Non, l’heure de la reprise comme avant n’a pas sonné. Et si l’Adria Tour nous en avait donné l’illusion le temps d’un premier week-end réussi sur les plans sportif et populaire, le retour à la réalité est aussi dur qu’implacable. En l’espace de 48 heures, quatre joueurs engagés dans la tournée à Zadar en Croatie se sont révélés positifs au Covid-19 : d’abord le Bulgare Grigor Dimitrov, apparu fatigué et qui avait abandonné la compétition samedi dernier, puis Borna Coric, cas asymptomatique. Et ce n’est que le début de la liste puisque le coach du premier cité a, lui aussi, été contaminé, de même que le préparateur physique de Novak Djokovic. C'est finalement le numéro 1 mondial qui a confirmé lui-aussi être positif mardi. Un camouflet terrible pour le Serbe dont l'image s'en voit très nettement dégradée.

Le numéro 1 mondial, à l’origine de cette tournée caritative dans les Balkans, voulait certainement redonner de la joie aux amateurs de tennis et au peuple serbe. Incontestablement, il y est parvenu à Belgrade où il a pleuré d’émotion, se remémorant ses racines et les proches perdus qui l’avaient aidé à réaliser son rêve : devenir joueur de tennis professionnel. Avec l’autorisation du gouvernement serbe, qui a plus qu’assoupli les règles de sécurité sanitaire vu le faible nombre de cas de coronavirus dans le pays, l’organisation de l’Adria Tour a donc fait fi des principes de distanciation sociale et autres gestes barrières, premiers remparts en ces temps de pandémie.

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Testés négatifs, Cilic, Zverev et Rublev s'isolent et font leur mea culpa

Djokovic s’est d’ailleurs appuyé sur cette bénédiction des pouvoirs locaux pour s’autoriser des matches de football et de basket, ainsi que des sorties en boîte de nuit (dans un espace confiné donc) avec ses acolytes Alexander Zverev, Grigor Dimitrov, Borna Coric, Dominic Thiem et autres Marin Cilic. Ignorant le risque comme s’il n’existait pas, l’organisation de l’Adria Tour a continué à agir avec légèreté jusqu’à ce que le ciel lui tombe sur la tête. Sous les sifflets du public réuni à Zadar, Goran Ivanisevic, coach du "Djoker", s’est vu contraint d’annoncer l’annulation de la finale entre son protégé et le Russe Andrey Rublev.

Mis face à leurs responsabilités, les joueurs, au premier rang desquels Borna Coric dans le message où il a annoncé être atteint par le virus, ont tenté un début de mea culpa. "Je veux m’assurer que toutes les personnes qui ont été en contact avec moi ces derniers soient testées. Je suis vraiment désolé pour tout le mal éventuel dont je serais la cause", a ainsi regretté le Croate. Si son compatriote Marin Cilic a, de son côté, été testé négatif, il a pris l’initiative de s’isoler pendant deux semaines pour ne pas prendre le moindre risque. Dans la même situation, Alexander Zverev et Andrey Rublev ont suivi le mouvement, présentant leurs excuses à leur tour. Djoko n'a eu d'autres choix que de les imiter quelques heures plus tard dans son communiqué.

Djokovic, un président du Conseil des joueurs fragilisé

A Belgrade, il a tout de même été testé avec le reste de sa famille. Ses résultats positifs ont une conséquence directe : l’Adria Tour a du plomb dans l’aile. Au-delà de la mauvaise publicité de ces dernières 48 heures, la suite de la tournée a de fortes chances d’être annulée en raison du manque de joueurs. Sans Zverev, Dimitrov, Coric, Cilic, Rublev et évidemment Djokovic, placé en quatorzaine, l’entreprise s’annonce vaine.

Mais plus que son projet à l’objectif louable, Djokovic a aussi considérablement écorné son image. Déjà critiqué pour s’être plaint des mesures de securité sanitaire trop extrêmes envisagées lors du prochain US Open, celui qui est aussi président du Conseil des joueurs voit sa crédibilité en tant que meneur fortement remise en cause. Nick Kyrgios, qui ne porte pas le Serbe dans son cœur, s’est fendu d’un tweet ironique sur le "leadership fantastique" des organisateurs de la tournée dans les Balkans.

Mais avant lui, d’autres joueurs, moins connus et plus mal classés, ont aussi ciblé Djokovic comme l’Américain Mitchell Krueger, 195e joueur mondial. Circonstance aggravante, Noah Rubin, 225e à l’ATP et défenseur bien connu des sans-voix du circuit, avait révélé voici quelques jours que le Serbe avait fait l’impasse sur la réunion en visio-conférence entre 400 joueurs et les instances dirigeantes sur la potentielle reprise du circuit. Un peu plus tard dans la semaine, l’intéressé participait au désormais fameux match de football avec ses collègues et invités de l’Adria Tour, ce qui a eu le don d'agacer Rubin.

Une reprise en août remise en question ?

Incontestablement, ces différents éléments fragilisent la position du "Djoker" comme porte-voix des intérêts des joueurs. Mais les déconvenues de l’Adria Tour pourraient aussi avoir des conséquences à plus long terme. Si l’Ultimate Tennis Showdown de Patrick Mouratoglou semble avoir pris la pandémie beaucoup plus au sérieux, multipliant les tests, les prises de températures et interdisant l’accès à la compétition au public, le risque zéro n’existe pas, par définition. Dominic Thiem, qui a participé à l’Adria Tour à Belgrade, a beau avoir eu le feu vert après un dépistage, les tests ne sont pas infaillibles.

Aux Etats-Unis, le nombre de cas de coronavirus reste bien supérieur à celui de l’Europe. Et la perspective d’une reprise du circuit en août outre-Atlantique pourrait inquiéter bien des joueurs, vaccinés (si l’on peut dire) par ce qui s’est passé dans les Balkans. La fédération américaine de tennis (USTA) a cependant pris des mesures de securité sanitaire beaucoup plus strictes pour que l’US Open ait lieu à huis clos. L’évolution de la situation dans les deux prochains mois sera déterminante.

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