Non, il n'est pas rassasié. Si cette fin de saison a bien montré une chose, c'est que Novak Djokovic n'avait rien perdu de sa faculté extraordinaire à rebondir, celle qui fait de lui l'un des trois monstres du tennis moderne. Frustré et chahuté mentalement par une année particulière au cours de laquelle son statut de non vacciné l'aura privé de deux tournois du Grand Chelem et quatre Masters 1000 (entre autres), le Serbe aurait pu se résigner. Ce fut tout le contraire avec une capacité hors du commun à jouer à son meilleur niveau quand il était autorisé à le faire, malgré une pression immense à chaque fois.
A ce titre, Wimbledon vient forcément à l'esprit. Après son échec en quart de finale de Roland-Garros contre Rafael Nadal, Djokovic s'était présenté sur le gazon anglais sans droit à l'erreur : s'il ne s'imposait pas, c'était une saison blanche en Majeurs qui l'attendait. Et malgré le poids de l'enjeu, même mené deux sets à rien par Jannik Sinner en quart de finale, il y est parvenu. En comptant son aventure londonienne, le Serbe a gagné 25 de ses 26 derniers matches en 2022 (hors Laver Cup). Holger Rune aura été finalement l'exception qui confirme la règle en finale de Bercy. Alors, "Nole" a quand même une bonne tête de boss du circuit.
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Au fond de moi, je me vois toujours comme le meilleur
Le pense-t-il lui-même même si son classement le réfute ? L'intéressé n'a pas éludé la question, faisant preuve de diplomatie mais sans langue de bois. "Non, je suis 5e mondial. Cette semaine, je l'étais probablement. Mais c'est le classement qui dit qui a réalisé la meilleure saison, et (Carlos) Alcaraz est numéro 1. Cela dit, au fond de moi, je me vois toujours comme le meilleur joueur du monde. C'est ma mentalité. Quel que soit le joueur de l'autre côté du filet, quelle que soit la surface, quelle que soit la saison, c'est toujours pareil."
Cette confiance en soi extraordinaire est probablement l'atout principal du joueur hors norme qu'est Djokovic. Cette conviction profonde qu'il finira, quoi qu'il arrive, par l'emporter a encore donné le sentiment qu'il possédait une marge confortable sur ses adversaires tout au long de la semaine à Turin. Et ce alors même qu'il semblait en proie à des difficultés physiques sur ses trois derniers matches. Tant et si bien qu'au terme d'une saison amputée quasiment de moitié, il est celui qui a le plus battu de membres du Top 10 cette saison (10), devant Alcaraz (9).
A 35 ans passés, Djokovic est devenu, de loin, le vainqueur du Masters le plus âgé. Il y a quelque chose d'ahurissant dans cette volonté inébranlable de toujours être au top, malgré les aléas et le temps qui passe. Et il en a donné une des clés en conférence de presse. "Le plus important, c'est ce qu'on se raconte. Les limites, le plus souvent, n'existent que dans la tête. C'est un combat intérieur avec soi-même, contre une petite voix qui dit 'tu n'en peux plus, tu es trop fatigué'. Il faut nourrir la petite voix positive pour qu'elle devienne plus forte que la négative. C'est aussi simple que ça, mais c'est plus facile à dire qu'à faire. C'est dans le cœur, dans la tête. Moi, ce qui me pousse, c'est la faim de victoires, ma passion pour le tennis."

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A Melbourne pour remettre les pendules à l'heure

Sacré dans près de la moitié des tournois auxquels il a participé cette année - 5 sur 11, soit le même nombre de titres qu'Alcaraz en… 17 épreuves -, Djokovic talonnerait le prodige de Murcie au classement ATP si les points de Wimbledon avaient été comptabilisés (il n'aurait que 180 unités de retard). Les adeptes du tennis-fiction n'ont donc pas besoin de laisser vagabonder bien loin leur imagination pour considérer que le Serbe aurait conservé "son" trône s'il avait pu disputer une saison complète.
Aurait-il eu aussi faim toutefois s'il n'avait pas rencontré tous ses obstacles ? Aurait-il été aussi performant sans cette motivation (en partie) nourrie par un sentiment d'injustice vis-à-vis de son traitement à Melbourne et de son interdiction de séjour aux Etats-Unis ? Lui seul le sait. Il considère d'ailleurs avoir accusé le coup pendant un certain temps, avant d'en faire une force. Mais pour 2023, une chose est certaine : le voici regonflé à bloc pour partir en reconquête et ce dès son retour désormais assuré aux antipodes où il sera très attendu.
"Mes ambitions sont aussi hautes que possible. C'est comme ça que j'en suis arrivé là où je suis aujourd'hui, à 35 ans, tenant entre les mains l'un des principaux trophées de notre sport. Je suis motivé, je me sens bien dans mon corps, je fais attention à moi. Et tant que j'ai cette flamme en moi, je ferai tout pour lutter contre les jeunes afin de décrocher les plus grands trophées. La motivation est toujours totalement présente. J'ai très envie de prouver que je suis toujours l'un des meilleurs joueurs du monde, que je peux gagner de grands trophées. On se voit en Australie", a-t-il prévenu. Pour une décima à l'Open d'Australie et un 22e titre en Grand Chelem ? Il en rêve déjà.
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