Carlos Alcaraz, un service toujours en question : "Ses progrès ne sont pas flagrants"

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Même si sa première balle l’a aidé à se sortir du guêpier Marin Cilic lundi pour son entrée en lice à l’ATP 500 de Doha, Carlos Alcaraz, qui a entrepris un gros chantier technique sur son service durant l’intersaison pour gagner en fluidité et en efficacité, n’a pas encore démontré des progrès significatifs sur ce coup, comme l’estime notre consultant Nicolas Escudé.

"Alcaraz n'a pas encore vaincu tous ses démons, il lui reste des failles tenaces"

Video credit: Eurosport

Alors que la suspension de Jannik Sinner, au-delà des questions qu’elle a pu soulever, va laisser une petite porte ouverte à ses poursuivants pour le déloger de sa place de numéro 1 mondial dans les trois prochains mois, Carlos Alcaraz a parfaitement lancé sa chasse à l’as face à l’échalas Marin Cilic qu’il a écarté sans (trop) sourciller (6-4, 6-4), lundi, pour son entrée en lice à Doha, où il affronte Luca Nardi ce mercredi en huitième de finale. Dans la foulée de son premier titre indoor conquis la semaine dernière à Rotterdam, le prodige espagnol, malgré son faux-pas en quart de finale de l’Open d’Australie face à Novak Djokovic, réussit ainsi un début de saison que l’on peut qualifier de très satisfaisant.
Très satisfaisant, mais pas parfait. Car il reste un petit "mais". Carlitos, et c’est tout le paradoxe du garçon, a beau avoir quatre Grands Chelems à 21 ans et être lancé sur les bases de certains des records les plus prestigieux de l'histoire de son sport, il continue de traîner une perfectibilité latente contrastant avec ce "tennis total" qu’il est capable d’atteindre dans ses jours de grâce.
Son inconstance évidemment très relative, mais qui demeure son petit péché mignon, lui a d’ailleurs valu de se faire déposséder de sa place de numéro 1 mondial par Novak Djokovic en 2023, avant d’être plus tard doublé par Jannik Sinner et Alexander Zverev.
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Un petit moment d'histoire : le premier titre d'Alcaraz en salle

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Loin de cultiver le culte parfois horripilant du secret, le Murcien n’a aucun problème à s’ouvrir sur les changements techniques récemment entrepris pour reconquérir les sommets et continuer ainsi à suivre son Kaizen, cette loi fameuse de l’amélioration permanente à laquelle sont obligatoirement soumis les meilleurs, du moins s’ils veulent le rester. Au-delà de l’ajout de 5 g de plomb dans sa raquette et d’une préparation de revers simplifiée, le principal chantier a été entrepris sur son service, dont il a largement revisité la gestuelle à l'intersaison sur trois points précis :
  • Des appuis de départ légèrement différents, avec notamment un pied droit moins tourné vers l’arrière pour un meilleur transfert vers l’avant.
  • Une position de raquette plus "tombante" au départ grâce à un poignet plus relâché, pour augmenter l'action de la main.
  • La suppression d’un temps d’arrêt juste avant la frappe, pour un swing à la fois plus fluide et plus ample.

