Pérec: Olga Bryzgina. Championne olympique en titre, la représentante de la C.E.I. est sortie de sa retraite un an plus tôt pour tenter de doubler la mise à Barcelone. Elle prend tous les risques dans cette finale.
Elle vire aux 200m en 23"70, devant Pérec. A l'entrée de la dernière ligne droite, la Française est encore légèrement derrière. Mais elle a mieux dosé son effort. Sans paniquer, elle produit une irrésistible accélération dans les 100 derniers mètres. Bryzgina ne peut tenir la distance. En 48"83, elle établit un nouveau record de France en forme de record du monde virtuel à ses yeux. Celles qui la devancent encore face à l'histoire, notamment la recordwoman du monde est-allemande Marita Koch, appartiennent à une époque où la préparation scientifique était celle qu'on connait. L'essentiel est ailleurs pour Pérec. Elle devient, après Micheline Ostermeyer et Colette Besson, la troisième athlète français sacrée championne olympique. Elle n'a encore que 24 ans. L'âge de la médaille d'or de Besson. Bientôt, Marie-Jo quittera son entraineur Jacques Piasenta, son entraineur, pour rejoindre les Etats-Unis. Une nouvelle aventure. Une nouvelle histoire. Une nouvelle vie. Celle d'une mégastar dont chaque fait et chaque geste sont scrutés.
Quelle portée? 24 ans après Colette Besson, l'athlétisme français tenait sa nouvelle reine du 400m. Sa nouvelle reine tout court, d'ailleurs. Pérec, c'est une athlète comme la France en connait quatre ou cinq par siècle, guère plus. Si sa carrière s'était arrêtée là, en cette chaude soirée catalane d'août 1992, elle aurait déjà été pleinement réussie, avec un titre mondial et un titre olympique. Mais bientôt, Marie-Jo allait se hisser beaucoup, beaucoup plus haut.
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