ATP CINCINNATI - Jannik Sinner abandonne face à Carlos Alcaraz en finale : Ça leur pendait au nez…
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 19/08/2025 à 08:08 GMT+2
Aussi malheureux a-t-il été, pour les spectateurs et pour l'intéressé, l'abandon de Jannik Sinner face à Carlos Alcaraz, lundi soir en finale de Cincinnati, a aussi souligné les limites du format des Masters 1 000 sur douze jours et l'ineptie d'une finale le lundi. Surtout quand le tournoi, marqué par un total de huit abandons, se joue dans des conditions extrêmes. Quelque chose doit changer…
Fantomatique, Sinner n'a pas pu finir le premier set : le drôle de sacre d'Alcaraz
Video credit: Eurosport
On a tous connu ces fiestas attendues de longue date où, au final, on passe une grande partie de la soirée à s'ennuyer. Ces "dates" prometteurs où la réalité ne correspond pas vraiment à la photo annoncée sur le profil. Ces randonnées en montagne gâchées par le brouillard qui s'est invité au sommet. Eh bien, c'est un peu la sensation qu'on a éprouvée ce lundi soir en voyant Jannik Sinner, malade, jeter l'éponge après quelques minutes d'une finale qu'il aura traversée comme un zombie face à Carlos Alcaraz, vainqueur certainement pas comme il l'aurait souhaité de son huitième titre en Masters 1 000. Un crève-cœur absolu, un immense bonheur tennistique qui nous a été violemment arraché par le triste sort. Vraiment injuste.
Injuste, vraiment ? Minute, papillon. A défaut d'avoir eu le feu d'artifice attendu, on aura au moins eu la conclusion la plus symbolique possible d'un tournoi marqué par un total de huit abandons, dont le spectaculaire coup de chaud d'Artur Rinderknech qui s'est effondré en plein match, en plus de ceux de Frances Tiafoe, Alejandro Davidovich Fokina, Karen Khachanov, Jakub Mensik, Ugo Carabelli et Luciano Darderi. Liste à laquelle il faut rajouter les forfaits d'Arthur Fils, Gaël Monfils et Christopher O'Connell, sans oublier le malaise évident d'Alexander Zverev. D'après notre partenaire Jeu, Set et Maths, on n'avait jamais vu autant de retraits en Masters 1 000 depuis Shanghai 2009 et… Madrid 2025. Un hasard, vraiment ?
12 jours, la finale le lundi : triste format
A l'évidence, non. Alejandro Davidovich Fokina, décidément assez remonté contre les instances en ce moment, y est d'ailleurs allé une nouvelle fois de son petit tweet grinçant : "Une finale un lundi à 15h en août à Cincinnati après l’enchaînement Toronto-Cincinnati, avec autant d’abandons et de joueurs épuisés… Quelque chose doit changer." Et encore, l'Espagnol n'a pas fait mention des conditions de chaleur extrêmes qui ont frappé l'Ohio durant le tournoi, et pour lesquelles les organisateurs ne sont pour rien. Mais il a assez bien résumé le sentiment général. Quelque part, cette malédiction finale a presque été un juste retour de bâton. Comme si tout ça devait se finir comme ça…
Pour sa première édition au format des 12 jours, généralisé cette année à sept Masters 1 000 sur neuf, l'Open de Cincinnati a trinqué pour les autres. C'est assez clair désormais : hormis probablement les actionnaires de l'ATP, personne ne valide l'idée de ce format qui alourdit le calendrier, brouille la lisibilité des épreuves, épuise les joueurs et étourdit d'ennui les suiveurs les plus passionnés. Nous le sommes pourtant, assurément. Mais là, heureusement qu'il y a eu Terence Atmane pour nous tenir éveillés au cœur du tournoi. Sinon, on aurait assurément plongé dans un coma léthargique en deuxième semaine, entre, disons, le mardi et le dimanche. Pardon, pas le dimanche : le lundi.