FLUIDIFIER le MOUVEMENT et GAGNER EN VITESSE

Ce nouveau mouvement, qu’Alcaraz a beaucoup travaillé avec son co-entraîneur Samuel Lopez venu épauler Juan Carlos Ferrero en fin de saison dernière, "doit me permettre de frapper la balle plus haut, d’avoir un rythme plus délié et, au bout du compte, de gagner en vitesse et en précision", comme l’a expliqué le joueur à plusieurs reprises, notamment durant l’Open d’Australie. Avec deux objectifs majeurs qui en découlent, au-delà d'un gain biomécanique censé le préserver des blessures : améliorer son pourcentage de premières balles et se procurer davantage de points gratuits, deux secteurs clés où ses statistiques demeurent inférieures à celles de ses principaux rivaux. Et même si l’on parle de différences à la marge, on sait qu’à ce niveau, tout est question d’infimes détails.
Problème : si le changement est encore trop récent pour porter un véritable jugement, les chiffres ne montrent pour l’heure pas de réelle amélioration de l’efficacité de son service depuis le début de la saison. Alcaraz avait pourtant débuté sur les chapeaux de roue en Australie avec un 89% de points gagnés derrière sa première balle (nouveau record personnel en Grand Chelem) au deuxième tour face à Nishioka, performance qui l'avait amusé au point de signer d'un "am I a serve bot ?" sur la caméra après sa victoire. Non, Carlos, tu n'es pas un serve bot. Pas encore. Car la suite, face à des joueurs plus forts, a été moins percutante.
Au total de ses deux premiers tournois (Open d'Australie et Rotterdam) joués en 2025, on note certes une légère hausse de son pourcentage de points gagnés derrière sa première balle (76%, contre 73% sur l’ensemble de la saison 2024). Mais celle-ci ne va pas encore foncièrement plus vite, et n'est pas encore foncièrement plus décisive. Par exemple, lors de sa défaite contre Djokovic en Australie (contre lequel il a tout de même réussi 10 aces), la vitesse moyenne de sa première balle était de 190 km/h. L’an dernier, lors de la finale de Wimbledon contre le même joueur, elle était de 196 km/h.
Mais au-delà des statistiques qui ne sont ni exhaustives, ni significatives sur tous les matches, il y a surtout l’impression visuelle. Et pour notre consultant Nicolas Escudé, qui l’a commenté toute la semaine lors de son titre à Rotterdam, cette impression n’est pas celle, pour l’heure, d’une franche révolution : "honnêtement, ses progrès ne m’ont pas semblé flagrants, juge celui qui avait lui-même gagné à deux reprises le tournoi néerlandais, en 2001 et 2002. Je trouve même qu’il n’a pas très bien servi. Je l’ai souvent vu en difficulté sur son pourcentage de premières balles. Après, il a su parfaitement s’adapter dans l’utilisation de son service. Mais, clairement, il va falloir qu’il bosse encore dessus."
Par rapport à Djokovic, Sinner ou Zverev, Alcaraz a moins cette faculté à claquer un ace pour se sortir d’une situation périlleuse.
Alcaraz l’a d’ailleurs sans doute fait entre Rotterdam et Doha, où son service l’a bien aidé à s’en tirer sans dommage contre Marin Cilic, notamment dans le deuxième set. Mené 0-40 à 3-3, puis sommé de sauver une balle de débreak alors qu’il servait pour le match à 5-4, il a écarté le danger en compilant trois services gagnants et un ace sur deuxième balle. Or, pouvoir se reposer sur son service pour se sortir le fessier des rosiers sans une égratignure, c’est exactement ce dont l’Espagnol est en quête. Reste que le faire face à un Cilic en bout de piste est une chose. Le faire face aux meilleurs, dans les plus grands matches, en est une autre. Et là-dessus, Alcaraz a encore trop tendance à souffrir de la comparaison vis-à-vis de ses concurrents.
"Par rapport à Djokovic, qui a beaucoup travaillé là-dessus, Sinner ou Zverev, Alcaraz a globalement beaucoup moins cette faculté à aller claquer un ace pour se sortir d’une situation périlleuse, abonde Scud. C’est quand même rare les jeux de service où on le voit dérouler sans avoir à jouer plusieurs échanges derrière son engagement. C’est sa seule limite actuelle et c'est sans doute ce qui l’a pénalisé en indoor, même si ce titre à Rotterdam peut l’aider à déclencher certaines choses. Mais bon, il est jeune et, la confiance aidant, il finira par y arriver."
Y arriver, oui, mais jusqu’à quel point, et dans quel délai ? Là est la question. Du haut de son 1,83 m qui en fait pratiquement un joueur de petite taille par rapport aux standards actuels, Carlos Alcaraz peut-il, à terme, devenir un grand serveur ? "Reste à savoir déjà ce qu’on entend derrière ce terme, poursuit le héros de la victoire française en Coupe Davis en 2001. Il y a bien sûr ceux qui servent très fort ou qui alignent les aces mais pour moi, le grand serveur, c’est avant tout celui qui ne se fait pas breaker. Donc qui sait faire une utilisation parfaite de son service, notamment dans le deuxième ou le troisième coup de raquette. Nadal, par exemple, excellait dans ce domaine."

Alcaraz, le joueur parfait dans ses imperfections

Là-dessus, Alcaraz ne se défend pas mal non plus. Comme il sait faire à peu près tous les coups qui existent au tennis (et même ceux qui n’existent pas), il est, sur les 52 dernières semaines écoulées, le 10e meilleur serveur du monde selon l’indice "serve rating" de l’ATP qui prend en compte six critères essentiels (pourcentage de premières balles, pourcentage de points gagnés derrière la première et la seconde balle, pourcentage de jeux de service remportés, ratio d’aces et de double-fautes par match). Un classement tout de même dominé par un ultra-spécialiste, Giovanni Mpetshi Perricard (2,03 m), auquel l’Espagnol rend 20 cm.
Ainsi va la vie de Carlos Alcaraz, incarnation du tennis moderne surpuissant et agressif à l’extrême tout en y étant à contre-courant sur certains points, de par sa créativité et son tennis inclassable. "Ce qui est fou, c’est que les entrées de points, à savoir le service mais aussi le retour, sont les deux clés du tennis moderne, et qu’Alcaraz n’est le meilleur dans aucun de ces deux domaines", conclut d’ailleurs le Palois. C'est, là encore, le charme et le paradoxe d’un joueur assez hors normes, loin de toute forme de stéréotype, capable de tutoyer la perfection tout en restant soumis à de gros axes de progression. Et le jour où il sera, aussi, bon pour le service...
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