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Atmane veut compléter son Pokédex après avoir brillé en Ohio
Video credit: Eurosport
Parlons-en, de cette finale le lundi. Evidemment, on ne saurait là encore lui imputer les malheurs de Sinner, mais disons que c'est peut-être la goutte d'eau qui a justifié le mauvais karma. On aurait bien aimé assister au brainstorming qui a débouché sur l'une des idées les plus farfelues jamais pondues par le tennis - c'est peu dire, pourtant, qu'il y a de la compétition en la matière – et dont personne ne comprend l'intérêt, pas même les joueurs. Après son abandon, Jannik Sinner, premier désolé de la situation, s'est d'ailleurs senti obligé de s'excuser pour tous les spectateurs ayant dû poser un jour de congé pour assister à la finale. Une incongruité totale à laquelle s'était déjà essayé l'US Open il y a quelques années, avant de se rendre compte de son ineptie.
Là encore, cette édition 2025 de Cincinnati va payer pour l'apprendre. Le pauvre Jannik Sinner est prévu dès ce mardi pour faire son entrée dans la nouvelle épreuve de double mixte de l'US Open. Pas le moindre jour de repos entre une finale de Masters 1 000 et le premier tour d'une épreuve estampillée "Grand Chelem", même si elle a tous les apparats d'une giga exhibition… Est-ce que ce monde est sérieux, chanterait Francis Cabrel ? S'il n'a pas encore été annoncé à l'heure où l'on écrit ces lignes, il y a quand même toutes les chances qu'on se dirige vers un forfait de l'Italien dont la partenaire, Katerina Siniakova, resterait alors sur le carreau, à moins de trouver un nouvel équipier en dernière minute.
Atmane, victime du système
Et c'est pire encore pour Terence Atmane dont le forfait pour le premier tour des qualifications de l'US Open, où il était également au programme ce mardi, a été officialisé quelques minutes après la finale, comme pour nous achever. Les raisons de ce forfait n'ont pas encore été communiquées, mais on imagine le Boulonnais insuffisamment rétabli après sa chevauchée fantastique dans l'Ohio, où il s'est incliné en demi-finale samedi contre Sinner après être sorti des qualifications.
Privé de Grand Chelem pour avoir trop bien joué : on ne peut pas faire plus belle preuve par l'absurde de l'aberration du système. On se doute qu'Andrea Gaudenzi, le Président de l'ATP, ne reviendra pas comme ça sur le format des 12 jours qui représente, et c'est bien son principal intérêt (le seul ?), une juteuse manne financière pour l'instance, et donc pour les joueurs. Mais des ajustements semblent néanmoins indispensables. Et rapidement.
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Dans la fournaise, Rinderknech au bord du malaise : les images de son abandon
Video credit: Eurosport
Reste la question météo, plus sensible à trancher. La tournée estivale américaine a toujours été marquée par un combo "chaleur-humidité" éprouvante pour les organismes, et les choses n'iront certainement pas en s'arrangeant avec le réchauffement climatique. L'an passé à l'US Open, Arthur Rinderknech, déjà lui, avait fustigé les conditions après s'être écroulé face à Andrey Rublev. Un an plus tôt, Daniil Medvedev avait lui aussi tiré la sonnette d'alarme en prévenant qu'un joueur finirait par "mourir sur le court". Ce jour n'est pas encore arrivé, fort heureusement. Mais le malaise du Français à Cincinnati interroge : à partir de quelle température le jeu doit-il cesser ? Faut-il, même, aller plus loin et remettre en question la position calendaire de cette tournée, ou du moins sa densité ?
Autant de questions que cette funeste édition 2025 de Cincinnati aura au moins ravivées, et cela restera son principal intérêt, au-delà de son épilogue manqué. En attendant, Carlos Alcaraz est devenu le neuvième joueur à remporter sur abandon une finale de Masters 1 000, le premier depuis Rafael Nadal à Madrid en 2014. L'Espagnol, en bonne place désormais pour venir rapidement "chiper" la place de numéro 1 mondial à son rival italien, est bien le seul à avoir quitté Cincinnati le cœur en fête lundi soir. Et encore, on n'en est pas totalement sûr.
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Carlos Alcaraz prend des nouvelles de Jannik Sinner en finale à Cincinnati, le 18 août 2025.
Crédit: Getty Images
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